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Sarah Al Abdali : « L’art définit les croyances d’une société »

Yalla!

De la Galerie Saatchi à Londres à la Biennale de Venise en 2013, Sarah Al Abdali démocratise l’accès et la connaissance de l’art islamique grâce à des médias contemporains. Elle expose ses dernières œuvres à la YIA - Young International Art Fair de Paris.

Sarah Al Abadi est née et a grandi à Djeddah, en Arabie saoudite. Originaire de la Hedjaz, elle a vu sa région se transformer radicalement, ne conservant que quelques vestiges du passé. A travers son art, elle interprète la culture saoudienne en utilisant des médias traditionnels et contemporains, comme les graffitis et les marionnettes.

Particulièrement engagée pour faire vivre la scène artistique du Royaume, elle travaille en collaboration avec la Commission saoudienne pour le tourisme et les antiquités (SCTA). Elle a également développé un programme pour soutenir les femmes artistes.

Peu de Français connaissent l’histoire de Leïla et Majnoun. Est-ce que vous pouvez nous la résumer ?

Sarah Al Abdali : Leïla et Majnoun est un vieux conte traditionnel sur deux amants qui ne peuvent jamais se rencontrer réellement et qui ont une fin tragique. Elle a été retrouvée dans des écrits en Perse et en Inde, mais chaque culture l’interprète de manière différente. C’est une sorte de métaphore de la séparation et de ce qu’elle représente pour les gens.

Quelle est votre interprétation de cette histoire ?

Sarah Al Abdali : La chose qui m’a le plus intriguée dans cette histoire, c’est la question de la séparation. Elle peut être une métaphore pour une relation entre deux personnes, mais aussi pour une relation d’une personne avec elle-même. C’est comme ça que je l’ai perçue en tout cas.

Quel est le vôtre message en tant qu’artiste ?

Sarah Al Abdali : En tant que personne, je m’intéresse énormément à l’identité, car j’ai l’impression de grandir à une époque où c’est très difficile de définir ce que vous êtes et ce que vous étiez, collectivement et en tant que communauté.

Je viens de la Hedjaz, une région de l’Ouest de l’Arabie saoudite qui me semble avoir perdu une grande partie de son patrimoine et de sa culture. Donc peu importe ce que je fais, j’ai cette idée en tête et essaye de donner une image de ce que la Hedjaz est ou était. Tout ce que vous connaissez de La Mecque par exemple, la capitale du monde islamique, sont des tours et des gratte-ciels, alors que cela ne représente pas ce que nous sommes.

Quel est le rôle de l’art contemporain dans la société saoudienne ?

Sarah Al Abdali : Selon moi, l’art met l’accent sur certaines questions, ainsi que sur des émotions que les gens n’expriment pas forcément tous les jours. L’art s’adresse à tout le monde, et comme je le disais, on n’y réagit pas de la même manière. Si je vois une peinture, mon interprétation serait bien différente de la vôtre. C’est un marqueur qui permet de définir les croyances et les valeurs d’une communauté ou d’une société.