Le nouveau média digital et social pour découvrir l’Arabie et le Moyen-Orient. Décalé. Innovant.

Sara El Laithy, la petite sirène égyptienne qui protège la biodiversité de la mer rouge

“Profession sirène”, cette chimère est devenue réalité pour Sara El Laithy, une égyptienne de 31 ans qui a décidé de faire de sa vie un art du monde sous-marin.

Qui n’a pas été marqué par le célèbre conte de Christian Andersen “La petite Sirène”, popularisé dans les années 80 par le film d’animation de Walt Disney ? L’histoire dépeignait la vie tranquille d’une belle jeune femme à la chevelure interminable, vivant sous l’eau avec ses amies les créatures marines, jusqu’à ce qu’elle décide un jour par amour, d’aller explorer ce qui se passe à la surface, dans le monde d’en haut. Pour certains, ce conte de fées est une réalité, à l’instar de Sara El Laithy, une jeune égyptienne qui se décrit comme sirène professionnelle et plonge dans les eaux bleues de la mer rouge pour protéger et nettoyer les fonds marins.

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est une sirène professionnelle ?

Les sirènes professionnelles sont des êtres humains, principalement des femmes, même s’il y a aussi beaucoup d’hommes, qui portent des queues et nagent sous l’eau. Certaines fabriquent leurs propres queues, d’autres les achètent chez des fabricants spécialisés mais cela reste relativement cher. En ce qui concerne leur mission, certaines le font comme un loisir pour s’amuser, d’autres le font pour réaliser un rêve d’enfant, ou alors comme un business pour en tirer des bénéfices lors de fêtes d’anniversaire, en performant dans des aquariums, des piscines ou en mer. Une sirène peut être une artiste et faire des spectacles avec d’autres sirènes, mais elle peut aussi faire du travail de conservation et de protection de fonds marins dans les stations balnéaires.

Avez-vous toujours rêvé d’être une sirène ?

J’ai appris à nager avec ma mère quand j’étais enfant, et en 1996, mon père m’a emmené au blue hole, un site de plongée sous-marine dans la mer rouge dans le Sinaï. C’était la première fois que je voyais un poisson dans ma vie. À l’époque, j’étais fascinée par l’idée de vivre dans un océan et je faisais semblant d’être une sirène qui avait des amis dauphins. J’avais vraiment une imagination débordante (rires). Vers 15 ans, la petite sirène II est sortie au cinéma, et mon obsession pour la vie marine est revenue. Deux ans plus tard, je suis entrée en 1ère année d’université, et j’ai découvert sur Internet que certaines personnes étaient sirènes professionnelles et fabriquaient même leurs propres nageoires. Je me souviens que j’ai pensé « waouh… c’est vraiment réel? ». C’est en 2013, lorsque j’ai déménagé à Hurghada pour vivre au bord de la mer, que j’ai commencé à devenir sirène professionnelle moi-même, et parce qu’acheter une nageoire était trop cher, autour de 2000 dollars peut-être, j’ai alors décidé de fabriquer la mienne toute seule. 

Vous avez dit que certaines sirènes travaillaient dans la conservation marine. C’est votre cas, pouvez-vous nous en dire plus sur cette mission ?

J’ai toujours voulu protéger la mer Rouge, alors j’ai transformé mon hobby en quelque chose de professionnel et d’humanitaire. En 2018, j’ai commencé à travailler avec des ONG comme l’Alliance Dolphin Watch et aussi Hepca, une équipe de scientifiques et d’experts industriels qui travaillent activement à la protection et à la préservation des ressources naturelles de la mer Rouge, ainsi qu’à la promotion de pratiques touristiques durables. Cela comporte la biodiversité sous-marine des récifs coralliens et les écosystèmes terrestres sensibles du littoral de la mer Rouge. Nous avons alors utilisé le mermaiding dans le cadre de programmes de sensibilisation à la protection de la vie marine, car lorsque vous essayez de faire quelque chose d’amusant, les gens sont plus enclins à vous écouter. Les personnes déjà impliquées dans l’océan vous écouteront facilement, mais pour parler au grand public, il faut quelque chose de plus divertissant. Mais la sirène peut également effectuer des opérations de nettoyage sous l’eau.

 

Dans un pays comme l’Égypte, comment le fait d’être une sirène professionnelle est-il accueilli ?

En Égypte, le mermaiding est quelque chose de tout à fait nouveau, et même si c’est un art pratiqué depuis si longtemps, il n’est pas affiché auprès du grand public. Mais à Hurghada, les gens aiment les spectacles de sirène, parce que cela fait partie d’un programme de divertissement, pendant une journée de sortie à l’aquarium. 

Considérez-vous le mermaiding comme un acte féministe ?

Je ne le décrirais pas seulement comme un acte féministe, car c’est une discipline également ouverte aux hommes. Je dirai simplement que c’est un art inclusif, qui vous permet de vous exprimer tel que vous êtes. Si vous êtes un homme, c’est aussi une façon de vous montrer tel que vous voulez vraiment être.

Quel message souhaitez-vous faire passer à travers cette activité ?

J’ai toujours eu un attrait pour la nature, les arbres et les animaux… alors je veux juste faire réfléchir les gens sur les autres créatures que les êtres humains. Nous ne devrions pas faire partie d’un “egosystème” mais d’un écosystème, et c’est pourquoi nous devons travailler main dans la main avec la nature. Nous l’avons oublié parce que nous vivons dans un monde industriel, mais nous devons essayer de travailler sur notre compassion pour comprendre ce qui nous entoure et ne pas causer de tort aux autres créatures.