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Ces start-ups de la région MENA qui rendent la finance plus inclusive

Au Moyen-Orient, des startups réfléchissent à de nouvelles applications pour permettre aux populations défavorisées d’accéder aux services bancaires. Un bel exemple qui montre comment l’alliance de la technologie et de la finance peut venir en aide aux communautés marginalisées.

Dans beaucoup de pays de la région MENA, une large part de la population locale n’a toujours pas accès au système financier traditionnel. C’est notamment le cas en Irak où, sur 38 millions d’habitants, seulement 23 % possèdent un compte bancaire. Comme l’explique Zaid Fawzi, CEO chez INC (International Network for Cards) “la plupart des gens qui ont des comptes bancaires l’utilisent uniquement pour retirer leur salaire mais gardent leurs économies à la maison”. Une situation poussée par le manque de flexibilité du secteur bancaire, dont les horaires ne sont pas toujours adaptés à la plupart des travailleurs. Il ajoute : “La plupart des banques ne fournissent pas de services en ligne et les procédures d’ouverture de comptes sont longues.”

Pour pallier à ce vide, il a donc lancé Neo, en partenariat avec la start-up de fintech libanaise Nymcard. Il s’agit d’une carte virtuelle téléchargeable en quelques secondes à travers une application mobile, qui permet aux gens d’effectuer des achats en ligne sur des sites locaux et internationaux. “Cette carte s’accompagne aussi d’un porte monnaie en ligne qui permet à l’utilisateur de garder un oeil sur ses dépenses”, explique-t-il. Un porte-monnaie qu’ils peuvent charger avec des agents INC présents dans la plupart des villes et provinces en Irak.

 

Des startups qui font face au manque de flexibilité du secteur bancaire et institutionnel…

Avec un taux de pénétration du secteur bancaire de seulement 36% chez les adultes et 25% chez les femmes, les disparités sont également grandes au sein de la population tunisienne. Comme l’explique Souha Arbi, analyste marketing chez Kaoun, une startup qui a lancé une application bancaire mobile : “Malgré des efforts du côté du secteur public comme du privé, les services financiers sont toujours inaccessibles à une grande part de la population, surtout celle située dans le sud du pays.” Pour contrer ce phénomène, la jeune pousse a mis en place plusieurs mesures, comme un service renforcé d’identification, un système de signatures électroniques permettant aux particuliers comme aux entreprises de signer, conserver et partager des documents à distance en toute sécurité. Elle propose également une plateforme digitale ainsi que des QR codes pour que les entreprises puissent offrir des méthodes de paiement plus simples à leurs clients. Des initiatives ingénieuses qui se heurtent cependant à la lourdeur administrative du secteur bancaire et des gouvernements avec lesquels les startups doivent souvent s’associer. “La plupart des institutions avec lesquelles nous travaillons sont habituées à des procédures lentes et chronophages. De plus, elles n’ont pas l’infrastructure technologique nécessaires à une intégration rapide. Nous avons donc dû élargir notre travail à la création applications compatibles à leur différents systèmes juridiques pour accélérer le processus.”dit-elle.

 

…et rendent la finance plus inclusive

En adoptant une approche empathique et orientée client, basée sur la réduction des coûts, et l’efficacité des services proposés, ces entreprises de la fintech ont réussi à combler le retard du secteur financier traditionnel et des gouvernements en atteignant des cibles qui composent généralement le dernier maillon de la chaîne. C’est le cas de Rise, une start-up lancée à Dubaï par Padmini Gupta en 2017, qui utilise l’intelligence artificielle pour offrir des services financiers aux travailleurs migrants. Sans provisions minimum, elle leur permet d’ouvrir un compte rapidement sur application mobile, de gérer leurs économies, d’obtenir des emprunts et de répondre à leurs questions grâce à l’acquisition d’un chatbot d’intelligence artificielle. En Egypte depuis 2019, Khazna propose des services bancaires à plus de 20 millions d’égyptiens, autrefois sans comptes, mais très actifs sur les smartphones. En collaboration avec les banques majeures et partenaires financiers du pays, elle leur permet ainsi de payer, d’économiser et d’emprunter facilement, et avec un minimum d’interaction. Comme le souligne Souha Arbi “ Les startups de la fintech ont un esprit d’innovation et s’adaptent plus vite au changement que les autres acteurs du marché. Elles ont ainsi la capacité d’encourager les décideurs à mettre à jour les vieilles régulations, mais aussi de créer de nouveaux marchés pour inspirer et mener un changement significatif de comportement au sein de leurs communautés et dans toute la région.”