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Concert : “Glory and tears”, un hommage à la musique et au cinéma arabe

Le 31 octobre, à L’Institut du Monde Arabe, les deux artistes libanais Wael Kodeih et Randa Mirza vous invitent au voyage à travers une performance live cinématique et musicale qui revisitera à la sauce électronique les tubes méconnus et films de genre du monde arabe.

Wael et Kodeih et Randa Mirza travaillent ensemble depuis quelques années maintenant. Elle est artiste visuelle et lui un rappeur réputé à Beyrouth lorsque ce dernier lui confie son projet de reprendre des vieilles chansons du monde arabe et de les travailler de manière électronique. Enchantée par l’idée, Randa le rejoint dans l’aventure en lui proposant de projeter des grands classiques du cinéma arabe en live pendant ses concerts. C’est comme cela que naît alors Love and revenge en 2014, “Gharam wa intiqam” en arabe, en référence au drame égyptien du même nom qui fut un succès des années 40 suite à la mort inattendue de sa star principale, la célèbre chanteuse Asmahan, dans un tragique accident de voiture. Une manière surtout, de donner une dimension contemporaine à d’anciens tubes pour leur permettre de voyager à travers les générations.

 

Presque 6 ans après la création de Love and Revenge, vous revenez cette fois avec Glory and Tears. Est-ce que vous pouvez nous présenter le projet?

Glory and tears c’est le même concept que Love and Revenge. Nous sommes toujours quatre sur scène, trois musiciens et une vidéaste qui “joue” des petits bouts de film qu’elle monte en même temps que nous mixons. Randa est une sorte de quatrième musicienne puisqu’elle crée des refrains visuels en live qui permettent de rejoindre le son. En revanche, cette fois-ci l’idée n’est plus de mixer des titres de l’âge d’or de la production audiovisuelle arabe mais au contraire d’aller chercher des stars locales qui ne sont pas allées plus loin que leurs frontières. Des personnalités non plus originaires du Liban et de l’Egypte mais aussi d’aller voir du côté du monde arabe périphérique comme le Soudan, la Mauritanie, le Koweït ou même l’Arabie Saoudite. On a effectué une longue recherche durant un an pour dénicher ces musiciens méconnus et on s’est retrouvé avec des chansons très différentes. Techniquement parlant, on a essayé de pousser le côté analogique de la musique, afin de lui donner un aspect plus clubbing et très rétro 70-80. Côté films, on a visité les films de genre de la région comme Dracula ou Rihla Ila el Qamar, une sorte de star wars du monde arabe sorti en 1956.

 

L’hybridité est au coeur de vos performances. En quoi est-ce important pour vous et comment cette hybridité s’exprime chez vous?

Notre projet est intrinsèquement hybride. Non seulement au niveau du groupe, qu’à celui des individus qui le compose: tous ses musiciens ont des racines multiples et des fonctions très différentes sur scène. Mehdi Haddab, qui joue du oud électrique, est franco-algérien et Julien Perraudeau qui est aux synthétiseurs est français.En ce qui concerne le projet, l’idée de reprendre des films et des musiques, de leur donner un caractère occidental sur des paroles arabes, c’est aussi une mixité qui constitue notre réalité. Souvent quand on pense au monde arabe, on pense que l’on est soit A soit B et qu’entre ça il n’y a rien, hors on est plein de choses.

 

Sur ton Facebook, tu as récemment partagé un texte où tu livrais ton sentiment d’impuissance en tant qu’artiste après l’explosion survenue au Liban.. Ne crois-tu pas que l’art peut justement être utile pour guérir les traumatismes non visibles sur le long terme?

Mon objectif à travers ce texte était de dire que si on arrêtait la musique demain, les gens n’allaient pas en mourir. Ce constat m’a amené à m’interroger sur mon propre statut d’artiste, je voulais savoir à quoi ressemblerait le monde si nous n’étions tous que des travailleurs. Mais je ne me sens pas inutile, et je n’ai pas changé mes intentions de créer, il est au contraire essentiel pour moi afin de rester un être social et équilibré. Je suis en revanche profondément attristé par les circonstances actuelles avec la crise du coronavirus et les concerts en ligne. Cela fait 20 ans que je fais des concerts, et j’ai été incapable d’en faire un en ligne même si on me l’a beaucoup proposé. Émotionnellement parlant ça ne m’intéresse pas.

 

Quelle est la situation des artistes au Liban après l’explosion ?

L’année dernière j’avais monté une association dont le but était d’aider la scène alternative libanaise, on avait organisé des ateliers et des résidences de création et aussi monté une compilation avec des groupes de musique actuelle. Mais aujourd’hui, la scène libanaise est dans un état catastrophique car ceux qui ont le moyen de s’acheter une guitare veulent juste partir du Liban et beaucoup d’entre eux sont d’ailleurs sont en train de vendre leur matériel pour se faire un peu d’argent et déguerpir.