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Annabel’s du désert

Il est 21h30. Le Toyota Land Cruiser de Sultan s’enfonce dans la pénombre du désert d’AlUla sur un chemin d’asphalte à l’issue incertaine. Le convoi s’arrête, un premier temps, au niveau d’un checkpoint de sécurité, avant de poursuivre sa route sur un chemin de plus en plus sombre.

L’éclaircie viendra quelques centaines de mètres plus loin, d’une lignée de spots lumineux longeant la route. Le tracé mène à une bâtisse récente, verdoyante, éclairée par la douce lueur de parasols chauffants et de luminaires astucieusement placés. A l’entrée, une jolie blonde à l’accent slave accueille les visiteurs derrière un comptoir d’un vert grenouille frappé d’un « Annabel’s » en lettres d’or.

Un club privé en Arabie ?

Le nom est familier, et pour cause : on parle ici de l’une des plus prestigieuses et convoitées institutions du Royaume-Uni. Un club privé fondé en 1963 sur Berkeley Square dans le quartier de Mayfair à Londres. Une adresse qui n’ouvre ses portes qu’à une poignée de membres triés sur le volet et dont le prince de Galles, Richard Nixon, Frank Sinatra ou encore Mickael Jackson font ou ont fait partie. « Des dizaines de milliers de personnes sont encore sur liste d’attente pour avoir leur carte de membres », enchérit, sourire aux lèvres, Maciej Debal, manager de cette émanation saoudienne du fameux Annabel’s.

Mais alors comment expliquer que ce club si secret ait pignon sur rue en Arabie saoudite ? « Nous avons été invités par les Saoudiens pour ouvrir cette version éphémère de notre club privé », précise Maciej derrière son impeccable costume en nuances de vert, son grand nœud papillon et sa coupe de gendre idéal.

Une brasserie dans le désert

Le lieu est le premier et seul pop-up restaurant au monde créé par Annabel’s. Et pour cette première, l’endroit est peu anodin : nous sommes en beau milieu du désert, entre deux faramineux rochers érodés par le temps. « L’imagerie est incroyable », ajoute, enthousiaste, Maciej.

Ici, en revanche, point de carte de membre : l’accès au restaurant est ouvert, à une clientèle certes aisée. On n’y retrouve pas non plus toutes les cuisines – indienne, chinoise, mexicaine, italienne et française – de l’adresse mère londonienne mais seulement une carte de type brasserie. Epaule d’agneau confite, lieu snacké et frites de courgettes suivent les fruits de mer, le guacamole, la burrata, les crudités et le tartare de thon servis en entrée. Le tout est conclu par une meringue aux fruits rouges et un savoureux gâteau aux deux chocolats. Les clients, majoritairement locaux, sont conquis, et ce n’est pas pour déplaire au patron des lieux. « J’adore, s’exclame-t-il. C’est très surprenant pour moi. C’est génial. Les gens sont aimables et chaleureux. »