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Etel Adnan, artiste libano-américaine, est décédée

L’artiste libanaise et américaine s’est éteinte ce dimanche à Paris, à l’âge de 96 ans. Plusieurs personnalités du milieu artistique et culturel lui ont rendu hommage, comme Jack Lang, président de l’Institut du monde arabe à Paris. 

Amoureuse du monde arabe, peintre, écrivaine, issue d’un brassage de cultures méditerranéennes : Etel Adnan semble avoir vécu plusieurs vies, du Liban aux Etats-Unis, en passant par la France. 

Née en 1925 à Beyrouth, à l’époque où le Liban est sous protectorat français, Etel Adnan grandit dans un milieu multiculturel et polyglotte très riche. Sa mère est Grecque et chrétienne, son père est Syrien et musulman, mais la future artiste parle d’abord le grec et le turc, avant d’apprendre le français et l’anglais à l’école. Polyglotte, elle “maîtrise mal” l’arabe, selon ses dires, mais se sent attachée à la calligraphie de ses lettres et à la sonorité de la langue, qu’elle a toujours entendue depuis son plus jeune âge. 

 

Etel Adnan, Paris, 24 septembre 2016

 

D’abord poète, elle écrit plusieurs ouvrages de poèmes en français, mais aussi un roman, Sitt Marie Rose, qui se déroule au Liban

Après des études de philosophie à La Sorbonne à Paris, elle s’installe en Californie dans les années 70 et revient à ses premiers amours : la peinture, plus précisément l’art abstrait, qu’elle pratique par le biais d’œuvres joyeuses aux couleurs vives

Passionnée par le monde arabe

“J’ai une passion pour le monde arabe ; nous sommes la région des trois religions monothéistes, or la religion n’est pas qu’une théologie c’est aussi une culture, nous avons un héritage incroyable » racontait Etel Adnan. Originaire d’un pays arabe sans en parler la langue, l’artiste a toujours jonglé entre les mots, les langues et ses peintures. A propos de cette langue qui fascine l’artiste mais qu’elle ne parvient pas à maîtriser totalement, elle dira : « Je n’avais plus besoin d’écrire en français, j’allais peindre en arabe ».

 

« Voyage au mont Tamalpaïs », 2008

 

Et en effet, cette volonté “d’abandonner le français” lui vient pendant la guerre d’Algérie, qu’elle raconte dans son livre Ecrire dans une langue étrangère, paru en 1984 : « Je devins soudain, et assez violemment, consciente (…) que je participais émotionnellement à cette guerre, et que cela me répugnait d’avoir à m’exprimer en français. (…) Le destin du monde arabe semblait dépendre de l’issue de ce conflit. »

Elle écrira donc en anglais, et recopiera des poèmes de grands auteurs irakiens contemporains, comme son ami Badr Shakir al-Sayyab, qu’elle a publié dans des leporellos, ces livres-accordéon qui se lisent en se dépliant. Néanmoins, une de ses œuvres majeures, L’Apocalypse Arabe (1980) est rédigée en français, et recueille plusieurs poèmes sur son amour du Liban et de la région, ainsi que sur les tragédies qui ont affecté son pays.