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Nadia Nakhlé, la bande dessinée pour raconter l’exil des mineurs

Avec “Les oiseaux ne se retournent pas”, la dessinatrice franco-libanaise Nadia Nakhlé nous raconte l’exil des enfants qui fuient la guerre, dans une bande dessinée poétique.

Depuis 2010, le nombre d’enfants demandeurs d’asile et migrants voyageant seuls a été multiplié par cinq. Au moins 300 000 enfants non accompagnés ont été enregistrés dans environ 80 pays en 2015 et 2016 (selon l’UNICEF). Des enfants et adolescents particulièrement vulnérables qui prennent seuls la route de l’exil vers l’Europe afin d’échapper aux conflits et persécutions dans leur pays d’origine dans l’espoir d’une vie meilleure.  Que se passe-t-il dans la tête de ces enfants qui échappent à la guerre ? Leur est-il encore permis de rêver?

C’est ce que l’illustratrice Nadia Nakhlé nous invite à explorer à travers “Les oiseaux ne se retournent pas”, une bande dessinée qui raconte l’histoire d’Amel, jeune orpheline en exil. Sur son chemin semé d’embûches, elle se retrouve souvent seule mais rencontre aussi Bacem, déserteur et joueur de oud. L’enfant et le soldat apprennent à se reconstruire ensemble.  L’œuvre a d’ailleurs reçu le prix Première du roman graphique dans le cadre de la Fête de la BD à Bruxelles.

Comment as tu commencé le dessin?

J’avais des rêves de justice initialement ( et j’en ai toujours je crois…) donc j’ai fait un master 2 en droit avant de me réorienter pour me consacrer à mes passions: l’écriture et le dessin.

Qu’est-ce qui a inspiré dans l’écriture de “Les oiseaux ne se retournent pas?”

C’est la volonté de raconter l’exil du point d’une enfant qui fuit la guerre. J’y ai apporté ce mélange de sentiments qui m’animait au moment de l’écriture , à savoir une révolte face à la situation actuelle des réfugiés, et le désir de transformer cette réalité sombre par la poésie. J’avais avant tout envie de parler de l’espérance incarnée par une enfant dont nous suivons le point de vue tout au long du livre. 

C’est l’histoire de la  rencontre entre Amel, petite fille qui fuit son pays en guerre et d’un déserteur joueur de oud. Pourquoi avoir choisi de faire se rencontrer ces deux personnages?

J’avais le désir de montrer l’amitié entre deux êtres que tout oppose en apparence (un soldat et une enfant) et qui, ensemble, parviennent à se reconstruire et à affronter leurs peurs avec pour seules armes la musique et la poésie.

D’où vient la poésie de ton univers visuel? 

Pour “les Oiseaux ne se retournent pas”, mes inspirations visuelles étaient notamment les enluminures et miniatures persanes ainsi que les estampes japonaises. Je pense par exemple aux estampes de Jakuchu avec son magnifique Royaume coloré des êtres vivants. 

Le titre de ton roman graphique s’appuie sur le recueil de poèmes La conférence des oiseaux de Farîd Ud Dîn Attâr. Pourquoi ce choix?

Je me suis inspirée de la Conférence des Oiseaux pour les scènes où l’on entre dans l’imaginaire d’Amel. Ce poème du 12ème raconte l’exil de trente mille oiseaux qui partent à la recherche de leur reine légitime, la SImorgh. La quête initiatique d’Amel se rapproche de celle des oiseaux du poème qui, après avoir traversé 7 vallées pleines de dangers, s’aperçoivent que la Simorgh tant recherchée n’est autre que leur propre reflet. 

Cette œuvre a également été adaptée en spectacle. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur le projet?

Oui ! C’est un spectacle musical et dessiné qui associe des projections en fond de scène avec 4 interprètes sur le plateau : deux musiciens, Mohamed Abozekry au oud, Ludovic Yapaudjan au piano et deux comédiennes et chanteuses, Mayya Sanbar ( portant le rôle d’Amel en arabe et français), Negar Hashemi ( portant le rôle d’Aïda en persan et français). 

Pourquoi avoir choisi le joueur de oud Mohamed Abozekry pour t’accompagner?

C’est un joueur de oud virtuose qui a une véritable sensibilité en tant qu’interprète et compositeur. Je recherchais par ailleurs un compositeur qui soit capable de jouer de la musique traditionnelle mais aussi de s’en éloigner totalement. La musique a été composée en parallèle de l’écriture du scénario et m’a nourri pendant toute la phase de création des planches du roman graphique. 

Qu’est-ce qui te touche le plus dans l’enfance? 

L’enfance est pour moi le lieu de tous les possibles, celui de l’imaginaire et des rêves. 

Comment réagis-tu aux débats récents sur l’explosion du nombre de mineurs isolés étrangers non accompagnés en France?

Je suis révoltée par la situation et le fait qu’aujourd’hui en France, des enfants et adolescents ne soient pas protégés. 

Quel conseil donnerais-tu à la petite fille que tu as été?

Je lui dirais de ne jamais abandonner ses rêves en chemin. 

 

Les prochaines dates du spectacle :

05/02/21 – La Soufflerie – 20h à Rezé ( Nantes)

25/03/21 – Espace culturel Athanor à Guérande, 20h

26/03/21 – Espace culturel Paul Guimard à Vallons de l’Erdre, 20h

16/04/21 – Théâtre du Garde Chasse, Les Lilas (proche Paris) , 20h 

Les suivantes sont visibles sur le site de l’auteure : www.nadianakhle.com/news