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Naas, un réseau pour le cinéma indépendant au Moyen-Orient

Pour parler des “gens” en arabe, on dit Nas. Ce n’est donc pas totalement un hasard s’il s’agit également de l’acronyme du tout premier réseau de cinéma indépendant dans les pays arabes. Un moyen de soutenir une culture du cinéma alternatif à travers la région et de connecter les passionnés.

Étroitement lié au contexte culturel et politique dans lequel il s’inscrit, le réseau arabe pour les écrans alternatifs (NAAS) résulte d’une urgence à développer des récits alternatifs au Moyen-Orient et en Afrique du nord. A travers la mise en place d’une culture collective du film, il espère ainsi provoquer un dialogue avec le public de la région.

Premier réseau panarabe de cinéma alternatif: 9 pays, 34 écrans

Né en 2009, le Réseau pour les écrans alternatifs arabes (NAAS) est issu d’une série de rencontres entre les différents programmateurs et directeurs de cinémas indépendants de la région. Un projet pour surmonter l’isolement des salles obscures arabes, en mettant en place une structure de partage de connaissance et d’expertise, mais aussi lever des fonds pour soutenir des initiatives au sein des différents membres du réseau. “ Nous visons à fonctionner comme une coopérative en partageant des subventions entre nos membres selon les besoins et projets”, explique Noémi Kahn la directrice adjointe du réseau NAAS.

Initialement, le réseau était composé du Métropolis cinéma de Beyrouth, Al Balad Theater en Jordanie, la Cinémathèque de Tanger, le centre culturel Yabous en Palestine et Dox Box en Syrie. Depuis, il a été rejoint par CineMadart (Tunisie), Sudan Film Factory (Soudan), la Cinémathèque et Zawya (Le Caire, Egypte), Wekalet Behna (Alexandrie, Egypte) ainsi que FilmLab Palestine (Ramallah, Palestine). Samawa cine club en Irak. Il s’est également étendu aux pays du Golfe avec le cinéma Akil créé par Butheina Kazim à Dubaï.

Depuis sa création, le réseau NAAS participe aussi à de nombreux événements régionaux et internationaux en lien avec le cinéma afin de donner de la visibilité à ses membres, et de développer les collaborations. Ainsi, il s’implique dans des manifestations diverses, comme les jours du cinéma Palestinien en Cisjordanie, ou encore le festival du film arabe de Fameck en France. Il prend aussi place à de nombreuses discussions sur le cinéma indépendant arabe. En 2018, il a d’ailleurs modéré une discussion avec le directeur artistique de FilmLab Palestine, Hanna Atallah sur l’industrie du film palestinien, dans le cadre du premier festival Ciné-Palestine à Paris. 

Partager les connaissances et créer des synergies

Depuis 2016, l’organisation s’est officiellement enregistrée à Beyrouth et a élu son premier comité administratif, 7 ans après sa création : “Cela nous a pris du temps de trouver la bonne formule, mais il nous fallait une structure administrative mieux établie afin de mobiliser plus de fonds et de donner une réelle impulsion aux projets qui nous tiennent à coeur.”

Au coeur du programme de NAAS est aussi une réflexion commune sur les opportunités et défis du secteur. Les acteurs se rencontrent d’ailleurs régulièrement afin de parler de problématiques partagées allant de la circulation des films, à la levée de fonds, en passant par la distribution et les sous-titres.

Il développe aussi des publications pour mieux connaître l’industrie comme une cartographie du public de cinéma égyptien Mapping cinema audiences: Egypt, une recherche de deux ans menée par Safoury El Noury, présentée lors de la dernière assemblée générale du réseau. Cette étude, à travers une série d’entretiens, attire l’attention sur le lien qu’entretiennent organisations de cinéma avec leur public et sur le cinéma contemporain en Egypte. Un outil qui pourrait très bien être utilisé pour identifier les publics de cinéma de différents pays de la région. 

Renforcer la culture ciné-club

Le réseau oeuvre aussi à renforcer la culture de ciné-club au Moyen-Orient à travers différentes initiatives. Depuis deux ans, il a lancé Cinapses, un programme dont le but est de soutenir le paysage cinématique dans le monde arabe. Il prévoit aussi l’allocation de subventions aux membres du réseau dans le cadre de projets qui essaient de développer et d’étendre les publics. Comme l’explique Noémi Kahn : “Notre but est vraiment de créer des synergies entre les membres. Les projets sont soumis à un jury composé des membres du réseau, qui décident lequel ils souhaitent soutenir.” Parmi les projets lancés : Ciné Fabrika, une formation professionnelle destinée à renforcer les compétences des Ciné-clubs Tunisiens et Algériens, #Next_Generation, des ateliers de formation à l’écriture scénaristique destinés aux jeunes de Cisjordanie et de Gaza ou encore Nowplaying un festival de films indépendants pendant 5 nuits durant 6 semaines à Warehouse 68 à Alserkal Avenue à Dubai. Un événement dont le but était d’exposer le cinéma Akil à un plus large public et de tester la version beta de ce qu deviendrait plus tard l’espace permanent du premier cinéma indépendant du Golfe.

Le réseau récompense aussi les jeunes et prometteurs réalisateurs de la région à travers la création du prix NAAS pour la circulation de film. En 2018 il a été rémis à la jeune scénariste égyptienne Aida El Kashef  pour The Day I Ate The Fish (le jour où j’ai mangé le poisson), pour son film qui parlait des femmes incarcérées pour le meurtre de leur mari.