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Fintech Dubaï: ces start-ups qui oeuvrent pour une finance plus inclusive aux UAE

A Dubaï, ces dernières années ont vu l’émergence d’entreprises de fintech qui souhaitent aider les travailleurs migrants des pays du Golfe à accéder au système bancaire. Ou comment finance et technologie permettent un système bancaire plus inclusif.

En 2019, la banque mondiale estime à 529 milliards de dollars les envois de fonds officiellement enregistrés vers les pays en développement. Des revenus qui correspondent aux salaires envoyés par des travailleurs migrants installés en Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis ou dans les pays du Golfe. Majoritairement issus du sous-continent indien et de l’Asie du Sud-Est, 200 000 de ces 25 millions de travailleurs n’ont pourtant pas accès au système bancaire. Un manque repéré par différentes start-ups, afin de résoudre le problème dans la région.

Des travailleurs pauvres sans accès au système bancaire

Aujourd’hui, la plupart des travailleurs migrants à faibles revenus situés dans les pays du Golfe utilisent des transferts d’argent pour envoyer leurs salaires à la maison. Ces derniers, que l’on retrouve principalement dans les secteurs de la construction, des transports ou encore des services, envoient l’ensemble de leurs salaires dans leur pays d’origine afin de subvenir aux besoins de leurs familles.

Avec les transferts en ligne, le processus peut sembler simple, sauf à Dubai où les processus bancaires peuvent rendre plus difficile l’accès au service à ce type de profils. En outre, leur salaire est souvent plus faible que les 5000 AED (1220 euros) requis pour ouvrir un compte.

Les solutions restantes sont donc de faire des transferts de cash à travers les maisons de change traditionnelles ou des maisons de change express comme Western Union, bien que ces dernières impliquent des frais importants, et que les premières proposent des taux de change moins importants mais plus volatiles, qui peuvent varier d’une branche à l’autre et selon les moments de la journée. Sans compter les délais pour envoyer l’argent, qui sont beaucoup plus importants. Par exemple à Sharjah, les taux sont plus compétitifs qu’au Mall de Dubaï. Une situation qui met ces employés domestiques en situation de vulnérabilité, et leur rend compliqué l’accès à l’épargne et la préparation de l’avenir.

Des start-ups pour une finance plus inclusive

Fondée en 2015 à Dubaï par Ian Dillon et Katharine Budd, deux anciens de la banque de détail et d’investissement, Now est une start-up qui permet aux travailleurs expatriés l’accès à un compte bancaire, une carte de débit ainsi que des possibilité de transferts d’argent dans leur pays d’origine par l’intermédiaire d’une application mobile. Pour cela, elle a mis en place des partenariats avec des compagnies de taxi, des hôtels et des fabricants en leur fournissant des solutions de paiement gratuites. “Les premières sociétés à travailler avec nous étaient des amis, mais aujourd’hui beaucoup de business nous ont rejoint, déçu des méthodes de paiement traditionnelles et parce-qu’ils croient que leurs employés méritent mieux.” explique Katharine Budd, sa co-fondatrice.

 

Katharine Budd, co-fondatrice NOW Money / Crédits : Now Money

Grâce à un système de comparateur de prix, la société propose aussi de trouver les meilleurs de taux de change et ainsi de réduire les coûts liés aux frais de versement en vigueur avec les services d’échanges ou de transferts bancaires classiques, ce qui permettrait une réduction annuelle de 1700 AED (415 euros) pour ces travailleurs à faibles revenus.

Un service idéal aux Emirats où le taux de pénétration du téléphone mobile est énorme, même chez les populations les moins favorisées. “Il y a un taux de pénétration du smartphone de 98% dans les EAU et de même dans le Golfe, car c’est un moyen qui permet de garder le contact avec le pays d’origine pour les travailleurs à bas revenus vivant loin de leur pays. On peut désormais acheter un Android pour 100 dirhams (27 dollars), ce qui a permis à des produits digitaux comme NOW Money d’accéder au marché de masse”, explique la co-fondatrice.  L’entreprise propose également des formations à ses clients pour les assister dans l’utilisation de l’application, ainsi qu’un call center multilingues et une fonction de chat.

 

Crédits : Now Money

 

Rise, une autre entreprise basée à Dubaï, fournit elle aussi des services financiers gratuits aux travailleurs migrants, mais cherche également à développer chez eux une culture de gestion de l’argent, afin de les aider à planifier leur futur. Créée en 2016 par Padmini Gupta, Rise est née de l’expérience personnelle de sa fondatrice. Peu après le tremblement de terre à Katmandou en 2015, sa femme de ménage népalaise lui demande une avance sur salaire d’un an pour pouvoir reconstruire sa maison. Bien qu’elle vive aux EAU depuis 15 ans, cette dernière ne possède aucune économie, ce qui choque Padmini et lui donne l’idée de démocratiser l’accès au système bancaire de base pour les travailleurs migrants à faibles revenus. La start-up permet aujourd’hui à ses clients d’ouvrir à un compte bancaire rapidement (moins de 57 secondes selon sa fondatrice ) et sans salaire minimum requis. En partenariat avec plusieurs institutions bancaires, parmi lesquelles United Arab Bank ou UAE exchange, elle permet à ses clients d’effectuer des transactions financières à moindre coût et compte bientôt fournir des services d’assurance et d’investissements. Petit bonus, la jeune pousse offre aussi des formations et certifications afin de permettre à ses clients d’évoluer et de changer de carrière. Sa plateforme propose des modules d’apprentissage ainsi que des ateliers gratuits donnés par divers experts de l’industrie. Une manière d’accompagner ces travailleurs et de préparer leur futur, comme dans le cas des conducteurs de taxi qui vont bientôt devoir se renouveler, détrônés par des voitures autonomes. “Dans les deux prochaines décennies, plus de 25 millions de migrants vont retourner à la maison et nous souhaitons bien les accompagner.” déclarait-elle au magazine américain Entrepreneur. Padmini souhaite ainsi étendre ce service a 120 millions de migrants et créer un réseau international.