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Les membres du G20 suspendent le paiement de la dette des pays pauvres

Les pays du G20 viennent de décider, lors de la réunion virtuelle d'hier, d'interrompre temporairement le paiement de la dette des pays les plus pauvres du monde, dans un effort pour traverser la pandémie avec le moins de dommages économiques possibles, en particulier pour ceux qui sont déjà défavorisés. L'Arabie Saoudite, qui accueille ces discussions en ligne, est au cœur de ces efforts de coopération, suite à sa décision de réduire sa production de pétrole pour soutenir l'économie mondiale.

La dette des pays les plus pauvres et les moins développés du monde, telle que définie par la Banque mondiale et les Nations unies, est donc gelée pour tous ceux qui sont à jour dans leurs paiements du service de la dette à la Banque mondiale et au Fonds monétaire international (FMI). L’initiative, soutenue par le Club de Paris des créanciers, n’est qu’une partie des efforts coordonnés au niveau mondial pour sauver l’économie mondiale.

Injecter de l’argent dans les ressources médicales

Les mesures visant à geler les paiements d’intérêts et les remboursements du principal permettront de fournir plus de 20 milliards de dollars aux pays dans le besoin. Ils auront donc la possibilité de canaliser cette somme dans leurs systèmes de santé pour lutter contre la pandémie, a annoncé le ministre saoudien des finances Mohammed al-Jadaan à l’issue de la réunion virtuelle d’hier.

La déclaration commune se lit comme suit : « Il s’agit d’une initiative puissante et rapide qui fera beaucoup pour sauvegarder la vie et les moyens de subsistance de millions de personnes parmi les plus vulnérables ». Les responsables du G20 ont également réitéré leur engagement à déployer les « outils disponibles » pour faire face à la crise sanitaire et économique provoquée par COVID-19. « Nos efforts doivent se poursuivre et être amplifiés », indique le communiqué.

Interroger les experts pour en savoir plus sur les coulisses

Nous avons parlé à Ishac Diwan, de la Chaire d’Excellence Monde Arabe à Paris Sciences et Lettres, pour mieux situer ces rencontres virtuelles.

 

Professeur à la Chaire socio-économie du Monde Arabe à Paris Sciences et Lettres.

 

Lorsqu’on se demande comment ces discussions pourraient assurer une plus grande stabilité du marché dans le contexte de la pandémie, l’importance de réduire la production de pétrole revient au centre des discussions.

« Il me semble que des prix du pétrole bas aideraient une grande partie du monde en cette période économique difficile. Mais elle nuit aux producteurs de pétrole et peut facilement nuire aux infrastructures d’approvisionnement, une fois que le monde sera revenu à la normale. Il y a donc de bonnes raisons de coopérer au niveau mondial pour essayer de stabiliser les prix du pétrole à 20-40 dollars le baril et de ne pas les laisser trop descendre en dessous de 20 dollars le baril« .

 

 

L’Arabie Saoudite a signalé la semaine dernière qu’elle allait réduire sa production de pétrole de 15 % pendant deux ans pour atténuer la dépression économique, aux côtés de la Russie. Les autres membres de l’OPEP+ n’ont pas encore suivi leur exemple. Il explique :

« Ce que nous avons vu jusqu’à présent est sans précédent, mais ce n’est probablement pas suffisant pour stabiliser les prix à environ 40 dollars le baril. En conséquence, je m’attends à ce que les prix restent « trop » bas et à ce que cette réunion soit suivie d’efforts supplémentaires pour réduire encore la production, au moins au cours des trois à six prochains mois. En attendant, plusieurs producteurs de pétrole seront gravement touchés (l’Irak, l’Algérie, le Mexique et les États-Unis également), tandis que l’Arabie saoudite et la Russie pourront puiser dans leurs réserves pour atténuer le choc ».

La coopération pour des changements plus importants

La question de savoir dans quelle mesure la position des États-Unis peut influer sur la portée d’un éventuel accord reste en suspens, selon M. Diwan : « Il n’est pas encore clair comment les États-Unis vont jouer leur rôle dans la réduction de la production de pétrole et aider à relancer l’économie [comme l’Arabie Saoudite et la Russie] car ils manquent peut-être d’instruments politiques pour le faire”.