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Ghutra et shemag : d’où vient le foulard saoudien ?

Le shemagh semble apparaître dans les années 1950, notamment dans la Jordanie et l’Irak voisins.

Le shemagh semble apparaître dans les années 1950, notamment dans la Jordanie et l’Irak voisins.

Le couvre-chef est un élément essentiel du dress code masculin en Arabie saoudite. Et sur ce point, la ghutra et le shemag font office de références. Mais quelle différence y a-t-il entre les deux "foulards" et pourquoi sont-ils aussi prisés sur la Péninsule ?

Ils sont, à eux deux, le premier accessoire distinctif de l’homme d’Arabie. Si bien qu’ils sont devenus, aux yeux de tous, un cliché inhérent à son image. On leur attribue, parfois avec dédain, le patronyme de keffiyeh, les confondant maladroitement avec leur cousin palestinien. Dans l’intellect occidental, ils restent surtout ces bouts de tissu, ces « foulards à carreaux », ces « couvre-chefs folkloriques » dont la gent masculine se pare de l’autre côté de la mer Rouge. Bref, le monde connaît la ghutra et le shemagh, mais pas leurs subtilités.

La ghutra, accessoire ancestral anti-soleil

Accessoires pas si accessoires, la ghutra et le shemagh sont effectivement deux éléments indéboulonnables de la culture arabique. Mais avant de devenir ces inamovibles vêtements de tradition et de mode, les deux coiffures constituaient surtout un équipement de nécessité. Un habit qui accompagne l’homme du golfe Persique depuis la nuit des temps.

Il est ainsi admis que la ghutra couvrait les caboches masculines avant même l’avènement de l’islam, et ce pour protéger celles-ci d’un soleil local particulièrement agressif. Sa couleur blanche et son tissu léger – généralement en coton ou en lin – en faisait un allié de poids pour les bédouins face au climat aride de la Péninsule.

Un soldat saoudien en ghutra en 1944.
Un soldat saoudien en ghutra en 1944.

Le shemagh, en mode années 50

La ghutra était généralement portée par-dessus un kufi servant à fixer le linge sur le crâne, et verrouillée par un cordage noir, le iqal. Très pratique, cet assemblage sera même adopté par les soldats britanniques, dans une Arabie saoudite alors sous protectorat, qui y voient un couvre-chef plus confortable que les calots militaires et autres casques coloniaux.

Les premières photographies connues de l’Arabie et datant du 19e siècle en attestent : la ghutra blanche était déjà, à cette époque, un accessoire répandu, même si l’usage du iqal n’était pas systématique. Certains clichés en dévoilent même des variantes aux différentes couleurs. Le shemagh, son pendant épais à carreaux rouge et blanc, ne semble en revanche apparaître que dans les années 1950, notamment dans la Jordanie et l’Irak voisins.

Si les circonstances de la genèse de ce nouvel accessoire demeurent encore aujourd’hui troubles, tout porte à croire que sa généralisation découle surtout d’un effet de mode. Une vogue qui perdure aujourd’hui au côté de celle de l’ancestrale ghutra blanche.