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Yallarun : quand les femmes courent pour s’émanciper

Le rassemblement Jeddah Running Collective, fondé en 2013, œuvre pour l’émancipation des femmes par la course © Facebook / Jeddah Run Collective Women's power

Le rassemblement Jeddah Running Collective, fondé en 2013, œuvre pour l’émancipation des femmes par la course © Facebook / Jeddah Run Collective

En Arabie saoudite, le rassemblement Jeddah Running Collective, fondé en 2013, œuvre pour l’émancipation des femmes grâce à la pratique collective de la course à pied. Cette initiative, ouverte à la mixité depuis ses débuts, remodèle complètement la place des femmes dans le paysage social et urbain du royaume.

S’il a fallu attendre l’année 2017 pour voir les premières levées des interdictions pesant sur les femmes à l’égard du sport, certaines Saoudiennes ont pris les devants pour agir. Des mouvements audacieux et peu orthodoxes ont habilement contourné les restrictions. Ils ont commencé à voir le jour et à offrir aux femmes un espace où partager leur pratique et leur passion du sport en toute légalité !

Jeddah Running Collective, la foulée libératrice

C’est ainsi que le mouvement Jeddah Running Collective (JRC) est né, sous l’engagement de femmes comme Nesreen Ghonaim, directrice du JRC et triathlète médaillée. Mixte, dès ses débuts, le JRC s’est lancé en proposant trois rencontres par semaine : le « Hustle Tuesday », une session nocturne pour débutantes, mais aussi le Ladies Night Sunday ainsi que le Longshot Saturday, une course de longue distance s’achevant triomphalement autour d’un café au Jeddah’s Medd. « Nous ne sommes pas un club de course à pied, affirme Nesreen Ghonaim, dans un entretien avec le magazine Mojeh. Nous avons lancé JRC pour offrir un espace où partager autour de notre passion pour la course et pour ses pouvoirs transformateurs ».

#OUTRUN2018

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En effet, ces coureuses en Abaya ne transgressent aucune loi en foulant le bitume. La course à pied, grâce à ses propriétés libératrices à la fois sur l’esprit et sur le corps, est devenue un exutoire social vital. Profitant de la diversité du paysage de Djeddah, entre reliefs montagneux, mers de sables désertiques et routes bétonnées, ces coureuses insatiables saisissent les multiples perspectives que leur offre la ville, qui devient ainsi leur terrain de jeu favori et leur territoire d’expression. En dépit de l’opposition de la police religieuse et de certaines franges conservatrices de la société, plus rien ne peut arrêter ces groupes de coureurs mixtes qui sillonnent les routes de la ville. Et c’est là un spectacle urbain tout nouveau pour les habitants de l’Arabie saoudite.

Un exutoire personnel et social très contagieux

L’initiative est rapidement devenue virale, notamment grâce aux réseaux sociaux et à la diffusion de hashtags comme #RunningInAbaya, lancé par JRC. Le mouvement a même touché les autres grandes villes du pays comme Riyad, qui lance son propre collectif en 2016, le Riyadh Urban Runners, ou avec encore le Khobar Running Krew et l’Al Madina Female Runners apparus en 2017. Toutes ces initiatives se rassemblent sous la bannière du Yallarun, une devise plus qu’entrainante elle aussi !

Malgré le succès de ces collectifs, qui organisent aujourd’hui des courses à travers le pays comptant des milliers de participants, les femmes saoudiennes n’ont toujours pas le droit d’utiliser les infrastructures sportives ni de participer aux compétitions nationales et le Comité olympique national d’Arabie saoudite n’a pas de section pour les femmes. Même si l’Autorité Générale des Sports a récemment initié une politique en faveur des femmes, en particulier en nommant la Princesse Reema bint Bandar al-Saud à sa tête, les initiatives comme le JRC demeurent les fers de lance des changements sociaux et entament une évolution des mentalités par le bas, et d’une ampleur telle qu’ils ne peuvent être ignorés. «Nous ne sommes peut-être rien mais nous sommes des pionnières et nous avons le pouvoir de changer les règles du jeu, s’enthousiasme Baroom, co-fondatrice du mouvement. Nous voulons inspirer les femmes partout. »