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Ahmad Al-Kabbany : « Il faut beaucoup de compétences pour créer une expérience VR »

En créant sa start-up VRapeutic en 2016, l'ancien étudiant en génie électrique et informatique Ahmad Al-Kabbany a décidé de laisser un impact sur la société égyptienne en utilisant les technologies immersives pour aider les enfants souffrant de troubles de l'apprentissage et du développement. 

VRapeutic est une start-up spécialisée dans le développement de solutions thérapeutiques basées sur la réalité virtuelle pour lutter contre les troubles du développement et de l’apprentissage, notamment l’autisme et les troubles de l’attention. Grâce à des expériences de réalité virtuelle innovantes qui intègrent l’intelligence artificielle et de l’Internet des objets, l’entreprise améliore la qualité des séances de thérapie et permet aux thérapeutes de fournir un contenu personnalisé en pouvant suivre plus facilement l’impact de leurs thérapies . La start-up mène également un mouvement de recherche issu de la région MENA dans ce domaine en pleine évolution, en publiant des articles de recherche dans des conférences internationales de renom. 

Comment êtes-vous passé des études en génie électrique et informatique à l’entreprenariat?

Juste après avoir défendu mon doctorat en génie électrique et informatique à Ottawa, je cherchais un domaine où appliquer mon expertise tout en laissant un impact sur la société. Je souhaitais retourner en Égypte et j’ai commencé à réaliser que de nombreux enfants de mon entourage étaient diagnostiqués avec différents types de troubles de l’apprentissage. Il fallait faire quelque chose, j’ai donc décidé de m’attaquer au problème à travers  les technologies immersives et la réalité virtuelle.

Comment avez-vous découvert que les technologies immersives et les expériences virtuelles peuvent avoir un impact sur les troubles du développement et de l’apprentissage ? Et comment fonctionnent-elles?

Lorsque j’ai fait mon doctorat, mon objectif de recherche était d’améliorer l’expérience visuelle des utilisateurs dans certains types de réalité virtuelle. Ce contexte de recherche m’a donné l’occasion de lire beaucoup d’ouvrages dans ce domaine et de voir comment l’expérience virtuelle pouvait améliorer les capacités d’apprentissage ou de développement. En général, l’application de la réalité virtuelle en thérapie repose sur le concept d’immersion dans lequel celui qui est entraîné se retrouve dans un environnement graphique artificiel où il fait l’expérience d’un scénario conçu dans un but thérapeutique. Il ne voit plus le monde réel et est totalement immergé. Si une personne est suivie pour améliorer son attention par exemple, nous pouvons contrôler l’ensemble de la situation et les conditions de son environnement en introduisant des distracteurs audiovisuels mais dans un cadre sûr. 

Quel était le principal défi lorsque vous avez lancé votre entreprise ?

Les problèmes d’infrastructure en général. Les technologies immersives sont très exigeantes en termes de ressources humaines. Il faut beaucoup de compétences pour créer des expériences de réalité virtuelle. Du chercheur pour élaborer le scénario, au graphiste pour concevoir l’expérience de réalité virtuelle ; de l’artiste et du développeur pour coder le tout. De plus, il faut une bonne connexion Internet et dans certains centres de thérapie en dehors du Caire et d’Alexandrie, cela n’a pas toujours été facile. Il nous a également fallu du temps et des efforts pour sensibiliser les parents et les éducateurs à notre technologie et à son potentiel, un défi que nous avons relevé en participant à de nombreux événements et en organisant parfois des séances de thérapie.

Quel est votre modèle économique ?

VRapeutic est une entreprise de B2B, qui offre ses services par l’intermédiaire d’hôpitaux publics, de centres de réadaptation et de cliniques privées.  Au début, nous pensions faire du BTC mais afin de créer une base de crédibilité, nous avons décidé de nous tourner vers les thérapeutes pour les sensibiliser au potentiel de la technologie afin qu’ils puissent convaincre les parents eux-mêmes de l’efficacité de notre produit. Nous avons pris un certain temps pour les sensibiliser car beaucoup de gens ne connaissaient pas la technologie au départ ou confondaient réalité virtuelle et réalité augmentée. 

 

Vous avez également décidé d’adopter une approche open source avec votre produit ? Pourquoi ?

Tous nos produits ne sont pas soumis à l’open source, seulement certains modules. Lorsque nous avons commencé à collaborer avec l’UNICEF, adopter une approche open source faisait partie de leurs exigences. Ils nous ont vraiment appris qu’être open source ne signifie pas être gratuit, mais simplement rendre le code accessible à tout le monde afin de créer une communauté autour de notre produit en aidant les gens à savoir comment nous l’avons fabriqué et en leur permettant également de l’améliorer. Et je crois pouvoir dire aujourd’hui, que c’est une des raisons qui rend notre produit meilleur.

Quels sont vos projets pour l’avenir de votre start-up ?

Nous nous concentrons à 100 % sur une nouvelle plateforme pour faciliter la communication entre les parents et les thérapeutes. Grâce à cette application, les utilisateurs peuvent désormais rechercher des thérapeutes, demander des services à domicile et les thérapeutes peuvent suivre les progrès des enfants, concevoir des missions, ou encore développer leur réseau avec les parents ou d’autres thérapeutes. Nous sommes aussi en plein projet d’expansion au Canada.