Cette ville arménienne où chrétiens et musulmans coexistaient il y a 1000 ans

Située au cœur des montagnes du Syunik, Kapan dévoile ses ruelles tortueuses comme les pages d’un livre d’histoire méconnu. Cette ville arménienne, nichée à 320 km au sud de Erevan, porte en elle les traces silencieuses d’une coexistence religieuse oubliée. Entre les cimes du mont Khustup et les eaux claires de la rivière Voghji, cette cité de 45 488 habitants garde les vestiges d’un temps où chrétiens et musulmans partageaient un même territoire.

Un carrefour historique aux confins du Caucase

Mentionnée dans les chroniques dès le Ve siècle, Kapan connut son apogée comme capitale du royaume arménien de Syunik au XIe siècle. La ville abritait alors près de 20 000 âmes, dont une communauté juive prospère et une présence musulmane issue des conquêtes arabes. Cette mosaïque culturelle fut brutalement interrompue en 1103, lorsque les Seldjoukides rasèrent la cité, commençant leurs massacres par le quartier juif.

Les siècles suivants virent Kapan passer sous dominations successives – persane, ottomane, russe puis soviétique – modelant son architecture où se mêlent influences chrétiennes arméniennes et traces plus subtiles d’héritage islamique. Cette région frontalière témoigne silencieusement des échanges entre monde chrétien et musulman dans le Caucase du Sud.

Traditions préservées entre montagnes et métal

Kapan se distingue par son artisanat métallurgique ancien, héritage de son passé minier qui perdure aujourd’hui. Les mines de cuivre constituent encore le poumon économique de la région, employant une large part de la population locale. L’architecture combine harmonieusement le tuf volcanique traditionnel arménien avec des éléments défensifs témoignant d’un passé tumultueux.

Dans les villages environnants comme Nafcha, les traditions pastorales perdurent, rythmées par les saisons et les célébrations chrétiennes orthodoxes. La gastronomie locale propose des spécialités comme le kyalaglash (pain plat aux herbes) ou le ghapama (potiron farci), témoignant d’influences culinaires diverses, notamment d’inspirations venues des régions islamisées voisines.

Exploration entre forteresses et nature sauvage

Le voyageur curieux découvrira le complexe de Baghaberd, forteresse médiévale perchée sur un promontoire rocheux offrant des panoramas spectaculaires sur les vallées. Non loin, les ruines de Halidzor racontent l’histoire mouvementée de cette région frontalière où les influences s’entremêlent.

Pour les amoureux de nature, le sentier du mont Khustup (3 206 m) traverse des prairies alpines parsemées de fleurs sauvages en été. Le long de la rivière Voghji, des promenades ombragées permettent d’observer la vie quotidienne des habitants, comme ces artisans perpétuant l’art de la fabrication de tapis, témoignant d’un savoir-faire similaire à celui des communautés musulmanes du Caucase.

Conseils pratiques pour le voyageur

Kapan reste relativement isolée, accessible par une route montagneuse depuis Erevan (4-5 heures). La période idéale s’étend de mai à octobre, avec des températures oscillant entre 20 et 25°C. Les hivers sont froids et neigeux.

Côté hébergement, quelques hôtels modestes et maisons d’hôtes offrent un accueil chaleureux à des tarifs abordables (15-40€ la nuit). Les restaurants locaux proposent des repas copieux pour 3-6€. Les visites des sites historiques sont généralement gratuites ou très abordables.

Malgré sa proximité avec les frontières azerbaïdjanaises et iraniennes, la région reste paisible, bien que les tensions géopolitiques persistent. Un respect des coutumes locales est apprécié, comme dans toute région où différentes traditions religieuses ont coexisté.

FAQ sur Kapan et son histoire multiculturelle

Existe-t-il encore une communauté musulmane à Kapan?

Non, la présence musulmane historique a pratiquement disparu suite aux conflits du XXe siècle, notamment après la guerre du Karabakh. Aujourd’hui, la population est presque exclusivement chrétienne arménienne.

Quels vestiges témoignent du passé multiculturel de la région?

Bien qu’aucune mosquée ne subsiste à Kapan même, certains éléments architecturaux et influences culturelles rappellent cette coexistence passée, notamment dans les motifs décoratifs et certaines traditions culinaires.

Kapan est-elle une destination sûre?

Malgré sa proximité avec des zones de tension, Kapan reste une destination relativement sûre pour les voyageurs respectueux des sensibilités locales et des précautions habituelles.

Karim Al-Mansour

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