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Photographie : l’Egypte moderne vue par ses femmes

Du 11 septembre au 24 novembre 2019, la troisième Biennale des photographes du monde arabe contemporain s’est tenu au fil d’un parcours entre l’IMA et la MEP. L’occasion de mettre en avant la diversité photographique d’une région en mutation.

Fondée en 2015 à l’initiative de l’Institut du Monde Arabe de Paris (IMA) et de la Maison Européenne de la Photographie (MEP), la biennale de photographie du monde arabe contemporain essaie de mettre en lumière la richesse photographique du Moyen-Orient. Cette année, les femmes sont largement représentées au sein la sélection, et plus particulièrement en Egypte. Ce que révèle la Cité internationale des arts avec Hakawi, récit d’une égypte contemporaine, une exposition qui met à l’honneur la création égyptienne à travers les travaux de 16 jeunes photographes. Comme autant de regards portés par une jeunesse post-révolution, chacun livre son propre récit (hakawi en arabe) sur ce pays bouleversé, entre perte de repères et espoirs en l’avenir. Choisis parmi plus de 500 candidatures, ces projets très aboutis sont tous d’une grande maturité, bien que leurs auteurs soient tous dans leur vingtaine ou trentaine. Flirtant avec le documentaire et le photojournalisme, ils abordent des sujets sensibles et graves comme le suicide, la transidentité ou le harcèlement. Mais interrogent aussi l’histoire et la mémoire de leur pays.

Capter l’esprit de la révolution et le temps qui passe….

Parmi eux, on trouve le travail de Fatma Fahmy qui capture l’essence du vieux tramway d’Alexandrie. Ingénieure en chimie de formation, la jeune femme a commencé la photographie pendant ses études en prenant des clichés de rue. Pour sa série Waltz with the tram, elle a passé ses soirées dans l’ancien tramway d’Alexandrie, à la rencontre de ses usagers pendant un mois entier. Une manière de figer le temps en documentant ce moyen de transport iconique de la ville qui est en train de disparaître, peu à peu remplacé par des lignes de bus ou de tramway plus modernes.“J’ai toujours aimé les vieilles choses et le tramway est un moyen de transport iconique et populaire d’Alexandrie. C’est aussi le dernier qui existe encore, car au Caire il a déjà été supprimé. Pour cette série, chaque jour j’ai suivi un trajet différent. Certaines lignes ont d’ailleurs déjà disparues depuis, car le gouvernement l’a remplacé par de nouvelles lignes”, déclare-t-elle à Middle East Eye. 

 

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Kafr ElSheikh, Egypt – 2019 Fishermen Hafez Abdelsalam and his wife Nadia Hussein are seen in their home in the village of El- Maqsabaa . Photo by @fatmah.fahmy . #everydayafrica #life_is_street #thestreetphotographyhub #fujifeed #storyofthestreets #streetlife_award#streets_storytelling #fromstreetswithlove#capturestreets #spjstreets #life_is_street #friendsinperson #reportagspotlight #friendsinstreets #irimages #ReportageSpotlight ________________________________ #spicollective #streetlifeworldwide#challengerstreets #streetsgrammer #streetselect #lightbox #everybodystreet #hikaricreative #checkoutegypt #balkancollective #humansofupperegypt #lensonstreets #everydayegypt #everydayeverywhere #gettyreportage

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Hana Gamal, quant à elle, transporte le visiteur dans les déambulations mentales et physiques de l’Égypte. Rien de surprenant pour cette ancienne étudiante en psychologie et  communication à l’Université américaine du Caire. Lorsque la révolution égyptienne éclate en janvier 2011, elle vient tout juste de terminer ses études, mais son désir de capter la réalité qui se déroule sous ses yeux la ratrappe “Je sentais que l’histoire se jouait devant moi, alors j’ai commencé à prendre des images avec mon téléphone, comme une manière de documenter cet instant ”, explique-t-elle à MEE. Depuis, elle utilise la photographie comme un outil pour saisir les changements de la société égyptienne. We are all fugitives, sa série présentée à la cité internationale des arts, met en scène ses pérégrinations dans les rues du Caire et d’Égypte, à la rencontre de ses habitants. Un travail intime traduit dans une bichromie de noir et blanc “ Depuis 2011, j’ai été témoin de beaucoup de changements au niveau personnel comme politique et social. J’ai alors commencé à me perdre dans les rues et dans la vie des autres pour essayer de comprendre la manière dont ils faisaient, eux aussi, face aux changements. Quand j’ai pris un peu de recul sur les photos réalisées, j’ai réalisé que la seule chose qui nous réunit est la fuite. Nous sommes tous des fugitifs, de quelqu’un ou de quelque-chose, en tentant d’échapper à notre réalité.”

Si les conséquences de la révolution égyptienne semblent être le dénominateur commun entre Hana Gamal et Amina Kaddous, cette dernière l’explore sous le prisme personnel et familial. Après ses études de beaux-arts aux États-Unis, Amina revient dans une Égypte qu’elle ne reconnaît plus. Elle commence alors à arpenter les rues du Caire pour photographier la vie de tous les jours et préserver la mémoire des changements. Des pérégrinations qui l’amènent à la conclusion suivante: “ Tout le monde a un passé sur lequel il se raccroche en permanence, peu importe son milieu. Nous souhaitons tous retourner en arrière dans le temps.” C’est dans la maison de ses grands-parents, décédés lorsqu’elle était à l’étranger, qu’elle essaie de rassembler les pièces du puzzle de l’Égypte, en comparant des photos prises par son grand-père à sa réalité actuelle. Sa série Down memory cracks capture cette brisure créée par la révolution dans la société égyptienne, au sens figuré (diptyques entre les clichés de la place Tahrir pris par son grand-père et ceux qu’elle essaie de reprendre à l’identique) et au sens propre (photo d’une fissure dans un mur).“Je suis nostalgique d’un temps que je n’ai connu qu’à travers le récit de mes grands-parents. Si la révolution nous a rendus plus libre de parler, elle n’a pas réellement réussi son but. Je voulais retrouver cette beauté du Caire dont ils me parlaient et que je n’arrive pas à voir.”

Chez Eman Helal, c’est le harcèlement qui est décrit à travers une série de portraits en couleur, accompagnés d’histoires poignantes sur des victimes. Parmi eux: une jeune fille écrasée par le bus de son agresseur ou encore le viol et meurtre d’une petite fille par un ami de la famille. Mais aussi le père d’une fille qui a été abattue car touchée par un jeune homme. Des témoignages difficiles que la photo-journaliste diplômée de l’Université américaine du Caire en 2006, rend à travers des photographies crues qui interpellent le visiteur. Photographe pour la presse nationale et le journal indépendant Al Masry El Youm, Eman Helal collabore avec l’agence Associated Press depuis la révolution égyptienne en 2011. Engagée, elle a réalisé de nombreux reportages sur les opprimés à l’instar de celui sur les danseuses orientales persécutées par les Frères musulmans au pouvoir ou les victimes de la répression policière. Un travail qui lui a valu un prix aux Egypt Press Photo Award en  2011 et 2014.

Etre une femme photographe, un atout au Moyen-Orient

Si elles reconnaissent toutes que photographier lorsque l’on est une femme dans les rues du Caire requiert une certaine vigilance, elles disent aussi voir cette “vulnérabilité” comme un avantage leur permettant d’accéder plus facilement aux gens.“ Parfois si on m’interroge je dis que je viens faire des photos pour un projet d’université et parce-que je suis une femme, on ne se méfie pas de moi.” confesse Fatma Fahmy alors que sa consoeur Hana Gamal confesse “ D’un côté je ne peux pas me rendre dans certains quartiers, ou alors je dois m’habiller différemment et me montrer très ferme pour éviter tout type de harcèlement. De l’autre, comme je suis une femme on ne me croit jamais dangereuse, et je peux avoir accès au monde des femmes que je ne connais pas. Je peux rentrer dans leur maison, leur parler, ce qui ne serait pas envisageable si j’étais un homme photographe.

Bien que cette profession reste incomprise aux yeux de la société, comme l’explique Hana “Je dois toujours expliquer ce que je fais car personne ne comprend que je sois photographe. Quand je dis que je suis artiste visuelle, on me demande si ça rapporte de l’argent. Pour eux ce n’est pas un métier.”, ces femmes photographes sont convaincues de l’importance de leur métier et de la nécessité de raconter elles-mêmes leur propre histoire. Une manière aussi, d’éviter tout orientalisme “ le plus difficile quand on prend des gens en photo, c’est de gagner leur confiance car ils voient souvent mon appareil comme une arme. Mais j’essaie d’être honnête avec eux et de leur expliquer ce que je fais. Pour moi c’est très important de raconter ma propre histoire et non pas de voir quelqu’un la raconter à ma place.