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Mohammed Al Salman : « La grandeur du cinéma c’est d’illustrer un sujet et de laisser le public en débattre »

A Paris, en marge du Festival des cinémas arabes organisé par l’Institut du monde arabe, le réalisateur présentait son deuxième court, intitulé Langue pour sa sélection dans la catégorie des courts métrages de fiction.

A Paris, en marge du Festival des cinémas arabes organisé par l’Institut du monde arabe, le réalisateur présentait son deuxième court, intitulé Langue pour sa sélection dans la catégorie des courts métrages de fiction.

En Arabie saoudite où le cinéma vient d’être autorisé, quelques jeunes réalisateurs commencent à prendre leurs marques dans une industrie encore embryonnaire. Dans ce contexte, l’Institut du monde arabe accueillait cet été, en marge de son Festival des cinémas arabes, quelques pionniers du 7e art saoudien ainsi que leurs courts-métrages projetés pour l’occasion. Parmi ceux-ci, Langue de Mohammed Al Salman.

Après 35 années de ban, le cinéma est revenu en terres saoudiennes. Les salles obscures ont rouvert leurs portes, les autorités culturelles investissent en masse dans le 7e art, et l’industrie cinématographique locale voit sortir de terre quelques jeunes pionniers de la discipline. Mohammed Al Salman fait partie de cette nouvelle frange. A Paris, en marge du Festival des cinémas arabes organisé par l’Institut du monde arabe, le réalisateur présentait son deuxième court, intitulé Langue pour sa sélection dans la catégorie des courts métrages de fiction.

La magie de la culture

Le film de vingt-deux minutes baigne dans une atmosphère malaisante quoique captivante, grâce à son décor soigné et ses personnages empreints de mystère. Le personnage central, un jeune agriculteur entouré de sa palmeraie, de ses vaches et de ses poules, se trouve en pleine crise existentielle, enfermé dans la solitude et la routine du travail. Sa rencontre avec un génie à la fois insaisissable et complètement loufoque vient bouleverser son quotidien.

A travers sa toile de fond et les dilemmes de son héros, Langue plonge le spectateur dans la culture saoudienne, à la fois lointaine et inconnue, empreinte de légendes et saupoudrée de magie. « Pour ce film, j’avais lu un livre à propos de la magie et de l’anthropologie dans les différentes cultures, raconte Mohammed Al Salman. Cela m’a poussé à lire plus au sujet de la magie de ma propre culture, de quelle façon elle se mêle à la vie sociale et à la religion ».

Le cinéma pour susciter le débat chez le spectateur

Si les rites, les croyances et les significations qui entourent les événements du film nous semblent bien loin des pratiques occidentales de la sorcellerie, les ressorts profonds demeurent essentiellement universels. Le chaos qui accompagne un moment de crise dans la vie d’un homme, l’impression de futilité de son héritage et de ce qu’il a bâti, les relations aux autres, la pression sociale et le rapport à la mort sont quelques-unes des thématiques que la magie permet d’explorer, et ce sont là des problématiques proprement humaines.

Langue est finalement un miroir de la société moderne. Il n’apporte pas plus de questions que de réponses, explique Mohammed. « C’est ça l’importance du cinéma artistique, au-delà du divertissement, affirme-t-il. Il n’y a pas de propagande ou de programme derrière. On peut raconter des histoires vraies, traiter visuellement d’un sujet, pour que le public puisse ensuite en discuter. »

En Arabie saoudite, du cinéma indépendant avant toute chose

En réalisant Langue en 2017, Mohammed Al Salman signe son deuxième court. Le succès international de son premier film Amongst, au Canada mais aussi aux Etats-Unis et à l’European Independant Film Festival de Paris, le pousse à poursuivre ce rêve d’étudiant.

Si ses films rencontrent un public et obtiennent des récompenses à l’étranger, Mohammed Al Salman les dédie d’abord à ses concitoyens. Il explique ainsi traiter avant tout de sujets profondément ancrés dans la culture saoudienne. Son but : faire le récit de sa propre société et tendre ce miroir aux Saoudiens. Il désire aussi leur offrir des supports pour qu’ils puissent se raconter leur propre histoire et la rendre tangible, avant de l’exporter.

L’art est ainsi un moyen, selon lui, pour qu’une société apprenne à se comprendre, à s’accepter. C’est là le grand défi du cinéma saoudien : « Je pense que nous allons avoir besoin de plus de films indépendants, afin de donner aux individus la chance d’exprimer les idées originales qu’ils ont », explique Mohammed n’ayant pas peur d’ajouter un autre défi, celui « de faire des films saoudiens des succès commerciaux. C’est un défi pour n’importe qu’elle autre pays, mais un défi majeur pour nous puisque nous débutons tout juste ».