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Arabie saoudite : les femmes, figures de proue de l’innovation dans le royaume

Deemah Al Yahya Women's power

Deemah Al Yahya

En Arabie saoudite, les femmes entreprennent et innovent. Encouragées par le plan Vision 2030, la nouvelle génération est le fer de lance du secteur du digital et des nouvelles technologies dans le royaume. Elles traversent aujourd’hui les frontières pour exporter leurs idées en Occident.

Elles s’apellent Deemah, Manar ou Hadeel. Toutes sont Saoudiennes. Toutes sont entrepreneures digitales. Et toutes témoignent, de fait, du renouveau d’un pays désormais tourné vers l’innovation et, surtout, vers l’émancipation des femmes. Ce renouveau, l’Arabie saoudite espère aujourd’hui l’exporter. Et quoi de mieux qu’un salon technologique parisien, pour en offrir un aperçu. Dans les allées de Viva Tech, les trois « buisness women » présentaient en mai dernier leurs travaux, et leurs aspirations, sous pavillon saoudien, bien entendu…

« C’est tellement excitant de voir cette énergie »

« Viva Tech est la meilleure plate-forme pour offrir des opportunités à nos start-ups », s’enthousiasme Deemah Al-Yahya. Cette jeune trentenaire dirige la MiSK Innovation. L’initiative, une filiale de la MiSK Foundation, organisation philanthrope fondée par le prince héritier Mohammed Ben Salmane, vise à créer un écosystème d’innovations soutenant les jeunes saoudiens sur le marché international en leur permettant de devenir des créateurs de nouvelles technologies plutôt que des consommateurs. A Paris, elle parrainait une poignée de ces jeunes startupers venus prendre part au prestigieux salon. « C’est tellement excitant de voir cette énergie, poursuit-elle. A l’instant même où vous franchissez les portes, vous voyez le nombre de start-ups et d’innovations inspirées par les jeunes, ainsi que les produits et les histoires qui se cachent derrière ».

Deemah Al-Yahya lors d’une conférence sur le rôle de la femme en pleine mutation en Arabie saoudite
Deemah Al-Yahya lors d’une conférence sur le rôle de la femme en pleine mutation en Arabie saoudite

Elle-même dirigeante d’une des organisations les plus importantes pour le développement du pays, Deemah est une preuve vivante des dynamismes à l’oeuvre en Arabie saoudite, notamment en matière d’inclusion des femmes et de la jeunesse dans l’économie du pays. D’après un rapport produit par la revue Al-Eqtisadiah et publié en novembre 2017 à l’occasion de la Journée Mondiale de l’Entrepreneuriat, la proportion de femmes parmi les entrepreneurs du royaume a augmenté de 35 points en 10 ans, passant de 4% en 2007 à 39% en 2017. Désormais porte-étendard de cette nouvelle force, Deemah assume son rôle, prenant pour exemple le président français: « Il est très inspirant de voir le président Macron inaugurer cet événement avec un message aussi puissant : Tech for Good, rappelle-t-elle. Nous sommes ici dans une perspective économique, mais nous ne devrions pas oublier l’aspect social. »

Enjeux éducatifs et nouveaux modes de consommation

Manar Al-Omayri, également présente sur le Salon, a créé sa propre start-up : Dhad Audio. Son concept ? Une application proposant l’accès à des livres audio pour une clientèle couvrant tout le monde arabe. « Les pays du monde arabe ne sont connus pour être de grands lecteurs, explique l’entrepreneuse, sous son abaya violette et ses coquettes lunettes rondes. Ce n’est pas qu’ils ne sont pas intéressés par la lecture mais parce qu’il est vraiment difficile d’obtenir un livre dans le monde arabe. Essayez de vous rendre dans une bibliothèque ou dans une librairie et d’y trouver le livre que vous désirez, vous ne le trouverez jamais. »

Manar Al-Omayri présente Dhad au Salon du Livre de Jeddah (Photo de Huda Bashatah)
Manar Al-Omayri présente Dhad au Salon du Livre de Jeddah (Photo de Huda Bashatah)

Si son idée répond à un besoin éducatif évident, elle découle surtout d’une réflexion stratégique face aux grandes évolutions des usages de consommation de contenus littéraires, culturels et divertissants. « [Les jeunes] veulent consommer d’une manière souple et qui s’adapte à leur style de vie rapide et surchargé, insiste Manar. Ils veulent quelque chose qui se consomme en chemin. » Aujourd’hui présente sur le marché arabe, Dhad aspire à s’agrandir. Et sa jeune créatrice ne semble pas avoir de limite : « Nous avons environ plusieurs dizaines de milliers d’utilisateurs, sans compter nos principaux partenaires commerciaux dans la région arabe, et aussi internationalement comme l’Indonésie, le Brunei, Singapour et la Malaisie ».

Des femmes engagées pour l’intégration sociale de tous

Hadeel Ayoub est un autre exemple vibrant des femmes qui innovent et entreprennent pour une société plus juste. Elle a fondé BrightSign il y a quelques mois afin de donner la parole à ceux qui ne peuvent s’exprimer par la voix. Grâce à son gant intelligent, capable de lire et traduire le langage des signes, elle offre aux plus de 70 millions de personnes sur la planète adeptes de ce langage, de communiquer avec le reste du monde et de s’intégrer plus facilement dans la société.

Hadeel Ayoub, sur son stand lors de Viva Tech à Paris, en mai 2018
Hadeel Ayoub, sur son stand lors de Viva Tech à Paris, en mai 2018

« (J’ai) commencé ce projet dans le cadre de mon doctorat en technologie d’assistance, une technologie conçue pour aider les personnes handicapées, raconte Hadeel. Lorsque je réalisais des tests avec des groupes dans les écoles et les cliniques d’orthophonie, on me demandait toujours quand cette technologie allait être développée sur le marché. » Hadeel a donc décidé de se lancer dans les affaires en mettant sur pied une version commercialisable de son gant intelligent.

Comme Hadeel, Manar et Deemah, elles sont nombreuses dans le royaume saoudien a voir pris le virage entrepreneurial. Ces Saoudiennes gagnent ainsi une place active dans la société et une reconnaissance nationale et désormais mondiale de leurs compétences. Elles montrent surtout l’exemple dans une société en quête d’ouverture, mais aussi dans un pays qui cherche à mettre sa jeunesse sur un pied d’estale.