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Amour et confinement au Moyen-Orient: l’envol des application de rencontre

À l’instar de leurs voisins européens, les citoyens du Moyen-Orient ont eu aussi été soumis à un strict confinement. Une situation qui a renforcé le sentiment de solitude et le besoin de socialisation chez certains,. En atteste l’augmentation de la fréquentation des applications de dating dans la région.

Flirter au Moyen-Orient peut s’avérer compliqué, surtout dans certains pays plutôt conservateurs où la rencontre amoureuse comporte un certain nombre de freins culturels. Il n’empêche que les manières traditionnelles de mise en relation, que ce soit par une entremetteuse comme à l’époque ou au sein du cercle familial, commence à s’essouffler auprès des jeunes générations.

Des applications de rencontre certifiées halal

Ces dernières années ont vu l’apparition d’applications de rencontre mettant en place des algorithmes sophistiqués afin de s’adapter aux spécificités culturelles et religieuses des pays musulmans. C’est le cas en Arabie Saoudite avec Et3arraf , une startup fondée en 2012 par l’entrepreneur libanais Cédric Maalouf, qui aident les jeunes musulmans à trouver l’âme soeur, ce qui l’a poussé à déployer al Khatabbah à destination des jeunes du Royaume Saoudien, puis Farah, une version à destination de musulmans plus “libéraux” pour les égyptiens.

https://play.google.com/store/apps/details?id=com.et3arraf.Et3arrafApp&hl=en_US

https://farah.app/

Et3arraf n’est pas la seule entreprise à avoir pénétré le marché de la rencontre en Egypte, pays le plus peuplé au Moyen-Orient où 60% de la population a moins de 30 ans. C’est aussi le cas de Hawaya (ancienne Harmonica), une start-up créée en 2017 par Sameh Saleh et Shaymaa Ali, qui se charge de connecter des jeunes musulmans dans le respect de la tradition. Ancienne libraire à la célèbre bibliothèque d’Alexandrie, cette dernière a elle-même mis un certain temps avant de trouver son partenaire de vie, une situation compliquée, surtout en Egypte où la pression du mariage pèse lourdement sur les femmes. “Les femmes ne devraient pas se mettre en couple juste pour ne pas devenir vieille fille, une étiquette que la société leur impose. Retarder l’âge de mon mariage jusqu’à ce que je trouve un partenaire avec lequel je sois compatible a été la plus meilleure décision que j’ai prise”, confiait-elle il y a un an au magazine Women of Egypt.

C’est pourquoi ces applications mettent donc la compatibilité au coeur de leur service, en se basant sur l’intelligence artificielle et des algorithmes élaborés, comme l’explique Shaymaa “Notre questionnaire proposé dans l’algorithme a été créé avec des experts en relation ainsi que des psychiatres pour trouver des compatibilités et matcher les gens selon leurs centres d’intérêt”. Si aujourd’hui le mariage reste au centre des préoccupations dans les sociétés conservatrices et que les jeunes se détournent des voies traditionnelles de rencontre de leurs parents, l’âge moyen du mariage est en constante hausse et le taux de divorce ne cesse de s’envoler.

Des taux d’utilisation qui décollent depuis le début de l’épidémie

Une situation qui pourrait pourtant évoluer depuis l’épidémie, à en croire les chiffres de fréquentation de ces applications, comme nous l’explique Cédric Maalouf : “On a augmenté de 15% notre nombre d’ utilisateurs mensuels, passant de 40 000 à 50 000 utilisateurs par mois depuis le début du Covid-19. Il y a aussi beaucoup plus de personnes actives, des gens qui connaissaient l’appli mais ne l’utilisaient plus vraiment ont réactivé leur compte depuis l’épidémie”.

Des utilisateurs qui s’envoient aussi de plus en plus de messages sur la plateforme, passant de 6 à plus de 10 millions de messages échangés. Même son de cloche chez Hawaya, qui a vu son nombre de messages envoyés sur l’application augmenter de 40%, et le temps moyen passé sur l’application de 25% selon un article de Mena Bytes. Un phénomène qui s’explique par le sentiment de solitude et d’isolement imposé par le confinement selon le fondateur de Et3arraf : “La possibilité de se rencontrer à l’extérieur s’est réduite à peau de chagrin puisque les restaurants, bars et cinéma sont fermés. Se sentir aimé et socialiser fait partie des besoins humains fondamentaux, donc les plateformes de rencontre permettent de conserver ce lien.”

Le succès de ces applications en temps de crise vient confirmer l’importance de la technologie pour maintenir le lien humain, au delà des murs, et encourage leurs fondateurs à étendre leur business à d’autres pays musulmans, à l’instar de Cédric : “ On espère bientôt cibler d’autres marchés comme la Malaisie ou l’Indonésie”.