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eL Seed : “Les gens, ce qui leur importe c’est qu’on parle d’eux”

eL Seed : “Les gens, ce qui leur importe c’est qu’on parle d’eux”

Ce jeune street artist français d’origine tunisienne utilise la calligraphie arabe pour appeler à la paix et au rassemblement. Rencontre avec ce philanthrope, poète et enchanteur des rues, parti à la conquête des murs du monde pour faire dialoguer les cultures et conter leur histoire à travers ses calligraffitis.

On ne le présente plus. Partout à travers le monde il est loué comme celui qui construit des ponts entre les hommes et les cultures grâce à ses calligraffitis en arabe. el Seed est Tunisien mais vit à Dubaï où il a actuellement son atelier. De passage à Paris, c’est au pied de l’une de ses œuvres les plus emblématiques de la Ville Lumière, taguée sur une façade de l’Institut du monde arabe, que l’artiste a daigné se prêter au jeu des questions-réponses.

L’art n’est pas une fin en soi…

el Seed compte parmi ces personnes que l’on rencontre pour la première fois, mais qu’on a l’impression de connaître depuis toujours ! Pour cause, ses oeuvres sont aujourd’hui incontournables ! Remarquables par leur taille souvent impressionnante et leur couleur chatoyante, nul n’a pu manquer, par exemple, l’emblématique façade de la Tour Paris 13 qu’il avait taguée en orange fluo.

 

Sans fard, avec franchise et modestie, il nous parle de son art. “Je suis, en fait, j’aime pas dire “contre”, mais contre le street art qui est là juste pour décorer, et de plus en plus on le voit.”. S’il offre en 2012 un joli ravalement de façade à la mosquée de Gabès, ville dont il est originaire en Tunisie, cela n’a donc rien à voir avec de la déco ! “O vous les Hommes, nous vous avons créé d’un mâle et d’une femelle et fait de vous des peuples et des tribus afin que vous vous rencontriez”. Ce verset du Coran qu’il y tague sonne comme un manifeste, car ce qu’il cherche avant tout, c’est de donner du sens aux murs et aux messages. “Des fois ce qui est triste c’est qu’il n’y a pas d’histoire derrière, nous confesse-t-il. Ce qui est peint à Paris peut être peint au Portugal ou peut être peint en Afrique du Sud. Moi je pense que le street art a cette vocation de connecter les gens”.

 

4 years ago already #thepowercomesfromthesouth #gabes #tacapes #merciSultan #visittunisia🇹🇳

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… Il n’est qu’un prétexte

L’oeuvre est “juste un moyen. C’est un arrière-plan et l’important c’est ce qu’on crée avec les gens”. C’est ce qu’eL Seed expérimente et comprend au cours de son projet Perception, réalisé dans Garbage City, au Caire, où il fait la rencontre des Chiffonniers. Il est alors surpris par leur générosité et leur implication naturelle dans le projet ainsi que de la reconnaissance qu’ils témoignent à l’artiste pour avoir simplement ouvert le dialogue avec eux et cherché à les comprendre. C’est une révélation ! “Tout ça c’est juste un prétexte. Pour moi ce que je kiffe, ce que j’aime le plus dans mon travail c’est les rencontres, c’est l’expérience humaine.”  

 

Et à travers toutes les oeuvres qu’il a réalisées dans le monde de Paris à Amsterdam, à travers tout le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, des favelas de Rio jusqu’à la frontière entre la Corée du Nord et la Corée du Sud, eL Seed s’est évertué à aller à la rencontre des habitants et de tisser un lien avec eux, avec un même fil rouge : ses calligraffitis. Pour se faire accepter, sa méthode est simple: il se présente “ “Voilà je suis artiste, j’aimerais peindre ici”, les gens au début vous offrent un verre d’eau et puis le lendemain un verre de thé, ils vous invitent à manger, et puis il y a une relation qui se crée et c’est ce qui arrive.” Pas de doute, sa simplicité et sa sincérité toutes naturelles, nous ont tout de suite conquis !

 

Meanwhile in Tunisia – Of my paternal grandfather, I have only a few memories of summers when we visited the El Sekiffa palm grove. I remember him as an old man, tired from sickness and lying on a mattress in a room. My brothers and I were only allowed to go in quietly and give him a kiss. Once memories fade, it becomes difficult to fill those voids. I arrive to find that El Sekiffa has become a stranger to me, one that I no longer recognize. When my grandfather passed away, my grandmother moved in with my uncles, leaving their home abandoned. She has since passed away. Four uncles and one aunt are still alive on my paternal side.I ask my father to reach out to them so I can meet them at my grandparents’ home. There, we found dishes and some tools on which time has left traces of its passage. I watch my uncles and aunt move in quiet through a room full of memories. #visittunisia🇹🇳 #tb #temoula #lostwalls

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Des murs qui font parler les hommes…

Il lui faut parfois plusieurs mois pour trouver le message qui convient, car ce qu’il cherche avant tout, c’est de “casser les stéréotypes” et de lutter contre la “peur des différences”. En toute honnêteté, eL Seed partage ses certitudes : “Les gens ce qui leur importe c’est qu’on parle d’eux” et aussi “[qu’on] leur [donne] de l’importance”.

C’est pourquoi il a choisi la calligraphie arabe, elle possède, selon lui, “cette dimension universelle qui fait que ça touche les hommes, ça touche les coeurs et qu’on n’a pas besoin de la traduire”. C’est ce qui lui ouvre toutes les portes. “Le fait de venir chez quelqu’un et de dire “Je fais une oeuvre qui parle de vous”, ça touche les gens et puis, ils sont obligés d’accepter”. Pour autant, eL Seed refuse de se reconnaître comme l’unique auteur de ses oeuvres, aux côtés de ses propres équipes, il co-crée avec les communautés locales, sans jamais imposer un concept. “L’idée c’est de partager. Et j’aime faire participer les gens dans mon travail. Ca arrive que je demande au gens de remplir les couleurs.

 


Du coup, serein il peut l’être ! “Le fait que la communauté participe à une oeuvre, ça leur appartient, il y a ce transfert de propriété”, et en retour, elles agissent pour la préservation de l’oeuvre, ainsi qu’à sa diffusion.

“C’est le dialogue qu’il faut chercher, qu’il faut construire. Je pense qu’il y a un manque de communication et de compréhension”.

 

Des murs témoins de l’histoire…

A l’instar d’un de son modèle et ami, le photographe JR, le maître de la rue fait de ses supports des symboles, il les choisit donc avec soin “J’aime trouver des endroits qui ont une histoire, une texture… Surtout une histoire à raconter”.

 

I believe this is the first time ever I am happy that I have to give up on a project. We were working on installing the second part of ‘The Bridge’ in North Korea. After we installed the first part in November 2017, the project remained unfinished until another art piece was installed in North Korea, thus making it the ultimate symbol unification but it looks like a big step was made today. Kim Jong Un and Moon Jae met this morning. This is incredible. When we started ‘The Bridge’ a year ago with @gyeonggimoma , the goal was to celebrate a call for reunification, unity and mutual respect between North and South Korea. My initial plan was to build a bridge-like sculptural artwork that represented the beginning of a bridge; a curved sculpture that rises up to 20 meters at DMZ, the demilitarized zone between North and South Korea. However, due to the security matters within the military zone the concept was fraught with difficulties and getting permission for the initial idea was difficult. Military restrictions would not allow this idea to be realized so instead, I proposed a horizontal laser-cut aluminium art piece installed on the fence of the DMZ. The art piece spells out the words of Kim Sowol, a poet from the  Northern part of Korea who died before the country became divided.⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ « You may remember, unable to forget: yet live a lifetime, remember or forget,  For you will have a day when you will come to forget. You may remember, unable to forget: Let your years flow by, remember or forget,  For once in a while, you will forget. On the other hand it may be: ‘How could you forget What you can never forget? »⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ ⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀⠀ ‘The Bridge’ feeds the memories of the older generations with the souvenir of one united country, it stands as a reminder for the younger generations that there is a shared culture, language, and traditions and that art can bring people, culture and generations together beyond political conflict. #thebridge #unabletoforget #kimsowol #dmz #nocolorsallowed #ThankyouTaijin

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“L’important c’est de raconter l’histoire”

Il constate à regret que beaucoup des murs qu’on lui propose “sont très aseptisés, impersonnels, fonctionnels. Alors qu[‘il] aime bien un truc abandonné, qui a vu la vie passer et qui devient ensuite témoin de l’histoire qui est passée devant lui”. Faire des murs des témoins et des conteurs d’histoire… C’est tout le thème de son projet Les Murs Perdus, qu’il a réalisé avec son équipe. Ils ont fait tout un tour de la Tunisie à la rencontre des communautés oubliées et les rendre visibles en les peignant sur les murs qui en sont les témoins muets. Un projet qu’eL Seed aimerait aujourd’hui pouvoir renouveler dans d’autres pays du monde… Quand le street art devient mémoire !