Cette mosquée de Montpellier où les sermons résonnent uniquement en arabe classique

Au cœur de Montpellier, ville méditerranéenne baignée par le soleil du Languedoc, la mosquée Ibn Sina se dresse comme un pont silencieux entre l’Occident et l’Orient. Avec sa capacité d’accueil de 2 000 fidèles – extensible à 3 000 grâce à sa vaste cour extérieure – elle constitue le plus grand lieu de culte musulman de la ville. En ce début septembre 2025, alors que la chaleur estivale s’attarde encore sur les façades ocre de la ville, cette mosquée du quartier populaire du Petit Bard raconte une histoire singulière de transmission et d’attachement aux traditions.

Un héritage familial aux racines algériennes

La particularité de la mosquée Ibn Sina réside dans sa gestion, assurée depuis plus de deux décennies par une association algérienne dédiée à la promotion de la culture arabe. Cette continuité s’incarne dans une transmission de père en fils à la présidence, créant une stabilité rare dans le paysage des lieux de culte musulmans en France. En 2013, un bail emphytéotique de 50 ans a été signé avec la maire de l’époque, Hélène Mandroux, ancrant durablement cette institution dans le tissu urbain montpelliérain.

Cette mosquée s’inscrit dans un contexte politique local particulier : jusqu’en 2016, la mairie de Montpellier exerçait un contrôle étroit sur les lieux de culte musulmans. La vente de la mosquée Averroès-Ibn Rochd aux fidèles cette année-là – qualifiée de « première en France » par le maire – a marqué un tournant dans l’émancipation administrative des mosquées montpelliéraines, dont Ibn Sina fait partie.

Une enclave linguistique et culturelle

Contrairement à la tendance nationale qui privilégie le bilinguisme franco-arabe, la mosquée Ibn Sina se distingue par sa fidélité exclusive à l’arabe standard (fusha) pour ses sermons. Cette particularité linguistique, inhabituelle en territoire francophone, témoigne d’un attachement profond aux sources classiques de l’islam et à la tradition culturelle arabe. L’imam Ahmed Keddari y dirige les prières quotidiennes dans un espace soigneusement organisé, avec une salle séparée réservée aux femmes.

Des cours d’arabe modernes y sont également dispensés, faisant de ce lieu bien plus qu’un simple espace de prière : un véritable centre culturel où se perpétue la langue du Coran. Cette spécificité attire des fidèles de tous horizons, des plus traditionnels aux plus radicaux, selon les observateurs locaux.

Une modernité parallèle

À quelques rues de là, la mosquée Annour illustre une autre facette de l’islam montpelliérain. Reconstruite récemment sur 420 m² répartis sur quatre étages, elle incarne une approche plus contemporaine de l’architecture religieuse. Son financement, assuré exclusivement par les fidèles locaux sans recours à des fonds étrangers, témoigne de l’autonomie financière croissante des communautés musulmanes françaises.

Cette coexistence entre la tradition incarnée par Ibn Sina et la modernité représentée par Annour reflète la diversité des expressions de l’islam dans la métropole languedocienne. Chacune à sa manière contribue à l’ancrage territorial d’une religion devenue partie intégrante du paysage culturel local, comme en témoigne l’affluence lors des prières du vendredi, moment fort de la semaine religieuse.

FAQ sur la Mosquée Ibn Sina de Montpellier

Quand la mosquée Ibn Sina a-t-elle été établie à Montpellier ?

La mosquée existe depuis plus de deux décennies, avec un bail emphytéotique officiel signé en 2013 pour une durée de 50 ans avec la mairie de Montpellier, alors dirigée par Hélène Mandroux.

Pourquoi est-elle considérée comme unique en France ?

Sa particularité réside dans l’usage exclusif de l’arabe standard (fusha) pour les sermons, sans traduction en français, ce qui est rare dans un pays francophone. De plus, sa gestion familiale transmise de père en fils depuis plus de 20 ans lui confère une continuité exceptionnelle, à l’image d’autres lieux de culte historiques.

Comment la mosquée Ibn Sina se compare-t-elle aux autres mosquées françaises ?

Avec sa capacité de 2 000 fidèles (extensible à 3 000), elle compte parmi les grandes mosquées de province, bien que moins imposante que certaines constructions récentes comme la Grande Mosquée d’Auvergne et ses infrastructures contemporaines.

Karim Al-Mansour

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