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Stéphane Lacroix : « Il y a une explosion de l’art en Arabie saoudite »

Yalla!

A l’occasion de sa visite de l’exposition “Route de l’encens”, Stéphane Lacroix, professeur associé à Sciences Po, nous livre sa vision de l’art saoudien : connecté, jeune et en pleine expansion.

Stéphane Lacroix est chercheur en sciences politiques. Spécialiste du monde arabe, il s’est régulièrement rendu en Arabie saoudite pour des études de terrain. Il porte un regard éclairé sur les récentes et rapides évolutions du monde artistique saoudien.

Grâce aux réseaux sociaux et à la libéralisation progressive du pays, le développement de l’art n’a probablement “jamais eu autant d’importance et d’impact: les Saoudiens se lancent dans l’expression artistique en très grand nombre”.

Que pensez-vous de la scène artistique saoudienne aujourd’hui ?

Stéphane Lacroix : C’est vrai qu’aujourd’hui, il y a une explosion de l’art en Arabie avec plus d’artistes qu’il n’y en a jamais eu. Ces artistes sont très connectés, comme le sont les jeunes Saoudiens, parce que c’est le pays qui a le plus d’utilisateurs des réseaux sociaux par habitant.

Vous avez donc des artistes qui sont aujourd’hui au diapason des tendances de l’art mondial, ce qui est tout à fait intéressant. Ils se lancent dans l’expression artistique en très grand nombre.

C’est un mouvement récent ou y a-t-il une histoire de l’art en Arabie saoudite ?

Stéphane Lacroix : Ce n’est pas complètement récent. D’un côté, il y a l’art islamique classique qui a toujours existé, en particulier dans les régions côtières de la Mecque et Médine. La présence des lieux saints crée un lien évident avec l’histoire islamique ancienne et donc une continuité des expressions islamiques traditionnelles. Puis en Arabie saoudite, à partir des années 60-70, on a vu arriver un nouveau type d’art plus contemporain, plus semblable à ce qui peut se faire dans le reste du monde.

Il y a eu de vraies batailles dans les années 80-90 parce que l’art, sur certaines questions sociétales, pouvait être vu comme subversif. Les artistes s’emparaient de questions qui pouvait déplaire aux conservateurs. Mais c’est peut-être la génération des parents de ces artistes qui ont connu ces batailles et c’est vrai qu’aujourd’hui, on a l’impression que c’est devenu plus mainstream.

Est-ce qu’il y a une spécificité de l’art contemporain saoudien ?

Stéphane Lacroix : Je ne suis pas spécialiste de l’histoire de l’art mais c’est vrai qu’on reconnaît dans l’art contemporain saoudien quelque chose qui résonne avec l’art contemporain tel qu’on peut le retrouver partout. Cependant, comme dans toutes les cultures, on va puiser dans sa société, on va puiser dans sa mémoire, on va puiser dans des thèmes liés à son pays ou sa culture.

En Arabie saoudite, on va parler de la religion en particulier. D’ailleurs, dans l’exposition “Route de l’encens”, il y a un certain nombre d’oeuvres qui parlent de la religion. Moi celle que j’ai trouvée très intéressante ce sont ces 28 visages filmés : il y a 28 écrans côte à côte disposés sur un mur et, pendant quelques secondes, on filme la réaction de la personne quand on lui parle de dieu. Et les réactions sont très diverses. Or on peut imaginer qu’à une certaine époque, un sujet comme ça aurait été plus compliqué à évoquer.