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Amira Osman : du yoga et de l’e-commerce éthique et conscient en Égypte

Proposer une boutique en ligne de produits de la maison respectueux de la nature et des animaux, c’est le défi que s’est lancé une jeune professeur de yoga et entrepreneure égyptienne Amira Osman avec Urban Earthlings.

Avant d’être professeure de yoga, Amira a d’abord étudié l’architecture islamique à l’Université Américaine du Caire. Une expérience dont elle s’inspire encore aujourd’hui même si elle a depuis bifurqué dans l’industrie du bien-être.
Depuis un an, elle a décidé de lancer la première plateforme de e-commerce en Egypte qui propose des produits de la maison éco-responsables et sans cruauté envers les animaux. Des brosses à dents en bambou en passant par des pailles en métal ou encore des tote bags eco-friendly, la jeune entrepreneure vegan espère bien semer les graines d’un mode de vie plus responsable en Egypte.

Comment as-tu commencé à adopter un mode de vie plus conscient ?

J’ai pris conscience des questions environnementales il y a longtemps, et je me suis même souvenue récemment que j’avais gagné un prix dans un concours d’architecture sur des projets en rapport à l’environnement il y a environ 12 ans. Mais je pense qu’il y a un grand décalage entre notre mode de vie et les choses que nous étudions à l’école d’architecture. Par exemple, nous faisions beaucoup de conceptions architecturales passives et actives et nous étudiions beaucoup l’architecture environnementale, mais nous n’avons jamais fait ce lien entre les deux. Mais ce n’est que lorsque je suis passée à un régime végan, après avoir regardé une vidéo sur Youtube, que tout a commencé à s’éclairer dans mon esprit. J’étais en très mauvaise santé à l’époque et j’étais également fatiguée de l’agriculture industrielle, j’ai alors commencé à réaliser à quel point notre mode de vie affectait le monde. J’ai appris comment l’offre répond à la demande et comment nous créons la demande non seulement par la nourriture que nous mangeons, mais aussi par la façon dont nous nous habillons ou dont nous nous déplaçons.

Qu’est-ce qui a déclenché l’idée de Urban Earthlings ?

J’achetais beaucoup de produits durables à l’étranger afin de m’aligner sur mon nouveau mode de consommation, comme des brosses à dents en bambou par exemple. Je pouvais le faire parce que ma sœur vivait à l’étranger mais je ne pouvais pas aider les gens autour de moi et quand ils me demandaient où je me procurais mes produits, je répondais toujours « ça vient d’Allemagne ou ça vient des États-Unis », or la plupart des gens en Égypte n’ont pas accès à cela. Dans le même temps, j’ai commencé à être très sensible aux mauvais traitements infligés aux animaux en Égypte et je consacrais beaucoup de temps et d’argent aux refuges et aux sauvetages, alors j’ai soudain fait le lien entre un concept que j’avais étudié en architecture islamique et un nouveau projet. Urban earthlings part du concept de waqf de l’architecture islamique où un projet commercial reverse ses bénéfices pour des projets sociaux. J’ai alors décidé que c’était ce que j’allais faire. J’allais apporter des produits de la maison durables aux gens et partager la majeure partie des bénéfices pour soutenir les projets sociaux et les œuvres de bienfaisance qui me passionnent vraiment.

Ces projets sociaux se regroupent autour de ce que tu appelles les 4 piliers sur ton site internet. Peux-tu nous en parler ?

Oui, bien sûr ! En gros, je suis impliquée dans 4 projets principaux. Je finance des refuges pour chiens et équidés. Le second concerne quelques projets de reforestation que je soutiens ici et là, mais je travaille également sur un projet de plantation d’arbres à grande échelle dans le futur. Je planche aussi à la création d’un fonds spécial afin d’ aider les étudiants égyptiens qui veulent étudier le développement durable à l’étranger. Et pour finir, j’effectue beaucoup de recherches pour essayer de relocaliser au maximum ma production en trouvant des alternatives plus locales de fabrication. Par exemple, j’essaie de trouver des matériaux locaux ayant les mêmes qualités que le bambou.

À quoi ressemble le marché égyptien des produits éthiques aujourd’hui ?

La plupart des gens ne sont même pas conscients de la façon dont nous exploitons les travailleurs ici. Je connais des gens de ma génération dont les familles fabriquent des vêtements depuis des années et qui ont encore des pratiques de travail vraiment injustes. Je suis étonné de voir que même la jeune génération n’a pas cette conscience. C’est pourquoi je ne veux travailler qu’avec des partenaires qui sont alignés avec mon éthique, ce qui me crée beaucoup de problèmes et rend mes produits plus chers car même pour la fabrication d’un simple tote bag, je veux être sûre qu’il a été fabriqué dans un espace de travail éthique et safe. Aujourd’hui, il existe quelques initiatives comme Very Nile ou Up-fuse qui essaient de proposer des produits éthiques, et nous avons récemment été réunis lors d’une réunion avec le ministère de l’environnement pour discuter de la manière dont nous pourrions aller plus loin. Il est très important d’unir nos forces car je crois profondément que c’est la communauté qui nous fait avancer.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

J’aimerais lancer de nouveaux produits, travailler sur ma stratégie de médias sociaux afin de mieux communiquer sur mes projets, et surtout m’impliquer dans des événements et campagnes de sensibilisation comme certains nettoyages organisés.