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Aly Elarabi, le réalisateur qui donne sa voix aux réfugiés remporte une bourse au festival el Gouna

Chaque année, le festival du film international de Venise présente et récompense des projets prometteurs encore en cours de production, issus du monde arabe et de l’Afrique à travers la sélection Final Cut. Cette année, on a pu y découvrir Za’atari Captains, du réalisateur égyptien Aly El Arabi.

Donner une voix à ceux que l’on écoute pas, montrer la réalité des minorités effacées, c’est ce que le réalisateur égyptien Aly el Arabi cherche à faire dans son travail depuis toujours. Il a d’ailleurs déjà prêté son regard et ses oreilles aux communautés oubliées et marginalisées à travers plusieurs documentaires sur des sujets méconnus comme les les mariages précoces, la vie des réfugiés dans les camps de Djibouti, le quotidien des mères célibataires en Egypte ou la vie rurale en Egypte. Une mission qu’il poursuit chaque jour à travers sa propre société de production documentaire Ambient Light, fondée en 2012.

Dans son dernier documentaire, Za’atari Captains, il suit Mahmoud et Fawzi, deux jeunes réfugiés syriens du camp de Za’atari en Jordanie qui rêvent d’embrasser une carrière de footballeurs professionnels. Un projet encore en phase de post-production mais qui vient de remporter deux bourses au dernier festival el Gouna.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire des documentaires?

Je faisais déjà des reportages vidéos pour différentes chaînes allemandes et arabes. Avec le temps, j’ai réalisé que je voulais apporter quelque chose aux gens qui n’avaient pas de mots pour raconter leur histoire, ces personnes qui n’ont pas les mêmes opportunités que nous. Il était important pour moi de montrer au monde ces gens autrement que par des chiffres, en mais comme des personnes réelles avec des passions et des rêves. C’est aussi ce qui m’a poussé à créer ma propre société de production: Ambient Light, il y a 7 ans.

 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de raconter l’histoire de Mahmoud et Fawzi?

A l’époque, je travaillais pour la ligue Arabe et réalisais des vidéos reportages dans les camps de réfugiés. C’est ainsi que j’ai connu Mahmoud et Fawzi. Ils étaient très curieux de connaître à quoi ressemblait la vie en dehors des camps, mais aussi mon travail. J’ai tout de suite senti qu’ils étaient différents. Deux garçons très forts avec une réelle passion pour le football. J’ai alors commencé à les filmer, et, dès lors, je ne pouvais plus m’arrêter.

Comment vous y êtes vous pris pour gagner leur confiance et celle de leurs familles respectives?

La première année a été très difficile. Les gens dans les camps me regardaient avec hostilité et les familles de Mahmoud et Fawzi ne voulaient pas me laisser filmer. C’est une de mes collègues qui a joué les intermédiaires et est parvenue à gagner la confiance des mères des deux jeunes garçons.

 

Quel a été le plus difficile durant le tournage?

Tout. Le financement, les permissions, tout était contre moi au départ. Les producteurs ne voyaient pas l’intérêt de mes vidéos. Ils disaient qu’il n’y avait pas d’histoire. Il m’a fallu du temps pour gagner leur confiance et celle des gens du camps. Au final, je me suis fait accepter et respecter de tous. Mais cela m’a pris six ans et 700 heures de rush…