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“Arts de l’Islam”, une exposition nationale pour voyager à travers la culture islamique

Du 20 novembre au 27 mars prochain, l’exposition événement “Arts de l’Islam, un passé pour un présent” se déploie à travers 18 villes françaises pour nous inviter à découvrir l’art musulman, mais surtout l’histoire d’une civilisation millénaire dont les liens avec la France existent depuis le Moyen-âge.

Arts de l’Islam, un passé pour un présent”: un titre plutôt ambitieux, à l’image de ce projet événement monté en huit chef d’œuvre seulement. Début d’année 2021, alors que la France est en pleine crise sanitaire,  le gouvernement invite le ministère de la Culture et le ministère de l’Education nationale à se réunir afin d’établir une action culturelle forte qui puisse favoriser le dialogue entre les cultures à l’heure où les crispations identitaires et religieuses sont au cœur de la société. L’idée vient alors à Yannick Lintz, conservatrice générale du patrimoine et directrice du département des Arts de l’Islam au Musée du Louvre, de mettre en place une exposition nationale qui puisse présenter la culture islamique à travers son héritage historique et artistique. Une odyssée à travers une civilisation souventmal comprise et méconnue, comme le souligne la commissaire de cette exposition.

 

Un héritage en partage

 

De Tourcoing à Marseille, les visiteurs de chacune des 18 expositions seront accueillis par une même cartographie du monde arabe qui vient montrer l’étendue de ce vaste territoire et de ses différents foyers artistiques : des confins de la Chine à l’Inde, jusqu’au Moyen-Orient, L’Afrique du Nord et l’Europe Orientale. Une épopée tant géographique que culturel qui permet de découvrir la richesse des civilisations qui l’ont traversé à travers une vidéo qui nous transporte de la capitale Moghole de Fatehpur Sikri en Inde, à l’ancien fief perse de la dynastie Safavide à Ispahan, en passant par le Caire des Fatimides ou encore  l’Ouzbékistan de Tamerlan. 18 expositions-caravansérail qui marquent autant d’étapes de ce voyage en terre méconnue que les œuvres exposées viennent éclairer. 

Comme l’explique la conservatrice “L’art Islamique est présent au Louvre depuis 1973, la plupart des pièces appartenant anciennement aux familles royales qui raffolaient des objets d’Orient, de Louis XIV à François premier qui entretenait déjà des relations avec Soliman le Magnifique. Il s’agit d’un héritage partagé, car si les objets que nous présentons peuvent avoir des origines lointaines, ils font partie de notre patrimoine national depuis le Moyen-âge.”

Des œuvres qui sont également le reflet de la circulation des idées et des hommes de l’époque, mais aussi de l’héritage pluriel du patrimoine français dont les trésors d’église médiévaux regorgent de reliques islamiques, à l’instar de cet olifant sculpté exposé au Musée Roger Quilliot de Clermont-Ferrand et provenant de la cathédrale de la ville, ou encore d’un lion en cristal de roche égyptien retrouvé dans une église et sûrement légué par un aristocrate auvergnat qui avait combattu aux côtés de Napoléon lors de sa campagne en Égypte. 

Changer le regard sur l’Islam

 

Un patrimoine partagé qui devrait permettre aussi de faire évoluer le regard sur l’Islam, mais surtout sur une culture qui s’étend au-delà de la sphère religieuse et spirituelle, comme le rappelle Yannick Lintz “Cette exposition a plusieurs enjeux dont celui de lutter contre les idées préconçues en montrant que la culture islamique représente une diversité culturelle qui s’étend bien au-delà de la religion. C’est un art religieux mais aussi profane tout comme peut l’être l’art européen.” 

Et la diversité des objets représentés en témoignent. Pour la plupart collectés par des voyageurs et savants européens du XIX et XXème siècles passionnés d’Orient, on peut autant y retrouver l’étui en cuir d’un Coran marocain (Musée du papier à Angoulême), qu’un oiseau en céramique Iranien datant du XVIIème issu de la Manufacture de Sèvre. 

Une exposition donc culturelle mais aussi politique assumée qui compte bien créer du lien à travers l’art et l’éducation, comme le rappelle la conservatrice “La politique culturelle, c’est toujours de la politique. Et j’espère que ce projet permettra de voir la civilisation islamique avec un autre regard que celui du terrorisme et de la radicalité, mais celui de la beauté.”

Et pour cela, un travail de médiation culturelle colossal en collaboration entre le Musée du Louvre, la Réunion des Musées nationaux et l’Éducation nationale a été entrepris. Des livrets pédagogiques, site internet ainsi qu’ un ensemble de formations à distance et en présentiel ont été mis en place par Yannick Lintz elle-même, afin d’accompagner les médiateurs culturels en région ainsi que les professeurs enseignants désireux d’intégrer cette exposition à leur programme auprès de leurs élèves.

Une jeunesse qui a besoin de savoir d’où elle vient pour regarder vers l’avenir, ce que l’événement n’oublie pas en offrant également une fenêtre sur les artistes contemporains comme la bédéiste allemande et  libanaise Lena Merhej, ou encore la jeune vidéaste franco-algérienne Katia Kameli.