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Lumière sur : Abir, une chanteuse qui brise les stéréotypes autour de la femme arabe

Credits: Atlantic Records / Sunday Edit

Dans ses nouveaux projets musicaux, la chanteuse d’origine marocaine à la fois auteure, compositrice et interprète s’attache à déconstruire les clichés qui gravitent autour de la femme dans les pays musulmans. Portrait.

La multiculturalité comme source d’inspiration

Elle a 26 ans, réside actuellement à New York et vient tout juste de sortir un nouvel EP au nom évocateur d’”Inferno”. La jeune Abir, auteur-compositeur-interprète, semble réussir tout ce qu’elle entreprend depuis qu’elle s’est immiscée dans le milieu artistique, et plus particulièrement musical.

D’origine marocaine, Abir naît à Fès, dans le nord du pays. Elle déménage aux États-Unis avec sa famille à l’âge de 5 ans. Élevée à Arlington, en Virginie, elle commence à chanter peu après la relocalisation de la famille et se dit fortement influencée par Etta James, dont elle écoutait les CD en compagnie de son père chauffeur de limousine. Mais ses inspirations créatives sont loin de se limiter à une seule artiste. En plus de James, Abir a énormément puisé ses inspirations dans son continent d’origine et dit avoir une admiration pour la célèbre chanteuse égyptienne Umm Kulthum. En grandissant, elle diversifie ses sources d’inspirations et prend exemple sur les formidables divas que sont Céline Dion, Whitney Houston, Sarah Vaughan ou encore Beyonce.

 

 

Sa carrière décolle après la sortie de son premier EP intitulé “Mint”, un clin d’oeil manifeste au traditionnel thé à la menthe marocain et aux ragots du « tea time » qui l’accompagnent. Après le succès de ce premier projet musical, l’artiste a souhaité proposer quelque chose de nouveau, des morceaux tout en modernité et diffusant un message positif sur les femmes des pays musulmans, dans le but de déconstruire les images d’Epinal que se font les sociétés occidentales des conditions d’existence des citoyennes du Moyen-Orient et du Monde Arabe plus généralement.

 

Combattre les préjugés par la musique : le leitmotiv de l’artiste

Après des mois d’introspection suite à son premier EP, la jeune chanteuse marocaine s’est fixée pour mission de démanteler les idées fausses courantes sur les femmes de sa culture comme étant opprimées ou soumises. L’artiste a alors puisé dans la multiculturalité de son parcours et la diversité de ses origines pour proposer l’EP “Inferno”, une musique qui, selon l’intéressée, bat en brèche plusieurs présupposés. Elle a d’ailleurs déclaré à ce sujet « Je suis en grande partie ce qu’une femme arabo-musulmane n’est pas censée être. Son apparence, ses actions… Le récit que l’on entend actuellement n’est pas forcément la vérité.” Cette chanson, mêlant influences occidentales et orientales, a de fortes chances de devenir un véritable hit.

 

 

Le clip d’ »Inferno », tourné avant la quarantaine à Marrakech, est le symbole parfait de la volonté de l’artiste. Il a pour cadre un désert chaud et immobile qui rend hommage à l’héritage marocain d’Abir tout en offrant un regard critique avec les contrastes frappants entre les femmes, debout, certaines couvertes de la tête aux pieds, alors que l’artiste montre ostensiblement son style, issu en grande partie de la culture occidentale. Une volonté de contraste pour mieux affirmer que la liberté n’est pas une histoire d’accoutrement mais bien de pensée et que la liberté est avant tout un sentiment avant d’être une affaire de vêtements.

 

« Quand les gens voient le hijab en Amérique et dans le monde entier, ils pensent que ces femmes sont opprimées, mais non, elles sont très à l’aise », explique la chanteuse. « Quand quelqu’un me voit, un artiste arabe, qu’il veuille le dire ou non, il a cette idée préconçue dans sa tête sur mon éducation ». C’est cette vision qu’elle a voulu déconstruire à travers de ce nouvel EP. « Certaines femmes [musulmanes] sont heureuses [de s’habiller] de façon conservatrice, et d’autres ont une perspective différente. Il est important de partager les deux. En ce moment, j’ai l’impression que le monde voit une version, alors qu’il y en a des centaines ».

Une chose est sûre, après avoir écouté « Inferno », vous n’aurez certainement plus le même point de vue sur la question : de quoi fermer la porte aux idées préconçues sur la femme arabe ?