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Coronavirus : « Au Moyen-Orient, certains États sont moins efficaces que d’autres »

La pandémie de coronavirus a déjà atteint officiellement plus de 1.3 million de personnes dans le monde et fait plus de 70 000 morts. Au Moyen-Orient, l’Iran, la Turquie et l’Arabie saoudite sont les pays les plus touchés. Face à l’urgence sanitaire, les Etats de la région s’organisent. Dorothée Schmid, chercheuse et responsable du programme Moyen-Orient à l’Institut français des relations internationales fait le point sur la situation.

Quelle est la situation épidémiologique au Moyen-Orient ?

La situation épidémiologique évolue très rapidement au Moyen-Orient désormais. La région n’a pas été la première touchée par l’épidémie de COVID-19 mais se situe entre l’Asie et l’Europe qui est devenue un foyer majeur d’infection aujourd’hui.

C’est l’Iran qui reste le foyer majeur de la contamination au Moyen-Orient avec plus de 50000 personnes infectées au dire des autorités et plusieurs milliers de morts avec des chiffres très difficiles à vérifier.

Y a-t-il des mesures fortes mises en place par les Etats de la région ?

Une fois admise la réalité l’épidémie, la plupart des pays du Proche et Moyen-Orient ont pris des mesures assez drastiques pour limiter la contagion : la suspension des liaisons aériennes vers les pays qui étaient les premiers foyer infectieux, certains pays d’Europe, puis la fermeture des frontières.

Du côté de la péninsule arabique, l’Arabie saoudite a très tôt pris la décision de suspendre la Umrah et d’interdire l’accès à la Kaaba, donc le contrôle des pèlerinages, restreindre l’accès aux mosquées, avec, dans certains endroits, des muezzin qui sont chargés de diffuser des appels à la prudence, et puis, bien entendu, la fermeture des écoles et l’interdiction progressive des rassemblements publics… Des mesures de confinement de la population sont en train de se généraliser un peu partout.

Pourquoi les chiffres, au Moyen-Orient, ne sont pas aussi alarmants qu’en Europe ?

Les chiffres ne sont pas très fiables dans certains pays. La capacité de test est limitée. L’Égypte par exemple, qui est un pays très peuplé, 100 millions d’habitants, semble évaluer assez mal l’état de la situation épidémiologique.

L’éventuel pic d’épidémie, un peu plus tard qu’en Europe, dépendra aussi de la manière dont seront appliquées les mesures, assez drastiques de limitation de circulation, de confinement, qui ont été prises par les différents pays, notamment dans la péninsule arabique. Il y a des pays au Moyen-Orient où l’État est moins efficace que d’autres. Le Liban est un pays où les autorités ont beaucoup de mal à prendre des décisions et les faire appliquer. Les Libanais se sont mis eux-mêmes en auto-confinement avant d’entendre le mot d’ordre du gouvernement.

Certains Etats sont-ils mieux préparés que d’autres à faire face au COVID-19 ?

La capacité des systèmes de santé à faire face à ce nouveau virus qui affecte les voies respiratoires est évidemment inégale en fonction de la sensibilité pays à ce type d’épidémie. Dans la péninsule arabique, l’exposition précédente au MERS a permis aux pays d’adapter leur équipements en fonction des recommandations de l’OMS. Il ne faut pas oublier que ce sont les pays les plus riches, dont les équipement sanitaires sont, pour certains, sophistiqués qui sont en mesure d’offrir à leurs citoyens une vraie prise en charge.

La recherche est-elle également mobilisée dans la région ?

Dans la bataille contre le COVID-19, les appareils de recherche les plus sophistiqués sont aujourd’hui mobilisés. L’Arabie saoudite a doté l’OMS d’une subvention particulière pour mener cette bataille dans la région du Moyen-Orient. Les pays les mieux armés sont ceux dont les appareils sanitaires sont déjà les plus performants. Pour ce qui est de la recherche universitaire c’est pour le moment la Turquie qui a une longueur d’avance.