Le nouveau média digital et social pour découvrir l’Arabie et le Moyen-Orient. Décalé. Innovant.

Street art : Operation Salam, message de paix dans un Liban déchiré

Yalla!

De par le monde, le street-art s’est imposé comme un fascinant outil d’engagement pour les artistes. Grâce à leurs œuvres, des personnalités comme Banksy et ses collages militants, Combo et son Coexist, ou encore JR et ses portraits, ont pu faire passer leurs messages sur les murs du monde entier. Le Proche-Orient est une inspiration autant qu’un théâtre d’exposition pour ces grands noms. Et à ce jeu, le Liban offre une communauté bouillonnante et très inspirée.

Depuis septembre 2017, la ville libanaise de Tripoli s’est transformée en toile d’accueil d’une œuvre à part. C’est là que le collectif de street-artistes Ashekman a érigé sa dernière création : le projet Salam. À l’aide de peinture vert électrique, les deux beyrouthins ont écrit en arabe le mot Salam (signifiant paix) sur les toits de quelques quatre-vingt-cinq toits d’immeubles. Cette œuvre qui s’étire sur 1,3 kilomètre a la particularité d’être à cheval sur deux quartiers confessionnellement divisés (Jabal Mohsen la sunnite et Beb el-Tebbané l’alaouite).

Uniquement visible du ciel, l’inscription résonne comme un appel à la paix plus large pour la région du Levant. Un appel à la paix lancé depuis une zone où les conflits ouverts étaient quotidiens lorsque, il n’y a que trois ans de cela, le projet a commencé à être organisé. Aujourd’hui, l’apaisement est manifeste entre les deux quartiers et l’opération Salam a d’ailleurs recruté deux habitants de Jabal Mohsen et deux de Ben el-Tebbané parmi les cinquante membres de l’équipe de réalisation. Réalisation qui, à elle seule, a nécessité trois semaines de travail.

Ashekman, du mic’ au street art

Derrière l’œuvre se retrouve donc Ashekman, un collectif composé de deux frères jumeaux dont les travaux sont marqués par leur enfance. Nés dans le Beyrouth des années 80, Omar et Mohammed Kabbani ont grandi en témoins des ravages de la guerre civile. C’est au contact des slogans que les milices laissaient sur les murs de la ville que les deux frères ont senti l’intérêt de ce support atypique pour l’art. Depuis leur début, ils utilisent néanmoins les murs pour propager la paix.

Ashekman a aussi été à ses débuts un groupe de hip-hop. À ce titre, leur passage du mic’ au street-art n’est pas sans rappeler les passerelles qui existaient entre le rap et le graf’ aux origines du mouvement hip-hop. La fratrie met également son talent créatif au service de sa propre marque de street-wear.

Le street-art, un art très présent au Liban

Y étant très exposé, le public libanais s’habitue au développement du street art sur ses façades.
En octobre dernier, la capitale du pays a accueilli le festival artistique White Wall Beirut pour la seconde fois en octobre 2017. Après l’édition de 2012, cette opération rassemble des créateurs occidentaux et proche-orientaux. Axé sur le calligrafitti (des œuvres comportant une stylisation calligraphique de textes), le White Wall Beirut permet de mêler les inspirations, les formes, les références et les alphabets.

L’une des têtes d’affiche du festival est le Libanais Yazan Halwani dont la signature est l’association de textes calligraphiés à des portraits dont la plupart font référence à des personnalités culturelles rassembleuses. Érigés ainsi dans les rues qu’ils ont fréquenté, ces figures se font des messagers promouvant le rassemblement et l’unité de ce pays multiculturel. Le street-art prolonge un certain héritage libanais en célébrant des personnalités libanaises populaires comme la chanteuse Fairuz tout en contribuant à la création d’un discours fidèle à la tradition nationale d’union dans la diversité culturelle.