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Al Khattaba, l’entremetteuse 2.0 de l’Arabie Saoudite

Al Khattaba, l’entremetteuse 2.0 de l’Arabie Saoudite

Al Khattaba, l’entremetteuse 2.0 de l’Arabie Saoudite

La Khattaba est une profession non officielle issue d’une tradition ancienne de la péninsule arabique. Fonctionnant à la manière d’une agence matrimoniale, cette femme agit comme catalyseur de mariage en facilitant les rencontres entre hommes et femmes. Au Liban, Cédric Maalouf et son partenaire Rakan Nimer sont les fondateurs de Al Khattaba, la version digitale de cet intermédiaire particulier.

Depuis plus de cinq ans, les deux chefs d’entreprise développement et améliorent le site et l’application de Al Khattaba. Plus qu’un simple site de rencontre local, Al Khattaba occupe à la fois les fonctions d’entremetteur et de respect des principes religieux de l’Arabie Saoudite, ce qui lui permet d’être particulièrement apprécié dans le royaume, en s’adressant à toutes les franges de la population. Car contrairement à ses concurrents Tinder ou Badoo, Al Khattaba répond aux moeurs de la société saoudienne à travers un questionnaire ciblé.

Un site de rencontre 100% halal

C’est un dimanche soir, après avoir visionné une émission de Capital sur l’essor des sites de rencontre comme Meetic que Cédric Maalouf réalise qu’il n’y a pas d’équivalent sur le marché arabe. Il décide alors de palier à ce besoin et lance Et3arraf (« se rencontrer » en arabe), le premier site de rencontre entièrement destiné aux pays arabes. Finalement, il abandonnera l’idée quelques mois plus tard pour se consacrer exclusivement au marché saoudien, comme le confirme Cédric : « Après notre lancement, nous avons réalisé que les saoudiens représentaient la majorité de nos utilisateurs, on a donc décidé de se repositionner pour répondre à cette demande avec Al Khattaba. »

A coup de publicité sur Facebook et de référencement payant, les deux entrepreneurs attirent leurs premiers utilisateurs sur la plateforme. Un petit réseau de early-adopteurs sur lesquels ils capitalisent afin d’améliorer leur service.

Dès le début nous avons encouragé les utilisateurs à nous donner leur avis en leur offrant des avantages sur le site, nous avons collaboré avec eux afin de cerner les besoins du marché local.
Cédric Maalouf

Ensemble, ils peaufinent un questionnaire adapté à leur cible ; une population issue des classes moyennes de l’Arabie Saoudite, plutôt traditionnelle et conservatrice. Sur le site, le visiteur peut donc choisir le type de mariage désiré (mono ou polygame) ou encore la tribu d’appartenance.

Une plateforme de confiance pour les utilisateurs

Aujourd’hui, avec plus de 1 million d’utilisateurs mensuels sur 32 millions d’habitants au sein du royaume, l’entreprise a su lever les tabous liés aux rencontres en ligne en s’imposant comme un partenaire crédible et professionnel sur son marché. Un exploit qu’elle a pu réaliser à travers la mise en place d’un système de sécurité sophistiqué en accord avec la culture conservatrice du pays.

Nous bénéficions d’un service clientèle opérationnel 24/24 7/7, toutes nos conversations sont scannées sur les 100 premiers échanges, ce qui nous permet d’intervenir immédiatement en cas de dérives ou si des propos vulgaires sont tenus. Nous comptons aussi beaucoup sur nos usagers fidèles pour nous alerter des comportements suspicieux. Les comptes sont finement vérifiés par l’équipe client et suspendus si ils nous paraissent louches. Nous avons aussi un système d’avertissement et de blocage provisoire ou permanent de compte en cas de mauvais comportement sur la plateforme.
Cédric Maalouf

Les photos sont également floutées au début des interactions et l’option de les dévoiler nécessite d’effectuer une demande et acceptation des utilisateurs qui ont généralement de 25 à 35 ans, sont plutôt traditionnels et issus des classes populaires de l’Arabie Saoudite. Même si Cédric précise : « L’âge moyen de nos utilisateurs reste légèrement plus élevé que celui auquel les gens se marient en Arabie Saoudite. Nous restons une solution alternative quand toutes les autres n’ont pas fonctionné, mais nous travaillons constamment à améliorer la qualité de notre produit pour l’adapter à nos utilisateurs. »

Un service qui se monnaie puisque pour avoir recours aux fonctionnalités de la plateforme, les utilisateurs peuvent bénéficier de trois jours gratuits, après quoi ils doivent parrainer des amis ou payer un abonnement forfaitaire de 25 dollars par mois pour continuer.

 Al Khattaba occupe à la fois les fonctions d’entremetteur et de respect des principes religieux de l’Arabie Saoudite.
Al Khattaba occupe à la fois les fonctions d’entremetteur et de respect des principes religieux de l’Arabie Saoudite.

Devenir la référence de la rencontre en ligne des pays conservateurs

Les ambitions de Cédric Maalouf ne s’arrêtent pas aux frontières du royaume saoudien, puisqu’il envisage de conquérir d’autres pays au conservatisme social et religieux. Il vient dernièrement de lancer une application en Egypte.

Cette dernière utilise les principes du gaming pour mettre en relation les utilisateurs. Après avoir répondu à un court questionnaire, ces derniers participent à une sorte de « tournez manège » en ligne en répondant à des questions en simultané, avant d’être matchés avec ceux qui ont obtenu le plus grand nombre de réponses similaires. Avec un léger avantage donné aux femmes « Lors du questionnaire on a donné aux femmes l’avantage de pouvoir observer les réponses des hommes, ce qui leur permettent de changer leurs réponses si l’homme sur la photo leur a plu », ajoute Cédric.

Aujourd’hui, Al Khattaba est perçu comme un véritable intermédiaire de confiance, engagé dans la vie des couples qu’il met en relation et dépassant ses seules fonctions de plateforme web, comme l’observe Cédric : « On a souvent des problèmes d’hommes ou de femmes qui nous harcèlent car ils ont été bloqués par leur partenaire sur le site suite à une dispute et essaient de nous convaincre de pouvoir leur reparler en nous expliquant à quel point ils l’aiment. »

Un service après-vente est même assuré puisque 100 dollars sont offerts aux personnes qui se sont mariés grâce à l’application, et qui seraient selon son fondateur, au nombre de 1500 aujourd’hui.