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Nadine Labaki : “Le cinéma arabe a beaucoup de choses à dire”

Nadine Labaki, sur les toits de l'Institut du Monde arabe.

Présidente du jury Un Certain Regard pour l’édition 2019 du Festival de Cannes, Nadine Labaki est la première femme arabe à occuper ce poste. La réalisatrice libanaise de“Capharnaüm”, récompensé du Prix du jury à Cannes l’année dernière, a bien voulu se prêter au jeu des questions réponses le temps d’une interview sur les toits fleuris de l’Institut du monde arabe. Son film, sa vision du cinéma arabe… L’actrice et réalisatrice nous dit tout.

Jury de Un Certain Regard à Cannes

« Aujourd’hui, je suis présidente du jury Un Certain Regard, ce qui prouve que parfois la vie peut être encore meilleure que vos rêves”. Un an après le Prix du Jury, le Prix du jury œcuménique et, pour sa première édition en 2018, le Prix de la Citoyenneté raflés au festival de Cannes par son chef-d’oeuvre Capharnaüm, l’actrice et réalisatrice libanaise est désormais de ceux qui distribuent les notes : là voilà présidente du jury Un Certain Regard pour l’édition 2019 du Festival de Cannes 2019.

Elle est, de fait, la première femme arabe à présider ce jury qui récompense chaque année l’originalité et l’audace des cinéastes.

Capharnaüm, son apogée ?

Cette apogée, la Libanaise la doit sans doute à son dernier long-métrage primé sur la Croisette, et nommé pour l’Oscar du meilleur film étranger en 2019. Un film qui, comme souvent dans ses réalisations, aborde le Liban dans sa complexité sociale. “Ce film parle des exclus du système en général, que ce soit les enfants, les migrants et même le personnage de Zain qui est un enfant inexistant dans le sens où il n’a jamais eu de papiers qui prouvent son existence », raconte Nadine Labaki.

“Mon film parle de tous ces problèmes indissociables selon moi parce que j’ai l’impression qu’ils font parti d’un même cercle vicieux dont on ne sort pas”, insiste-t-elle.

La beauté, la force de Capharnaüm tient notamment au fait que Nadine Labaki ait souhaité tourner ses séquences de façon plus immersive en impliquant davantage son spectateur mais également par le choix de son casting.“ Selim, Zain, Rahil… Ce sont des personnes qui n’ont jamais joué de leur vie. Chacun est venu avec sa propre expérience, son vécu et sa souffrance et s’est livré à l’écran. Mais il faut l’admettre, le processus est plus long et il faut savoir être très patient”, tempère Labaki. Cette école d’acteurs totalement différente a pourtant réussi à émouvoir les coeurs et les esprits. “Il y a beaucoup de choses vraies dans le film ou du moins beaucoup de moments où la fiction et la réalité se mêlent poursuit-elle. Beaucoup de choses ont été dites à l’écran par des personnes qui tiraient ça de leur propre vécu. Tout le film n’est qu’une chorégraphie entre fiction et réalité”.

Le cinéma arabe, une industrie en pleine ascension

Le succès mondial de Capharnaüm remet, en quelque sorte, le cinéma arabe sur la carte mondiale du 7e art. Cette année encore, trois films arabes sont en compétition au Festival de Cannes : It Must Be Heaven du Palestinien Elia Suleiman, pour la sélection officielle, Papicha de l’Algérienne Mounia Meddour et Adam de la Marocaine Maryam Touzani pour le Prix Un certain regard. “Je sais à quel point le cinéma arabe a aujourd’hui du poids, de l’importance et de l’impact, ponctue Labaki. A quel point les réalisateurs arabes ont des choses à dire et à quel point leurs films ne sont pas de simples divertissements. Leurs films comptent”.

Si bien que la réalisatrice pose un regard confiant et plein d’espoir dans ce cinéma arabe qui a bercé sa jeunesse et qu’elle connaît tant : “Je suis très optimiste et je sens que le cinéma arabe a beaucoup à donner. Chaque film est réellement une prise de position, un réel questionnement sur les systèmes présents et leurs défaillances. C’est un cinéma qui a beaucoup de choses à dire […] Aujourd’hui, il ne nous manque que le savoir-faire. Si on ne peut pas parler d’industrie pour le moment il y a quand même de vrais talents et ce n’est que le début pour le cinéma arabe”.