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C’est Beyrouth à l’Institut des Cultures d’Islam

C'est Beyrouth. Deux mots qui résonnent comme une évidence. Encore plus quand on regarde le poster de l’exposition du même nom qui se tient du 28 mars au 28 juillet 2019 à l’Institut des Cultures d’Islam de Paris. Deux hommes aux torses aussi bronzés que velus, se tenant fièrement au bord de la corniche de la ville, dans un hommage tendre et non dénué d’humour à cette ville emblématique du Moyen-Orient.

Lorsque l’on évoque Beyrouth à ceux qui l’ont rencontré, c’est un sentiment mêlé, à la fois doux et amer, qui vient immédiatement à l’esprit. Une ville aussi fascinante que déroutante, qui ne cesse de déstabiliser son visiteur en venant détruire les clichés qu’il était venu s’en faire.

A travers le regard croisé de 16 photographes et vidéastes choisis par le commissaire de l’exposition Sabyl Ghoussoub, auteur et chroniqueur d’origine libanaise, l’événement fait le pari audacieux d’une immersion intégrale au sein d’une ville insaisissable, entre fragilité et résilience.

Les Bronzeurs, Vianney le Caer

Hommage tendre et moins tendre à une ville atypique

Au sens propre comme au figuré, ce sont donc sur des clichés que viennent s’ouvrir cette exposition dédié à Beyrouth. Ceux de l’artiste Vianney Le Caer, photojournaliste installé à Londres, avec sa série Les bronzeurs qui dépeint les hommes qui se réunissent quotidiennement sur la baie de Saint George, en face de l’université Américaine de Beyrouth, pour bronzer, se muscler et prier.  Un concentré de testostérone à l’image du pays où les rôles et les genres restent encore bien distribués. Mais surtout un clin d’oeil envers cette superficialité et ce culte du corps si chers à la ville, qui cachent finalement tant de fêlures mal digérées. Le corps comme marqueur identitaire au Liban est donc le premier chapitre de cette manifestation et s’illustre également à travers deux grands portraits de policiers réalisés par Ziad Antar, qui ne manque pas de tourner en dérision ces officiers et leur vision de la virilité en les photographiant en dehors de leur contexte.

Une ville multi-confessionnelle

Comprenant 18 confessions religieuses, Beyrouth ne peut pas être pensée en dehors du prisme de la religion. Un espace entier lui est donc consacré au rez-de chaussée de l’ICI à travers deux séries emblématiques: Chrétiens du Liban, réalisée par Patrick Baz qui a suivi pendant deux ans cette communauté dans la ferveur de leurs cérémonies religieuses. Mais aussi une série inédite sur des tatouages de miliciens partisans du Hezbollah qui se sont prêter à l’objectif de Hassan Ammar pour montrer leurs tatoos du chef du hezbollah Hassan Nasrallah ou encore du prophète Ali.

Enfin, une vidéo de Sirine Fattouh  suit dans les rues de Beyrouth “el tabbal”, l’homme qui réveille les habitants à l’aube pour le ramadan.

Le tatoueur Hussein Al-Hussein inscrit sur la poitrine du client Alodi Issa, 22 ans, des slogans religieux

… Où tout le monde se vit comme une minorité

Au 56 rue Stephenson, deuxième espace de l’ICI, le deuxième étage se consacre entièrement aux minorités isolées et ignorées du Liban. On peut suivre leur parcours à travers le travail de Dalia Khamissy qui a documenté le quotidien des réfugiés syriens (plus d’un million) et palestiniens au Liban. On y trouve également une vidéo de l’écrivain et vidéaste Christophe Donner qui suit un artiste palestinien travaillant avec des objets de récupération. dans son atelier du  camp de Sabra et Chatila.

On découvre aussi les oeuvres de deux jeunes artistes émergents comme la photographe libanaise Myriam Boulos avec C’est dimanche, une série sur les femmes domestiques au Liban, ou encore Mohamed Adouni qui s’est intéressé à la communauté LGBT + libanaise en ayant vécu trois semaines avec une mère et son fils genderqueer au coeur du quartier de Mar Mikhaël.

L’affichage se poursuit jusqu’au Hammam de l’ICI où l’on peut trouver une installation de sept vidéos réalisées par les célèbres artistes Joana Hadjithomas et Khalil Joreige qui donnent la parole aux invisibles : ouvriers, réfugiés, employés de maison… qui se livrent devant la caméra pour évoquer leur lutte quotidienne.

Tant de choses qu’il reste à découvrir à l’ICI pour comprendre les multiples facettes d’une ville cosmopolite qui ne cesse de se réinventer malgré les conflits et coups durs de l’histoire.

C’est dimanche, Myriam Boulos