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Hoda Al-Helaissi: « Les jeunes et les femmes vont transformer l’Arabie saoudite »

Women's power

Universitaire saoudienne et membre depuis 2014 de la Choura, l’Assemblée consultative d'Arabie saoudite, Hoda Al-Helaissi porte un regard résolument optimiste sur la transformation actuelle de son pays. Elle revient au cours de cette interview sur les évolutions économiques et sociétales d’une nation en quête d’un équilibre entre modernité et conservatisme.

Comment le rôle de la femme est-il en train de changer en Arabie saoudite ?
Hoda – Nous sommes toujours en train de changer et d’évoluer. Grâce à notre jeunesse surtout. Le rôle de la femme également change parce qu’on n’est pas dans l’immobilité
A travers l’éducation, on a vu que beaucoup de femmes désirent de plus en plus avoir des postes à responsabilité, mais aussi faire partie du processus de “decision-making” : prendre des décisions pour le pays du côté politique, du côté familial, ou sociétal. Cette évolution est très importante pour la femme, et c’est un enjeu qui gagne en visibilité.

Pourriez-vous nous décrire Riyad ?
Hoda – C’est une ville qui est en plein changement, en plein mouvement. Une ville moderne, avec une identité typiquement saoudienne, où il y a des locaux qui représentent la vieille Arabie – ce qui est important parce que même avec notre modernité, je ne crois pas que nous voudrions changer ce que nous sommes. On respecte nos lois, on respecte notre identité, on respecte notre religion et nos racines.
C’est très important pour les jeunes de savoir que ce n’est pas parce que nous vivons dans une modernité qui est globale – et qu’on fait partie de cette globalité – qu’il faut oublier ce qui est important pour les générations d’avant et celles à venir aussi.

Quel a été le vecteur de ce changement ?
Hoda – Ces dix dernières années il y a eu un grand changement, c’est certain. Mais ces quatre dernières années, on a observé un changement incroyable, surtout grâce à l’impulsion des jeunes. Les activités, les événements, tout ce qu’en Europe ou en Occident on trouve tout à fait banal, commence à faire de grandes vagues chez nous. Et c’est intéressant parce que la jeunesse s’y intègre pratiquement dans tous les domaines.

Comment faire coexister modernité et religion ?
Hoda – Je crois qu’il est très important de comprendre que la religion fait partie de notre identité. Ce n’est pas quelque chose qui va nous empêcher d’évoluer, de changer et d’être moderne. Je crois que c’est tout à fait possible, surtout quand on comprend que la religion n’est pas une religion extrémiste : si on trouve le juste milieu et qu’on s’y adapte, on y arrive.

Quelles sont les trois priorités de Vision 2030 ?
Hoda – Les femmes, les jeunes et l’économie. Je crois que ce sont les trois mots-clés qui vont faire changer l’Arabie saoudite. Ça prendra du temps : mais cela prendra le temps qu’il faudra pour arriver à un certain but, et à une nouvelle direction.
Les jeunes parce que c’est un pays où ils sont 60% à avoir moins de 30 ans.
Les femmes parce qu’elles deviennent de plus en plus fortes, de plus en plus capables, de plus en plus habiles dans leurs domaines, d’autant qu’elles représentent à peu près 52% des effectifs dans l’éducation supérieure.
Et l’économie, parce que tout simplement, on ne peut plus vivre dans le luxe qui existait auparavant. Donc, il faut que la femme travaille ; cette économie pousse les gens à entreprendre, à être beaucoup plus impliqués dans leur vie professionnelle.

Quelles sont les difficultés auxquelles vous vous confrontez à la Choura ?
Hoda – Les mentalités changent, c’est certain. Malgré tout, les sujets qui concernent la femme, évidemment, vont prendre un peu plus de temps ; on pense notamment la question de la conduite. Ça va venir, cela ne fait aucun doute.
Mais il faut s’adapter et comprendre l’importance des traditions dans les mentalités, non seulement du pays mais aussi des personnes qui travaillent à la Choura. Il faut comprendre que ce sont ces personnes qui font changer ou non les choses. C’est une question de temps, mais on va néanmoins pouvoir observer une accélération de ces changements sociétaux.

Aujourd’hui, les femmes saoudiennes sont-elles plus engagées ?
Hoda – Les femmes saoudiennes sont beaucoup plus engagées parce qu’elles comprennent davantage leur environnement. Elles sont plus éduquées, elles ont un instinct et une faculté de compréhension qui peut-être auparavant n’existaient pas. Elles ne veulent plus être aux échelons les plus bas et veulent acquérir de plus en plus d’importance dans la société.

Comment les stéréotypes de la femme saoudienne ont évolué au fil du temps ?
Hoda – Je crois que la chose la plus difficile et la plus dangereuse aujourd’hui, c’est de vivre à travers les stéréotypes. Pourtant, malheureusement, cela fait partie de la nature humaine. Je me souviens que dans les années soixante, la femme orientale était assimilée à l’exotisme : il y avait un show américain qui s’appelait “I Dream of Jeannie” où la femme était représentée avec des voiles multicolores, c’était une vraie petite magicienne.
Avec le temps, cette image a été remplacée par une image très noire de la femme orientale, avec son abaya. Sans voix évidemment, abusée, sans possibilité de sortir, ni de travailler, ni quoi que ce soit. Ce sont des stéréotypes qui sont dangereux pour nous parce qu’effectivement ils ne représentent pas la réalité. Bien qu’il y ait des femmes traditionnelles super-religieuses qui préfèrent rester dans ce petit cadre, la plupart des femmes saoudiennes, et surtout les jeunes, rejettent tout à fait ce genre de vie.