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Le trail des sables

Alors que les derniers rayons du soleil s’effacent derrière les monts rocailleux d’AlUla et que la douceur du climat du jour laisse peu à peu place à la fraîcheur du soir, la foule se presse vers les stands de fortune érigés près du parking du Sahary Resort, un luxueux camping de la région.

Devant chaque stand, flotte au vent un drapeau frappé du logo EcoTrail ainsi qu’un kilométrage : « 10 km », « 45 km », « 83 km »… Ils sont, au total, 550 à être venus s’enregistrer en vue des circuits du lendemain, trois parcours de trail, donc, tous établis dans le désert d’AlUla. La plupart sont saoudiens – 60 % d’après les chiffres des organisateurs -, les autres sont résidents ou touristes. La queue est forcément plus importante devant le plus petit des circuits, mais quelques têtes brûlées se sont laissées tenter par les 83 km.

Un trail dans « une région magnifique »

Dean, un Californien vivant à Jeddah, fait partie des plus aventureux. Habitués des raids pédestres désertiques, l’Américain semble excité à l’idée de se mesurer à son premier trail de plus de 83 km. « Je cours normalement des 50 km. J’ai déjà fait un trail de 60 km et j’en ai encore dans le réservoir, raconte-t-il. Ici, c’est plus plat, donc je me suis dit que je m’y essaierais bien.”

Dans son polaire bleu électrique, Rémi, lui, vient de récupérer son plastron pour le trail de 45 km. Ce Parisien se dit « coureur depuis quelques années », notamment à Djeddah, où il réside. « Il y a des clubs locaux qui organisent des petites courses, explique-t-il. Là, c’était l’occasion de venir sur une course de plus grande ampleur et de voir ce que ça donne. Et puis AlUla c’est une région magnifique. »

Une course éco-responsable

A quelques mètres de là, un homme à la carrure imposante observe les coureurs en se grattant le duvet. On devine au regard attentif qu’il porte sur les coureurs qu’il fait partie des responsables de l’événement. Bingo : il s’agit même du fondateur du concept. Jean-Charles Perrin est l’homme derrière EcoTrail, une structure française née en 2007 et promouvant les courses en milieu naturel dans un esprit d’éco-responsabilité et de sensibilisation à la préservation de la nature. Décliné dans 12 pays à travers l’Europe et l’Asie, le concept arrive pour la première fois au Moyen-Orient et en Arabie saoudite.

C’est l’Agence française pour AlUla, l’organisme hexagonal chargé de promouvoir la région qui l’a contacté pour déployer le concept dans le pays. « On a trouvé que c’était une bonne idée, que leur projet d’ouverture du territoire au tourisme et à la découverte correspondait à ce qu’on voulait faire », avoue Jean-Charles ravi de transposer son idée dans un pays qu’il trouve « bluffant et protégé comme nulle part ailleurs ».

Une course pour tous les âges

Le lendemain, le rendez-vous est donné à quelques pas de l’imposant Elephant Rock, à six heures du matin pour les deux plus gros circuits, 10 heures pour le plus petit des trois. Pour ce dernier, le temps, clair et relativement doux, est plus qu’idéal pour un trail. L’ambiance est musicale et festive. On compte des hommes, des femmes, des coureurs à la fleur de l’âge, des vétérans et même quelques enfants. A 10 heures pétante, une animatrice donne, au micro, le coup d’envoi, lançant les centaines d’amateur sur la piste des sables.

L’arrivée, elle, se fera à l’endroit même où tout ce beau monde s’est inscrit la veille : au Sahary Resort. C’est à 11 heures que les premiers coureurs franchissent, à bout de souffle, la ligne d’arrivée. Le premier d’entre eux est Saoudien et vient d’achever le premier trail de 83 km de sa vie. Médaille du vainqueur autour du cou, Abdulaziz ne cache pas sa satisfaction. « Je me sens fier, surtout que c’est ma première fois, que je suis premier et que, parmi les concurrents, il y a des professionnels avec plusieurs expériences du trail à l’étranger ». Première femme à traverser la ligne d’arrivée, Meredith est aussi la première arrivée du trail de 10 km. Badigeonnée de crème solaire sous ses lunettes de sport, cette Américaine installée en Jordanie voisine, n’est pas une profane du trail des sables qu’elle a dompté dans le royaume hachémite. « Je savais à quoi m’attendre, explique la coureuse. Mais c’est un honneur de pouvoir voir ce paysage, parce qu’il est encore intact, ce qui le rend spécial. » D’autres coureurs suivront tout au long de la journée, sous un soleil de plomb. La plupart finiront dans les temps, parfois dans la douleur. Mais qu’importe : le premier EcoTrail saoudien a tout d’une réussite.