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Méroé, l’empire des pharaons noirs

Inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco, le site est un des joyaux du Soudan. Retour sur l’histoire unique de l’empire des héritiers des pharaons noirs.

Un vaste territoire 

 

Située en aval de la sixième cataracte du Nil en Nubie, cette cité donne son nom à une brillante civilisation qui se développe depuis la première cataracte jusqu’au confluent des deux Nil et sans doute plus au sud, entre le ive siècle avant et le ive siècle de notre ère.

 

Appelé le royaume de Koush par la Bible, Ethiopie – « terre de visages brûlés » – par les Grecs et les Romains, ou Nubie, le royaume a prospéré du 3ème siècle avant J.-C. au IVème siècle après JC, avant d’être détruit par Aksum, le royaume chrétien de l’Ethiopie. Ses dirigeants étaient tour à tour des partenaires commerciaux, des adversaires et des vassaux des pharaons égyptiens. Mais leurs ancêtres ont gouverné l’Egypte entre les 8ème et 7ème siècles avant J.-C., et c’est ce qui leur a valu le nom de pharaons noirs.

 

Un paysage unique et chargé d’histoire 

 

Découvert en 1822 par le français Frédéric Cailliaud, le royaume Kouch, qui fait aujourd’hui partie du Soudan moderne, abrite trois fois plus de pyramides que l’Égypte. D’après l’Unesco, « son ensemble pyramidal est l’un des plus étendus au monde ».

Le site de Méroé est très étendu et les fouilles n’ont qu’à peine effleuré les vestiges. De nombreux sanctuaires ont été dégagés à l’extérieur de la ville et environ deux cents pyramides sont recensées dans les trois nécropoles. Les bains royaux sont également remarquables.

200 à 250 monuments funéraires sont répartis entre les sites de Méroé, de Naqa et Musawwarat as-Sufra. Mais les plus connus sont ceux qui ont été édifiés à Méroé, capitale du royaume de Koush, dont la civilisation bien particulière mêlait les influences africaines, égyptiennes et gréco-romaines.


D’importants vestiges

 

L’ancienne capitale a des ruines exceptionnelles, y compris des temples, des palais, des bâtiments résidentiels et des pyramides où une quarantaine de rois et de reines, et autant de nobles, ont été enterrés. Construits au milieu du désert, ces monuments funéraires, de six à 30 mètres de haut, sont plus petits et beaucoup plus raides que ceux de l’Egypte. Des sanctuaires avec des pylônes gravés sur les murs avec des hymnes aux divinités y sont attachés pour accompagner le défunt dans l’au-delà. Elles n’étaient pas enterrées comme les momies égyptiennes; elles étaient couchées sur le dos, la tête tournée vers l’Occident.

Un héritage de nos jours éparpillé 

 

C’est l’italien Giuseppe Ferlini, qui, se basant sur les plans élaboré par Frédéric Cailliaud, pilla en partie Méroé. L’homme exhuma notamment du tombeau pyramidal de la reine Amanitore de nombreux bijoux. 

Les nombreuses reliques de l’empire sont aujourd’hui exposées dans les musées de Berlin et Munich, et une grande partie en a été donnée à voir lors d’une exposition au musée du Louvre en 2010.

 

Un empire puissant

Selon Claude Rilly, les Méroïtes étaient puissants. Ils possédaient une administration forte, ainsi que des armées redoutées qui ont infligé des défaites à l’Empire romain. Mais ce qui faisait la force de Méroé était surtout sa position géographique : c’est une voie commerciale reliant deux mondes, la Méditerranée et l’Afrique subsaharienne, faisant d’elle un passage obligé pour les matières précieuses telles que l’or, l’ivoire ou encore l’ébène. En outre, l’empire possédait sa propre langue, qui demeure aujourd’hui un mystère. «La langue méroïtique,“l’étrusque de l’Afrique », est l’une des énigmes les plus difficiles que nous ont laissées les civilisations antiques», énonce Claude Rilly, le principal spécialiste de l’épigraphie méroïtique. Il explique d’ailleurs que cette civilisation avait connu l’écriture égyptienne, mais, qu’à partir du deuxième siècle avant JC, elle a créé une écriture qui lui était propre.