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« Vous avez voyagé à travers le temps »

Malgré la douceur du mercure, le soleil est quelque peu agressif en ce mois de février sur les dunes de Mada’in Saleh.

Parmi les touristes pionniers dans cet écrin de sable, certains ont opté pour le turban comme coiffe de protection, sans doute pour rester dans le thème « arabique », d’autres sont exagérément enduit de crème solaire. Les coups de soleil, certains en auront sans doute à la fin de la journée, mais les rougeurs sont un mal nécessaire tant le paysage vaut le détour.

Le tombeau de Qasr al-Farid vu du ciel.

Des tombes dans la roche

Dans cette cité antique, ultime leg de la civilisation nabatéenne dans la région, les regards sont obnubilés par les tombes sculptées dans la roche avec une précision d’orfèvre. Le territoire en compte des dizaines, dispersées parmi les gargantuesques rochers qui le composent. Les repérer tient du jeu de piste et l’on s’amuse par moments à les compter au gré de la longue promenade qui mène au graal : le rocher Al-Fareed. La plus imposante des tombes de Mada’in Saleh serait, selon les spéculations des archéologues, celle d’un ancien roi ou gouverneur de la région. Le monument est en tout cas celui autour duquel les flashs d’appareil photo crépitent le plus souvent.

L’étoile du jour est brièvement éclipsée par la voix d’un guide : « La pièce va bientôt commencer. » Au pied des vestiges millénaires, une troupe de théâtre propose aux curieux une pièce interactive dans laquelle les spectateurs sont au mieux acteurs, au moins figurants. Nous sommes au deuxième siècle après Jesus-Christ. Le Levant est gouverné par le roi Rabbel II. Nous sommes dans un marché de la région, baignés par l’assourdissante cacophonie des commerçants proposant aux visiteurs épices, fruits, légumes, et textile. L’audience est suspendue aux lèvres d’un narrateur gringalet habillé d’un modeste tissu blanc et la scène est entourée de soldats en armures pour éviter que les touristes ne s’aventurent trop près des acteurs.

Une fresque historique

Le conte nous mène à la cour du roi, où ses deux fils et héritiers, Damasi et Rabbel III, se disputent l’avenir du royaume. La tension monte et les deux princes en viennent au sabre. Un coup malheureux et fatal est porté par Damasi à sa mère venue s’interposer. Le roi est mis au parfum de cet accident et se retrouve tiraillé entre guillotiner son fils ou l’épargner. Il décide de consulter l’audience. « Tue-le », crient certains. « Non c’est ton fils, épargne-le », juge une autre voix parmi les spectateurs. Rabbel II optera finalement pour la clémence, la petite fresque historique s’achevant sur l’inhumation de la reine dans l’un des tombeaux de Mada’in Saleh sous les applaudissements de la foule.

L’histoire, véridique, est celle du dernier monarque nabatéen. Ses protagonistes sont tous saoudiens. Ils sont comédiens, youtubeurs, mannequins et ont monté le projet en quelques mois dans le but d’en faire une expérience ludique pour découvrir la région. « Vous avez voyagé à travers le temps, vous avez vu qui nous sommes”, conclut, d’une voix mystérieuse, le conteur.