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Festival du film de Gabès : redynamiser le sud-est de la Tunisie grâce à la culture

Pendant neuf jours, le sud est tunisien et la ville de Gabès ont rassemblé la fine fleur de l’art visuel tunisien. Réalisateurs, artistes, vidéastes, se sont réunis pour rendre hommage au cinéma, à l’art vidéo, et à la réalité virtuelle de Tunisie et d’ailleurs. Entre programmation cinématographique, expositions artistiques et performances de réalité virtuelle, les visiteurs ont pu librement flâner dans tout ce que l’image et le son peuvent offrir. L’occasion d’insuffler un vent frais culturel à la ville de Gabès, petit port maritime autrefois touristique pour son oasis de bord de mer, aujourd’hui délaissé, en partie à cause de la pollution liée à l’industrie du phosphate. Une manière aussi de lutter contre la centralisation des arts et de la culture dans la capitale Tunisienne. Retour sur trois moments forts de l’événement…

Al Kazma

Située sur la corniche éponyme de Gabès, cette installation de six conteneurs s’inspire d’un bunker de la seconde guerre mondiale délaissé sur le même bord de mer. Loin de sa connotation militaire et colonisatrice d’origine, elle s’inscrit dans la section “art visuel” du Gabès Cinéma Fen et se fait alors le poste d’observation de la création contemporaine du monde entier, à l’instar de l’expérience visuelle que nous offre le premier conteneur avec une installation sonore, et de sa vue imprenable sur la côte. Chacun des six conteneurs représentés abrite une expérience artistique unique dont l’immatérialité se veut le fil d’ariane et l’histoire. Une expérience de l’invisible qui est venu à Laurent Montaron, le commissaire de l’exposition, suite à une réflexion sur l’œuvre de Melik Ohanian “Invisible Film”, comme il l’explique « j’ai sélectionné des œuvres qui abordent la question de l’invisible. L’invisible dont il est question ici ne concerne pas tant le domaine du réel qu’une impossibilité de le voir. Cette sélection pose la matérialité des images comme une donnée nécessaire à une expérience du monde visible, dont l’épreuve que nous traversons nous permet d’en mesurer la préciosité.”

Un espace off shore conçu pour apprendre à affûter son regard, en observant ce à quoi on ne prête plus attention et qui prend tout son sens dans une ville comme Gabès, terre oubliée au Sud-est de la Tunisie…

K-off

Au centre de Gabès, à Bab Bhar, c’est la scène artistique vidéographique tunisienne émergente qui est mise à l’honneur dans un espace dédié: K Off. Des travaux qui exposent l’univers singulier de 6 jeunes artistes tunisiens à travers une sélection proposée par Salma Kossemtini, un véritable défi pour la jeune curatrice : “Il fut très difficile pour nous de trouver des artistes car il n’existe pas de plateformes qui regroupent la jeune création tunisienne, j’ai dû contacter des professeurs de l’école des beaux arts, ou me fier à des recommandations d’amis. J’ai fait beaucoup d’entretiens avec de jeunes artistes qui sont encore étudiants ou en phase de finaliser leurs projets de fin d’études.”

Des artistes, pour la plupart autodidactes, qui ont été finement choisis pour leur regard sur la scène vidéo en Tunisie, mais aussi leur manière de travailler l’image en mouvement. Parmi eux, le groupe de hip hop tunisien Toxic club.

L’agora

Ancien lieu du parti unique de ben Ali et symbole d’une répression policière sous l’ancien régime, ce bâtiment a été brûlé pendant la révolution tunisienne de 2011. Il devient aujourd’hui l’espace d’exposition et de réflexion de l’artiste tunisienne Intissar Belaid et du photographe allemand Moritz Hagedorn avec “News from Nowhere”. Plongé dans l’obscurité de ce bâtiment sombre de l’histoire, le visiteur crée lui-même son propre parcours d’exposition, en choisissant d’en dévoiler sur les différents fragments, entre ombre et lumière. Intissar Belaid se concentre sur la mémoire collective et individuelle et sur la manière de la mettre en valeur dans le temps et dans la construction d’un avenir collectif. L’artiste allemand Moritz Hagedorn utilise lui son travail photographique pour faire de la recherche et expérimenter. Les deux talents ont combiné leur travail pour proposer une enquête sociale et anthropologique, sur les traces que devrait laisser une civilisation afin de permettre aux générations futures de construire une mémoire de leurs ancêtres, comme l’explique Intissar “ Pour nous, il était important de faire quelque-chose avec ce bâtiment chargé d’histoire, et dix ans après la révolution, nous l’avons vu comme une opportunité de faire dialoguer avec cette histoire et ces souvenirs avec le public”, explique Intissar. À travers des photographies, des vidéos et des outils que Intissar a collectés sur les plages tunisiennes, le duo d’artistes interroge l’incarnation des lieux et des personnes, le rôle de l’individu, et la place de l’homme dans l’existence et dans l’univers.