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Laure d’Hauteville : “Créer est une forme de résistance pour l’existence“

Du jeudi 27 au dimanche 31 mai prochain, se déroulera la première édition de la Menart Fair entre les murs de l’hôtel particulier de la maison de ventes Cornette de Saint Cyr, à Paris 8ème. L’occasion de faire découvrir au grand public comme aux collectionneurs européens, le bouillonnement et la diversité de la scène artistique contemporaine du Moyen-Orient et du Maghreb. 

Quatre jours pendant lesquels une vingtaine de galeries présenteront des artistes venus du Maroc à la Tunisie, en passant par l’Égypte, la Syrie, le Liban, la Palestine, Israël, ou encore l’Arabie Saoudite, l’Iran, et les pays du Golfe. Une foire à “taille humaine”, comme le souhaite sa fondatrice, Laure d’Hauteville, engagée depuis 25 à bâtir des ponts culturels entre Orient et Occident et fondatrice de plusieurs foires d’art contemporain à Beyrouth, Abu Dhabi et Singapour.

 

Hassan Hajjaj (Maroc), 3 Canal, 2014,, Courtesy of Hassan Hajjaj and the 193 Gallery

Vous vous êtes installée au Liban au lendemain de la guerre civile. Qu’est-ce qui vous a amené à vous lancer dans cette aventure un peu folle?

C’est une très longue histoire, mais à la base je suivais mon ex-mari qui partait pour une mission de quatre mois, et au final nous sommes restés y vivre pendant quinze ans. J’ai été journaliste culturelle, j’ai également géré la collection d’une banque importante, ce qui m’a permis de rencontrer un grand nombre d’acteurs de la scène artistique locale, artistes comme collectionneurs, jusqu’à progressivement monter la première foire d’art contemporain au Liban en 1998. Elle a duré jusqu’en 2005, date où le premier ministre Rafiq Hariri s’est fait assassiner, ce qui aussi correspondait à une période assez compliquée et de forte déstabilisation pour le pays. C’est à ce moment que j’ai rejoint les équipes d’Art Paris afin de mettre en place une foire d’art contemporain dans les pays du Golfe, à Abu Dhabi. Je suis finalement revenue m’installer au en 2009, quand le Liban est devenu plus stable, dans le but de lancer la Beirut Art Fair.  

 

Alia Ali (Yemen), Love series – N°3, 2021,, Courtesy of Alia Ali and the 193 Gallery

Ces dix dernières années, vous avez fondé plusieurs foires d’art contemporain entre Beyrouth, Abu Dhabi mais aussi Singapour. Pourquoi avoir voulu créer ces événements artistiques dans ces régions?

Une foire, c’est un peu comme un défilé de mode, cela fait déplacer beaucoup de monde et les gens qui le font ont souvent un certain pouvoir d’achat, ce qui constitue un réel boost pour le tourisme culturel de ces régions. Mais surtout, c’est un formidable moyen d’apprendre à connaître l’autre, et je trouve qu’on ne connaît pas assez le monde arabe en Occident, ou alors on le connaît mal, en l’associant bien souvent uniquement à l’Islam. Je voulais donc montrer à travers ces événements qu’il y avait une véritable créativité et diversité dans ces pays, et pas seulement des guerres et de la destruction. Créer c’est vivre, c’est une forme de résistance pour l’existence.

Alia Ali (Yemen), iRain –Indigo Series, 2021,, Courtesy of Alia Ali and the 193 Gallery

Qu’est-ce qui vous a motivé à transporter la MENART Fair à Paris aujourd’hui?

J’ai voulu retranscrire ce bien-être qu’on ressent en Orient. J’ai voulu montrer ces peuples joyeux, cultivés, et qui aiment la France. Il y a un vrai respect et rayonnement de la culture française là-bas, il n’y a qu’à regarder la Sorbonne ou le Louvre Abou Dhabi, ou encore les contrats raflés par Jean Nouvel pour créer les huits plus grands musées du monde en Arabie Saoudite pour le constater. Mais je voulais aussi intéresser le public en remettant cette exposition dans le contexte des flux migratoires en France et en Europe, de mener une réflexion sur la manière dont ces personnes qui arrivent avec leur propre parcours artistique vont pouvoir fondre leur héritage avec le nôtre.

D’où sont issus les artistes qui seront représentés pendant la foire?

On pourra y trouver des artistes jordaniens car il n’y a pas que Petra en Jordanie, mais il y existe un vivier d’artistes géniaux, notamment en design où ces derniers reprennent les traditions de la région. Nous avons aussi sélectionné des artistes israéliens car ils font également partie du MENA et nous pensons intéressant d’observer comment ces derniers ressentent face aux évolutions de la région. Nous présenterons aussi des artistes du Golfe, qui se montrent beaucoup plus innovants que les européens et n’hésitent pas à employer les nouvelles technologies dans leurs œuvres à travers la photo, la vidéo ou des installations. À l’instar de la galerie saoudienne Athr, qui va présenter une œuvre d’intelligence artificielle encore jamais vue en France.

Quels sont vos projets pour la suite?

D’abord je veux rester sur un format de boutique art fair, c’est-à-dire celui d’une exposition à taille humaine, où le visiteur prend le temps, ce qui n’est pas possible dans les foires internationales où l’on trouve plus de 200 galeries. J’aimerai aussi organiser une édition à Bruxelles et à Londres, le but étant que cette petite foire se répète chaque année dans les mêmes pays à travers trois éditions en Europe. Ainsi quand on pourra rouvrir Beyrouth, on aura formé le public à l’art de ces régions.