Dans l’effervescence du Caire, se dresse Al-Azhar, mosquée millénaire dont les 380 colonnes antiques racontent silencieusement plus de dix siècles d’histoire islamique. Fondée en 970 par le général fatimide Jawhar al-Saqali sous l’ordre du calife Al-Muizz li-Din Allah, cette mosquée aux dimensions imposantes (85m × 69m) constitue un témoignage architectural sans égal. Son nom, Al-Azhar, évoque « la Resplendissante », hommage à Fatima al-Zahra, fille vénérée du Prophète Muhammad – lien subtil avec l’héritage chiite de ses fondateurs, bien que le lieu soit aujourd’hui un bastion du sunnisme.
Un musée vertical d’architecture islamique
Ce qui distingue Al-Azhar de la plupart des grands lieux de culte musulmans est son caractère composite. Contrairement à l’homogénéité architecturale d’Al-Haram ou d’Al-Aqsa, Al-Azhar s’apparente à un « musée vertical » où chaque période de l’histoire égyptienne a laissé son empreinte. Ses plus de 380 colonnes de marbre racontent cette histoire : leurs chapiteaux proviennent d’anciens temples égyptiens, romains et byzantins, assemblés dans un recyclage architectural fascinant. On y distingue des styles gréco-romains côtoyant des motifs islamiques et coptes – pratique rarement mise en lumière dans l’historiographie classique.
La cour centrale, entièrement pavée de marbre blanc, révèle une ingéniosité acoustique méconnue : sa conception amplifie naturellement la voix, facilitant l’enseignement en plein air qui s’y pratique depuis des siècles. Ses trois grands minarets, érigés respectivement en 1340, 1469 et 1510, incarnent chacun une période distincte de l’histoire cairote, comme des jalons verticaux dans le temps.
L’université qui défie le temps
Derrière ses murs, Al-Azhar abrite la troisième plus ancienne université au monde encore en activité, fondée en 988. Aujourd’hui, cette institution colossale compte 297 000 étudiants (chiffre 2014), répartis dans 31 facultés pour femmes et de nombreuses autres pour hommes. Fait remarquable, l’université n’est pas mixte, respectant une séparation stricte avec des installations distinctes selon le genre.
L’histoire d’Al-Azhar comporte aussi des chapitres controversés peu connus : sous Salah ad-Din al-Ayyubi, les prières et sermons y furent suspendus pendant près d’un siècle, la mosquée étant considérée comme un bastion ismaélien. L’enseignement ne reprit pleinement qu’après la victoire des Mamelouks, marquant la transition définitive vers le sunnisme qui caractérise aujourd’hui l’institution, au cœur d’un Caire islamique aux 500 monuments historiques.
Entre patrimoine et modernité
Al-Azhar offre un contraste saisissant avec son environnement. À quelques minutes se déploie Azhar Park, vaste espace vert aménagé sur une ancienne décharge, offrant une vue panoramique sur la mosquée. Cette juxtaposition illustre parfaitement l’évolution constante du Caire, où le patrimoine millénaire côtoie les transformations contemporaines.
La position stratégique d’Al-Azhar, entourée de monuments historiques majeurs comme la citadelle et les mosquées al-Nasir Muhammad et Muhammad Ali aux coupoles impressionnantes, en fait un point névralgique du patrimoine islamique mondial. Sa superficie de 12 000 m² en fait l’une des plus grandes mosquées du Caire historique, rivalisant avec d’autres joyaux architecturaux du monde musulman comme la Grande Mosquée de Kairouan et ses 414 colonnes antiques.
FAQ sur la mosquée Al-Azhar
Pourquoi les colonnes d’Al-Azhar proviennent-elles d’époques différentes?
Cette pratique de « spolia » (réutilisation d’éléments architecturaux) était courante dans le monde islamique médiéval. Elle répondait à des besoins pratiques (économie de matériaux) mais aussi symboliques, incarnant la continuité avec les civilisations précédentes.
La mosquée Al-Azhar est-elle ouverte aux non-musulmans?
Oui, contrairement à certains lieux sacrés, Al-Azhar accueille les visiteurs non-musulmans en dehors des heures de prière, offrant ainsi une opportunité unique de découvrir ce patrimoine universel.
Quel est le meilleur moment pour visiter Al-Azhar?
Les matinées en semaine offrent l’expérience la plus sereine. Évitez le vendredi, jour de grande prière, et privilégiez les périodes hors Ramadan pour une visite plus tranquille.
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