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Cinéma : Waad Mohammed, graine de star saoudienne

Waad Mohammed dans Wadjda © Pretty Pictures

Waad Mohammed dans Wadjda © Pretty Pictures

En 2012 sortait Wadjda de la réalisatrice Haifaa al-Mansour, l’une des rares productions cinématographiques saoudiennes, qui plus est primée. Sa jeune héroïne éponyme incarnée par Waad Mohammed glanera le trophée de meilleure actrice au Festival international du film de Dubaï.

« Toutes les filles que nous avions vues avant n’avaient pas ce truc en plus. Elles étaient trop douces, pas assez effrontées. » Lorsque Haifaa al-Mansour se remémore les anecdotes du tournage de son film primé, Wadjda, la réalisatrice saoudienne prend le soin de détailler sa rencontre avec celle qui sera l’héroïne de son film.

Waad, une rebelle par nature

Dans cette salle d’audience où peu de jeunes filles ont osé poser leur candidature – la faute, sans doute, à des parents peu enclins à voir leur progéniture à l’écran dans un pays conservateur – Waad Mohammed fait office d’ovni. C’est dans les dernières auditions que la gamine, sa longue chevelure bouclée, son teint hâlé et sa dégaine de rebelle, se révèlent à la metteuse en scène. « Elle est apparue, avec ses écouteurs sur les oreilles, portant un jean et des tatouages sur les mains”, se rappelle al-Mansour. Détail qui ne trompe pas sur la jeune postulante : une paire de Converse à lacets violets aux pieds, chaussures que Waad gardera durant le tournage et qui feront l’identité, un brin réfractaire, de son personnage Wadjda.

Autre point fort de l’actrice en herbe : sa voix, atout qu’elle s’est forgé au fil des mini-concours de variétés auxquels elle a pris part et de ses prestations dans les théâtres de sa ville natale de Djeddah. Pour Haifaa al-Mansour, c’est le coup de coeur. « Je cherchais également une fille avec une jolie voix, capable de chanter avec sa mère, de mémoriser et psalmodier le Coran, explique la réalisatrice. Waad a une voix très mélodique et très douce. »

Premier film, premier prix

Quelques mois plus tard, en 2012, Wadjda sort sur grand écran et sa réception est dithyrambique. L’oeuvre glane, notamment, le titre de meilleur film au Festival international du film de Dubaï. Waad, elle, y voit sa prestation récompensée par le trophée de meilleure actrice. L’exploit est d’autant plus notable que la gamine n’a que 12 ans et qu’il s’agit-là de son tout premier film.

Six ans après les tapis rouges, que devient Waad Mohammed ? Eh bien, la rebelle de Wadjda a repris une vie moins pailletée. Waad, 18 ans, la crinière toujours fournie, est désormais en dernière année de lycée. Wadjda aura été son premier et seul film. Il faut dire que l’industrie cinématographique saoudienne est, pour l’heure, embryonnaire. Mais avec l’ouverture des cinémas dans le Royaume, Waad pourrait peut-être envisager un retour sous les projecteurs. D’ici-là, les théâtres de Djeddah restent une alternative tout à fait satisfaisante.