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La finance islamique, une solution éthique post-crise?

La finance islamique est un système financier qui s’appuie sur des principes en accord avec les principes de l’Islam. Mais ses fondements qui marient éthique et économie, séduisent de plus en plus d’investisseurs, au delà de la seule communauté musulmane.

La finance islamique est apparue à la fin des années 60 en Égypte avec la première banque islamique. En 2018, elle représentait 2 190 milliards de dollars (1 958 milliards d’euros), selon un rapport la Commission des services financiers islamiques (IFSB).

S’appuyant sur les principes de la loi islamique, la charia, elle applique des règles bien spécifiques à tous les segments de la finance (épargne, investissement et prêt) parmi lesquels l’interdiction des taux d’intérêt, la prohibition de la spéculation, l’interdiction d’investir dans des secteurs illicites comme l’alcool, l’élevage porcin ou la pornographie et enfin le rejet de l’incertitude dans les transactions. Son but est donc d’encourager l’économie réelle mais aussi un partage équitable des risques et profits entre l’emprunteur et le prêteur, dans une logique participative, plus juste et plus éthique.
Récemment, la finance islamique a aussi démontré sa capacité de résilience face à la crise des subprimes en 2008, contrairement au système bancaire traditionnel. Qu’en est-il avec la crise actuelle du coronavirus? La finance islamique va t-elle s’imposer comme une alternative éthique aux investisseurs pour reconstruire le “monde d’après”? Nous en avons discuté avec Mehdi Benslimane, responsable de la croissance internationale chez Wahed, une plateforme d’investissement halal.

Wahed, vous mettez en avant l’investissement halal, ou l’investissement éthique. Comment assurez-vous cet engagement à vos clients?

On a mis en place un système qui consiste à filtrer les investissements mis à disposition à nos clients, en mettant de côté les entreprises et les investissements considérés comme illicites, et qui sont néfastes au monde en général. Parmi eux, les banques à cause des taux d’intérêt qu’elles pratiquement, l’industrie de l’armement et du tabac également pour n’en citer que quelques-un. Pour cela, nous nous appuyons sur un comité de savants musulmans reconnus internationalement, qui sur la base de critères qu’ils ont défini, valident ou non les investissements ou produits que nous leur présentons. Ces critères sont fixés par une institution centrale basée à Bahreïn, et qui est en charge d’imposer les standards que la communauté financière islamique doit respecter avec ses clients.

Est-ce que la crise actuelle du coronavirus a affecté le marché de la finance islamique?

D’un point de vue client, nous avons évidemment été impacté car il y a une sensibilité au marché qui est inhérente à tout investissement financier. Mais historiquement, les investissement islamiques on trouvé être résilients en période de crise ces dernières années. Et le fait de ne pas avoir de banques dans notre portefeuil a par exemple été quelque-chose de positif pour notre société, car c’est un des secteurs qui a le plus souffert durant cette crise. Nous construisons des portefeuilles qui sont diversifiés, parmi lesquels on peut trouver de l’or qui est un investissement licite en islam et s’est toujours révélé être comme une valeur refuge en temps de crise. Au delà de ça, nous avons aussi les investissements en sukuk (obligations islamiques) qui eux aussi continuent de montrer des bonnes performances.

New York Based Wahed Invest Approved to Operate Malaysia's First ...

Vous proposez des investissements minimum à coût très faible. Pourquoi?

Quand on regarde les performances sur le siècle dernier, l’investissement long terme a toujours été efficace. C’est pourquoi nous voulons rendre l’investissement financier accessible à un plus grand nombre de personnes, à des clients soucieux d’investir de manière éthique qui n’avaient pas eu la possibilité de le faire à cause de l’inaccessibilité des produits financiers jusqu’alors réservés à une clientèle d’élite fortunée. Aujourd’hui, si nous fournissons un service en accord avec les principes de la charia, notre offre attire de plus en plus de clients en dehors de la communauté musulmane car nous avons mis en place une plateforme accessible ainsi qu’un portefeuil diversifié engagée pour une finance inclusive, éthique, tout en étant efficace.

Selon vous, la finance islamique peut-elle attirer plus d’investisseurs après la crise du Covid-19?

Je crois qu’on est en train de changer de dimension et que l’urgence écologique, sociale et économique à travers le monde ne fait que renforcer ce besoin d’investir de manière plus responsable. Et La finance islamique peut être un vrai moteur dans cette direction.