Cette mosquée d’Indonésie dont le minaret de 50 m mêle 4 styles architecturaux

La Grande Mosquée de Sumenep se dresse fièrement sur l’alun-alun central de cette ville paisible, à l’extrémité orientale de l’île de Madura en Indonésie. Sous le soleil tropical d’août, sa façade immaculée habillée de jaune et de vert reflète une lumière éclatante qui met en valeur son architecture éclectique, témoignage vivant d’un métissage culturel unique au monde. Construite entre 1779 et 1787 sous le règne du Panembahan Somala, cette mosquée n’est pas seulement un lieu de culte pouvant accueillir jusqu’à 2000 fidèles, mais aussi un monument qui raconte l’histoire fascinante des influences croisées dans l’archipel indonésien.

Un joyau architectural né de quatre civilisations

L’histoire de ce sanctuaire est indissociable de celle de l’architecte qui l’a conçue : Lauw Pia Ngo, un Chinois faisant partie des premières générations d’immigrants installés à Madura. Mandaté par la famille royale, il a créé une œuvre où dialoguent harmonieusement quatre traditions architecturales : javanaise, chinoise, arabo-persane et européenne. Le portail principal, symbolisant « Ghafura » (lieu de pardon en arabe), affiche des motifs rappelant la Grande Muraille, tandis que son minaret de 50 mètres s’élève majestueusement au-dessus des toits à trois niveaux, caractéristiques de l’architecture javanaise traditionnelle.

La mosquée actuelle a remplacé l’ancienne « masjid laju » (vieille mosquée en madourais) construite en 1757, devenant ainsi la deuxième mosquée du complexe palatial et l’une des dix plus anciennes de l’archipel indonésien. Sa position stratégique face au Kraton (palais royal) respecte parfaitement l’organisation urbaine traditionnelle javanaise : mosquée, parc urbain et palais royal formant le cœur battant de la cité.

Une expérience spirituelle et culturelle authentique

À l’intérieur, 13 piliers massifs symbolisant les piliers de la prière islamique soutiennent la structure. Le minbar (chaire), le mihrab (niche directionnelle) et le maksurah (espace réservé) sont recouverts de somptueuses céramiques en porcelaine chinoise. Un détail fascinant : une authentique épée irakienne est exposée sur l’un des deux lieux de prédication, vestige d’une histoire commerciale et culturelle méconnue entre ces régions éloignées.

La visite gagne à être effectuée tôt le matin ou en fin d’après-midi, quand la lumière dorée sublime la façade. Les photographes apprécieront particulièrement le contraste saisissant entre le blanc éclatant des murs et les ombres profondes sous les toits à multiples niveaux. Ne manquez pas de vous aventurer jusqu’aux petits pavillons à coupoles qui bordaient autrefois le périmètre de la mosquée et servaient de prisons, témoignage du rôle multifonctionnel qu’occupait ce lieu dans la société traditionnelle.

Un circuit culturel complet autour de la mosquée

Pour une immersion totale dans la culture de Sumenep, prolongez votre visite au Kraton voisin, dont l’énorme banian plusieurs fois centenaire offre une ombre bienvenue. Explorez ensuite le jardin royal Taman Sari avec ses anciens bassins. Les amateurs d’artisanat se dirigeront vers le marché Pasar Anom, à quelques minutes à pied, où l’on peut admirer les tissages de batik madourais aux motifs uniques et aux couleurs éclatantes.

La gastronomie locale mérite également le détour : ne quittez pas Sumenep sans avoir goûté au « soto », soupe traditionnelle, ou aux « satay » (brochettes) proposés dans les petites échoppes colorées qui bordent les rues à l’ouest de la mosquée. Ces saveurs authentiques complètent parfaitement l’expérience culturelle.

Informations pratiques pour le voyageur

Pour rejoindre Sumenep, passez d’abord par Surabaya, puis prenez la route ou le ferry vers Madura. Sur place, les becak (pousse-pousse) et les bemos (minibus) constituent des moyens de transport économiques et pittoresques. La visite de la mosquée est gratuite mais exige une tenue modeste et le retrait des chaussures. Le climat tropical impose des précautions : hydratation, protection solaire et anti-moustiques sont essentiels, particulièrement en cette saison sèche d’août où les températures oscillent entre 27 et 32°C.

L’hébergement reste abordable avec des options sous les 20$ par nuit. La ville est généralement sûre, mais la prudence habituelle s’impose. Pour une expérience enrichie, explorez d’autres mosquées remarquables d’Indonésie qui témoignent de la diversité architecturale islamique dans l’archipel.

FAQ sur la Grande Mosquée de Sumenep

Quand est le meilleur moment pour visiter la Grande Mosquée de Sumenep ?

La saison sèche (avril à octobre) offre des conditions idéales. Évitez les vendredis pendant la prière de midi et privilégiez les visites tôt le matin ou en fin d’après-midi pour profiter d’une lumière optimale et de températures plus clémentes.

Comment cette mosquée se compare-t-elle à d’autres mosquées de Java ?

Contrairement à d’autres mosquées javanaises aux toits à trois niveaux, celle de Sumenep se distingue par son mélange unique d’influences chinoises et européennes. Son minaret diffère également des minarets javanais inspirés des temples hindous qu’on trouve ailleurs sur l’île.

La mosquée est-elle accessible aux non-musulmans ?

Oui, les non-musulmans peuvent visiter la mosquée en dehors des heures de prière, en respectant le code vestimentaire (vêtements couvrant les épaules et genoux) et en retirant leurs chaussures à l’entrée.

Karim Al-Mansour

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