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Yallafund, une ONG pour aider les startups libanaises face à la crise

Après la crise économique qui a suivi le début de la révolution libanaise en octobre dernier, c’est au tour de l’épidémie du Covid-19 de mettre à mal l’économie du pays. Une situation qui affecte les startups dont certaines ont déjà fait faillite. L’ONG Yallafund essaie de leur venir en aide grâce au crowdfunding.

Depuis le 17 octobre dernier, le Liban est frappé de plein fouet par une crise économique sans précédent, la livre libanaise (indexée au dollar) ayant perdu 30% de sa valeur, et la plupart des citoyens étant face à l’impossibilité de retirer leurs devises en dollar des institutions bancaires. 

 

 

Une situation catastrophique renforcée par la propagation du COVID-19, qui appauvrit davantage les classes les plus démunies par la fermeture imposée de nombreuses entreprises dans le cadre de la mobilisation générale pour endiguer l’épidémie. Si beaucoup de libanais parvenaient jusque là à joindre les deux bouts en cumulant de petits emplois, cette opportunité vient de leur être retirée, avec la fermeture de la plupart des commerces et services. Le 29 mars dernier, des populations issues des banlieues sud de Beyrouth mais aussi de quartiers populaires de Tripoli ont d’ailleurs défié le couvre-feu pour manifester et réclamer la fin du confinement pour protester contre la faim.

Un désastre qui a réveillé l’élan de solidarité parmi les libanais, comme on a pu le voir avec de nombreuses initiatives nées lors de la thawra (la révolution populaire). À l’instar de Muwatin Lebnene, une initiative instagram qui rassemblait les citoyens autour de l’environnement mais a aussi créé une collecte pour les plus pauvres à l’occasion des fêtes de fin d’année. Récemment, c’est Yallafund, une ONG créé par l’entrepreneur Carlos Kekwa qui souhaite venir en aide aux startups du pays en proposant des campagnes de crowdfunding. Son fondateur nous en parle plus en détail…

 

Comment est venu l’idée de créer Yallafund?

À la base, j’ai une licence en informatique à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, puis j’ai obtenu un master à l’école polytechnique de Paris. J’ai ensuite décidé de rentrer à Beyrouth par choix, car j’aime la ville et que je voulais y travailler. Depuis, cela fait quatre ans et demi que je travaille dans différentes startups. Je suis passé par Anghami, qui est un peu l’équivalent de Spotify dans le monde arabe, puis j’ai créé d’autres startups dont Clickfix, une société qui permet d’offrir des services de réparation de la maison aux particuliers en un seul clic. Yallafund est né de ma volonté de sauver ma propre startup. Avec la révolution au Liban, ça a commencé à être difficile pour nous et j’ai voulu faire du crowdfunding pour essayer de sécuriser au moins la moitié de nos salaires et continuer d’opérer. Finalement, je me suis dit que je pourrai utiliser cette plateforme pour aider d’autres startups au Liban.

 

Est-ce facile de lever de l’argent pour des startups au Liban ?

Pas vraiment. Les fonds d’investissement ici n’investissent pas beaucoup dans les idées. Soient ils voient un véritable gros potentiel économique dans ton entreprise et te donnent 500 000 dollars, soit rien. Tout se passe beaucoup par connexion personnelles, et ça n’a jamais été mon truc. Pour inciter les gens à contribuer et aider ces startups, on réfléchit à une solution afin de  proposer aux donateurs de devenir actionnaires en touchant peut-être 10% des premiers revenus des l’entreprise qu’ils auront aidé par exemple.

 

Comment cela fonctionne pour des startups qui souhaitent vous rejoindre?

Toutes les startups qui veulent ajouter leurs noms sur notre site peuvent le faire, elles doivent simplement justifier qu’elles ont au moins un an d’existence, afin d’éviter que des gens se servent de cette plateforme pour des actions frauduleuses. De notre côté, nous essayons de parler aux associations comme Beirut Digital District pour faire connaître notre association auprès de l’écosystème de startups. Cet argent serait versé sur un compte européen et pourrait ensuite être transféré sur un compte au Liban, ce qui permettrait une plus-value aux entreprises libanaises étant donnée la crise des devises ici.

 

Entre la baisse du cours du pétrole, et la suspension des fonds d’investissement en provenance des pays du Golfe, les startups de la région vont devoir faire face à des difficultés dans les prochains mois. Si aujourd’hui Yallafund lutte encore pour se faire connaître, l’initiative pourrait-être un exemple d’économie solidaire qui pourrait venir en aide aux entrepreneurs libanais, mais aussi dans le reste du monde.