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La Haute-Egypte booste son éco-système de start-ups

Située en amont du Nil, la Haute-égypte est une région principalement connue pour son tourisme. Abritant les plus prestigieux sites de l’Egypte Antique, elle reçoit chaque année des milliers de visiteurs venus découvrir la vallée des rois, ou encore les temples de Karnak et d’Abou Simbel. Depuis peu, elle attire aussi pour son énergie entrepreneuriale, faisant l’objet d’un focus de la part des investisseurs. De quoi revitaliser une région parmi les plus pauvres de l’Egypte.

De El-Minya à Assouan, la Haute et Moyenne Egypte figurent parmi les zones les plus pauvres du pays. Avec une population rurale à 75%, elles comprendraient 1000 des villages les plus défavorisés d’Egypte, selon un rapport de la banque mondiale. Principalement des paysans vivant d’une agriculture maraîchère à laquelle s’ajoutent des cultures de coton et de cannes à sucre, ainsi qu’un peu de commerce et d’artisanat. Pourtant, la région concentre aussi un capital unique: sa jeunesse. La moitié de sa population a moins de 30 ans et un tiers a entre 16 et 29 ans. Une opportunité autant qu’un challenge, dans cette zone où le taux de chômage est de 16% et le niveau d’éducation très faible. Une jeunesse inspirée par les printemps arabes, qui souhaite participer activement à changer son pays. Cette situation n’a pas échappé à Sami Awa, responsable communication de Rise Up Summit, l’une des plus grosses plateformes dédiées aux start-ups dans la région MENA.

 

“Look South”, un événement pour soutenir les start-ups en Haute Egypte

En avril dernier, la plateforme qui connecte entrepreneurs et investisseurs de la région MENA, a organisé un hackathon intitulé “Look South” (regarde vers le sud) où elle invitait des jeunes entrepreneurs en provenance des gouvernorats de Assiout, Louxor et Aswan à participer. “Cela fait déjà un moment que nous nous intéressons à l’écosystème des start-ups en Haute Egypte. Nous avons organisé des ateliers d’entrepreneurs dans des villes comme Minya et Assiout,” dit Sami. “C’est un écosystème assez difficile d’accès, car nous devons faire face à la fois à un manque de fonds et d’informations sur ce marché, sur lesquels nous devons nous appuyer pour bâtir des produits. De plus, la centralisation de toutes les ressources dans la capitale, pousse souvent les jeunes entrepreneurs de la région à venir s’installer au Caire.”

Cette région difficile qui regroupe à elle seule 40% de la population égyptienne doit faire face à de nombreux défis en matière d’éducation, de gestion de l’eau, et d’autres besoins basiques. C’est ce qui a motivé Rise Up Summit à se lancer dans l’incubation d’entreprises du sud de l’Egypte. Comme il l’explique “Il était inconcevable de nous présenter comme une structure représentative de l’univers entrepreneurial égyptien sans nous concentrer sur le sud du pays, qui concentre une grande majorité de la population et des ressources”.

L’événement a vu des experts et speakers de tout le pays venu partager leurs expertises avec de jeunes entrepreneurs lors d’un hackathon.”Nous avons organisé un hackathon durant lequel des développeurs et entrepreneurs tech ont mis en place des solutions afin d’aider les entrepreneurs de haute égypte sur des problématiques spécifiques comme l’irrigation des graines, ou le transport“. Une manière d’activer la scène entrepreneuriale du sud de l’Egypte en fournissant les ressources nécessaires à ces jeunes pousses pour monétiser leurs projets et trouver des investisseurs.

Des start-ups prometteuses, orientées vers les solutions

Cinq équipes, venues d’Assiout, Sohag, El-Minya, et Qena sont arrivées en finale de cette compétition pour un financement de 30000 livres égyptiennes (1629 euros). “Nous avons été vraiment surpris par la qualité et la créativité des projets présentés. Les entrepreneurs de la région sont venus avec des idées qui sont loin d’être des répliques d’entreprises de la Silicon Valley, et qui répondent à de réelles problématiques locales. Ils sont tous venus avec un plan détaillé de leurs besoins, ce que beaucoup d’entrepreneurs ne font pas au Caire ”, déclare Sami.

Mais la plateforme d’innovation n’est pas la seule à faire de l’oeil aux jeunes projets du sud de l’Egypte. Nile Angels,un fond d’investissement, a lui aussi flairé l’opportunité. Fondé en avril 2018, il a été spécifiquement créé dans le but de soutenir l’innovation en Haute et Moyenne Egypte. Situé à Assiout, à 370 km du Caire, ce business angel propose à de jeunes entreprises de se développer à travers des programmes d’investissement et de coaching.

 

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Silicon Waha, une autre initiative encouragée par le ministère de la technologie et de la communication, l’autorité de la nouvelle communauté urbaine ainsi que l’autorité de régulation des télécom nationaux, soutient également l’innovation dans la région. Sous le modèle de la Silicon Valley, elle prévoit la mise en place de parcs technologiques dédiés à la diffusion des sciences et technologies dans des villes de seconde zone. Des cités comme Assiout, Assouan ou Beni Suef vont ainsi accueillir des accélérateurs d’entreprise, incubateurs ou ONGs afin de fournir un écosystème favorable aux jeunes talents égyptiens dans la création de valeur pour la communauté. 

 

Un ensemble de projets encourageants, même si l’écosystème start-up de la région présente encore de nombreuses difficultés, comme le manque de culture entrepreneuriale et la lourdeur des démarches administratives : “Je ne crois pas qu’il manque des financements en Egypte contrairement à ce que l’on pourrait croire. Beaucoup d’investisseurs, de capitaux, d’institutions ou même le gouvernement offrent des fonds, mais le problème est le manque d’alignement entre les besoins des investisseurs et ce que proposent les start-ups.” affirme Sami “Aussi, le niveau d’éducation général en Egypte est assez faible, et malheureusement on assiste à une fuite des cerveaux qui pousse les meilleurs à aller travailler pour des grosses entreprises aux Etats-Unis“.