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Forum FII5 : mettre l’humain au coeur des projets

S’il fallait une preuve que la vie a bel et bien repris son cours, l’Arabie saoudite vient de l’envoyer au monde. La 5ème édition du Future Investment Initiative, la première depuis le passage à la nouvelle ère pour la structure, est aussi la première édition en version physique depuis le début de la pandémie de Covid-19, et a débuté en grande pompe hier, avec la visite de quelques-unes des personnes les plus influentes du monde.

La 5ème édition du Future Investment Initiative Institute a débuté hier au Ritz-Carlton de Riyad, sous la thématique générale “Invest in Humanity”. Avec un programme riche et une liste d’intervenants internationalement reconnus pour leur impact sur leur secteur, le salon, qui s’est d’ores et déjà imposé comme une référence mondiale des rendez-vous économiques, affichait salle comble. 

Dès la première table ronde de la journée, organisée dans un décor en réalité augmentée, les grandes thématiques de notre temps ont été abordées : reprise post-Covid, développement durable (le salon arrive entre les annonces des Saudi Green Initiative et Middle East Green Initiative, et le début de la COP26), évolution de la relation entre les secteurs public et privé, essor des crypto-monnaies, rôle de la data, etc. 

 

L’oeil des investisseurs 

 

Dans un panel composé de quelques-uns des investisseurs les plus en vue, tels que Larry Fink, PDG de Black Rock (un fonds d’investissement américain avec presque 8 000 milliards de dollars d’encours), son alter-ego de Blackstone, Steve Schwartzman, ou encore Ana Patricia Batin, la numéro un de Banco Santander, plusieurs points clés de la relance économique ont été soulevés. 

Par exemple, l’investisseur -milliardaire- Ray Dalio (le fondateur du plus grand fonds spéculatif au monde, Bridgewater Associates), pointait du doigt les limites des banques centrales. Selon lui, ces dernières “n’ont pas les moyens de subvenir à tous les besoins, entre le social, l’environnement, et la réduction des inégalités, car il existe un fort déséquilibre entre l’offre et la demande de financements et subventions, rendant les taux d’intérêts à courts terme intenable, et l’inflation impossible à gérer”. Autant de tourments d’envergure mondiale qui suggèrent que ce type de grand rendez-vous économique a encore de beaux jours devant lui. 

 

De la nécessité d’implémenter une politique verte 

 

Il n’est pas une table ronde ou une session plénière qui ne se passe sans que ne soit abordée la thématique du développement durable. Au lendemain des annonces fortes réalisées par l’Arabie saoudite (Saudi Green Initiative) et ses voisins (Middle East Green Initiative), et à la veille de l’entame de la COP26 de Glasgow, l’écologie est le sujet que tout le monde aborde. Ana Patricia Botin le rappelle d’ailleurs : “Les compagnies privées font beaucoup pour l’environnement. Elles ont, pour la plupart, mis en place des objectifs de neutralité carbone et un plan d’action mais il y a un enjeu de réalisme et le besoin d’un plan de transition clair et comparable, car les énergies fossiles ne vont pas disparaître du jour au lendemain. 

Steve Schwartzman abonde en ce sens, et fait part d’une autre inquiétude : “les organismes de crédit ont désormais dans un coin de la tête que lorsqu’ils financent des acteurs du monde des hydrocarbures, ils ne sont pas vertueux. Cela part d’une bonne intention mais risque de nous amener vers une pénurie d’énergie qui va impacter négativement et inutilement le secteur”. 

Pour autant, en se promenant sur les différents stands d’exposants du salon, force est de constater que le développement durable n’est plus une utopie futuriste. Des technologies éprouvées et des concepts viables (Interstellar, Siemens, etc.) se présentent aux investisseurs présents (des banques comme HSBC ou SNB, mais également des fonds d’investissements publics et privés) comme de véritables “call-to-action”. La technologie est prête. Au monde de s’en emparer. 

 

Une vie après le Covid-19

 

S’il semble aujourd’hui derrière nous, le virus a toutefois laissé des traces. Sur le seul secteur du tourisme, Andrew W. Donald, PDG de Carnival Corporation, nous confiait que la pandémie a eu un effet dévastateur. Sur 300 millions de personnes employées par le tourisme, plus de 62 millions d’emplois ont été perdus, à plus forte raison pour les petites et micro-entreprises. Dans son entretien avec Ahmed Al Khateeb, le ministre saoudien du tourisme -un secteur en plein essor dans le pays, suite à son ouverture et au lancement d’un nombre de giga projets de développement sans commune mesure avec le reste du monde- les deux hommes ont posé les fondations d’une reprise saine et efficace. Harmonisation des pré-requis, accessibilité pour tous aux vaccins et aux tests à l’échelle internationale et, bien sûr, 50 milliards de dollars d’investissement dans le secteur sur les 10 prochaines années pour le pays hôte.

Une politique d’investissement de bonne augure pour l’hexagone, en ce qu’elle se traduit d’ores et déjà par la signature de contrats juteux. Par exemple, la Commission Royale pour le développement d’AlUla a annoncé aujourd’hui même dans un salon du Ritz-Carlton la signature d’une série d’accords commerciaux avec un consortium d’entreprises françaises d’ingénierie, piloté par Egis. Le Directeur général de l’entreprise, Laurent Germain, a déclaré juste après la signature : ”Il y a des perspectives commerciales très intéressantes dans la région, et pas seulement pour nous. Le site touristique d’AlUla va rassembler de nombreuses expertises françaises, dans l’ingénierie bien sûr, mais également dans la culture et le tourisme.” 

 

Un terrain propice aux accords bilatéraux

 

Si nous n’avons pas accès aux salons où se déroulent les rencontres entre chefs d’Etat ou représentants de gouvernements, il est tout à fait possible de s’en faire une idée à partir de ce que l’on observe sur scène. Par exemple, lors de la visite du Président gabonais Ali Bongo, qui saluait l’importance du salon, devenu un incontournable à l’échelle mondiale, ou lors de celle du Premier ministre grec Kyriákos Mitsotákis, qui exprimait son désir d’un “partenariat stratégique fort avec l’Arabie saoudite et les pays du Golfe”. L’Est de la Méditerranée étant une région d’intérêts communs, ce dernier a également fait part de ses ambitions de diversification économique notamment par la production de gaz naturel, qu’il se verrait bien exporter en Europe, en Egypte, et vers d’autres partenaires. À noter que le Prince héritier Mohammed Ben Salmane a assisté en personne à cette intervention, avant de serrer la main du politicien grec lors de sa sortie de scène, et de s’éloigner pour un entretien privé. De là à imaginer une collaboration future à grande échelle avec l’Arabie saoudite, il n’y a qu’un pas…