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Electro chaabi, des bas fonds du Caire aux clubs branchés

Electro Chaabi

L’électro chaabi est un mouvement musical qui s’est fait remarqué dans les soirées électro-orientales de clubs branchés européens ces dernières années. C’est pourtant en Egypte au milieu des printemps arabes qu’il a connu un véritable essor, grâce à une jeunesse qui a trouvé en lui un nouveau moyen de contester en musique. Depuis, nombreux sont les artistes à avoir émergé dans les rues et sur la scène du Caire.

C’est la journaliste franco-tunisienne Hind Meddeb (photo) qui fut la première à remettre dans son contexte politique et historique l’essor de ce mouvement musical sauvage né dans les rues du Caire, dans son documentaire électro-chaabi en 2013. Elle confiait alors au journaliste de Télérama : « Le mouvement a vraiment connu un vif essor après la révolution de janvier 2011. Malgré le conservatisme religieux et l’armée, la jeunesse avait besoin de s’exprimer avec une musique qui lui ressemble… Il y a de plus une grande tradition de la fête dans le pays. Le peuple égyptien n’a jamais été prêt à accepter l’austérité des Frères Musulmans et des salafistes, qui font pourtant de très bons scores aux élections nationales et locales. »

Des bidonvilles cairotes aux clubs européens

Si il est aujourd’hui devenu un son à la mode dans les clubs du monde arabe et d’Europe, l’électro Chaabi a pourtant passé des années dans l’ombre des bidonvilles du Caire avant de connaître le succès. Appelé “mahraganat” (qui signifie “festival” en arabe), c’est dans les fêtes de mariage du quartier populaire el Matareya au Caire qu’il est apparu pour la première fois, poussé par quelques DJ qui sont devenus emblématiques du mouvement aujourd’hui. Caractérisé par un rythme rapide et l’utilisation intensive des synthétiseurs, il puise ses racines à la fois dans la musique traditionnelle chaabi des années 70, qui exprimait les frustrations quotidiennes des classes populaires, que dans l’électronique. S’accompagnant parfois de beats techno, reggaeton, ou même issus du rap et du dancehall.

Si sa figure la plus célèbre reste DJ Figo qui s’est fait connaître durant la révolution et a démocratisé le mouvement avec son titre Ana baba Yalla, d’autres comme Mc Sadat ou Alaa 50 cent opéraient déjà dans les rues du Caire. Leurs textes dénoncent l’horreur de la guerre, le régime autoritaire de Moubarak, l’armée mais aussi le fondamentalisme religieux des Frères musulmans. Un succès qu’ils doivent surtout aux réseaux sociaux et à Internet avec des plateformes comme Soundcloud ou Youtube, faute de distribution commerciale car leur musique est trop controversée pour être vendue en magasin ou diffusé sur les ondes..En attendant, les autorités égyptiennes, trop dépassées par la révolution, n’ont pas réussi à enrayer le mouvement.

Les figures de proue du mouvement

Oka & Ortega

Ahmed Metwally Mustafa (Ortega) a commencé sa carrière comme footballer puis rencontré par coïncidence Oka par son frère. Ensemble, ils commencent d’abord à rapper puis se tournent progressivement vers l’électro chaabi. Ils ont plusieurs titres connus comme Golden Box, El3ab Yala (ne joue pas), ou Loghet el 3ioon (le langage des yeux).

 

Dj Ahmad Figo

Il est un des précurseurs de l’électro chaabi, celui qui a popularisé le genre avec son titre “ana baba yalla” pendant la révolution égyptienne. Il a même transformé le slogan de la révolution de manière humoristique dans ses chansons .

MC sadat

Mc Sadat mélange à la fois rap et musique électronique. Réputé dans les clubs alternatifs du Caire, il s’est aussi produit à l’étranger. Il collabore autant avec des artistes du milieu électro que des rappeurs, ou des musiciens acoustiques. Il a notamment réalisé une mixtape avec le musicien Alaa Fifty Cent, que l’on peut entendre sur leur titre Best of Sadat & Alaa Fifty Cent. Composée de 14 titres, la compilation passe autant des chansons politiques comme Five Pounds Credit que des titres de dancefloor chaabi et électronique à l’instar d’Enjex.

3aphz

Basé au Caire, 3Phaz est un musicien passionné de basse et de distorsions. Il s’amuse particulièrement à déconstruire l’esthétique shaâbi en réinventant la sienne propre, qu’il amplifie en exagérant l’énergie de la musique shaabi traditionnelle.