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Comment des réfugiés syriens se servent de vieux matelas pour se nourrir ?

Dans le plus grand camp de réfugiés du Moyen-Orient, dès logements censés être très temporaires se sont transformés en séjours de plusieurs années.  L’aide des bénévoles s'étend désormais à permettre aux réfugiés de retrouver leur indépendance à travers des techniques innovantes comme l’hydroponie.

Le camp de Zaatari, le plus grand en Jordanie pour les réfugiés Syriens, développe des techniques innovantes pour s’occuper de ses 80 000 résidents. 

Dans un contexte de  crise humanitaire qui s’aggrave, les réfugiés ne disposent d’aucune indication sur la date à laquelle ils pourront reprendre le contrôle de leurs vies. Il est donc impératif que l’aide humanitaire favorise leur autonomie.

Le camp a évolué d’un petit ensemble de tentes à l’une des plus grandes villes de Jordanie: appelant à une transition vers une assistance plus prévisible, plus rentable et plus participative.

Nourrir les réfugiés

Il existe déjà un programme alimentaire complet au sein du camp, dirigé par l’Agence des Nations unies pour les réfugiés en partenariat avec le Programme Alimentaire Mondial. Depuis 2013, ils fournissent des bons alimentaires à tous les réfugiés du camp, l’équivalent de 10 dinars jordaniens par personne, par mois.

 

Ils peuvent dépenser ces bon d’achats comme ils le souhaitent, dans les limites des magasins et des supermarchés désignés. Gérés par des organisations communautaires locales, ces magasins proposent une vaste gamme de produits pour compléter la ration mensuelle de blé boulghour, de pâtes, de riz, de lentilles, de sucre et de sel.

Ce système imite momentanément leur vie avant la guerre : il leur accorde une liberté de choix que les rations ne peuvent pas leur offrir. 

Moins dépendre de l’aide extérieure

Quelle que soit l’ampleur de ce programme, de nombreux réfugiés renforceraient davantage leur sentiment d’indépendance s’ils avaient la possibilité de cultiver leurs propres fruits et légumes, ce qui leur permettrait également de développer des compétences pour un futur emploi.

En outre, les produits disponibles à Zaatari sont presque entièrement importés, ce qui rend l’ensemble du camp dépendant des forces extérieures. 

Cela est dû en grande partie au manque de pluie et à la chaleur intense qui règnent dans la région, aussi bien qu’à une terre pauvre en matière organique et riche en sel: des conditions qui sont loin d’être idéales pour l’agriculture.

L’incertitude règne dans la vie quotidienne des réfugiés. Si ils pouvaient compter sur leurs propres sources de nourriture, cette ambivalence serait, en partie, atténuée.

 

Les matelas, peuvent-ils être la solution?

L’Agence des Nations unies pour les réfugiés fournit, à chaque arrivant, un matelas en mousse de polyuréthane. Lorsque certains quittent le camp de Zaatari, leurs matelas ne peuvent pas être réutilisés par des nouveaux arrivants…. mais rien n’empêche qu’ils soient reconvertis. 

C’est exactement ce que le professeur Tony Ryan, de l’université de Sheffield, et son équipe d’experts ont fait : transformer les matelas inutilisables en outils de culture.

Comment est-ce-que les matelas imitent le sol ?

Dans l’agriculture traditionnelle, le sol soutient les racines d’une plante. Dans cette approche spécifique de la culture hydroponique, la mousse du matelas fournit un support artificiel. L’eau et les nutriments sont ensuite injectés dans la mousse pour nourrir la plante, sans aucun pesticide. 

Contrairement au sol de Zaatari, la mousse absorbe et retient tous les composants, ce qui nécessite des quantités bien inférieures, pour un rendement bien plus important tout au long de l’année. 

Quelques centaines de réfugiés sont maintenant formés dans l’hydroponie, ou la mousse de matelas sert comme alternative au sol. 

Dans le camp Zaatari, ces systèmes hydroponiques représentent maintenant une surface équivalente à la taille d’un court de tennis. 

Ce projet est le résultat d’efforts communs et d’une coopération entre les réfugiés et l’Université de Sheffield, qui travaillent en tandem pour optimiser la croissance des plantes et comprendre comment faire fonctionner ce système au niveau communautaire.