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Le chameau, espèce en voie de réinvention

Les camélidés ont depuis toujours contribué à l’essor des civilisations. Compagnons privilégiés des hommes depuis plus de 4000 ans, ils ont transportés les caravaniers des routes de la soie comme les pèlerins se rendant à la Mecque. Au 20ème siècle, avec la mécanisation et l’augmentation de la sédentarisation, il a pourtant été délaissé. Peu importe, roi de l’adaptation au changement, son potentiel inépuisable se réinvente aujourd’hui pour développer de nouvelles économies. Ce que l’on découvre dans le documentaire “les vaisseaux du désert” par François brey et Patrice Desenne.

Le lait de chamelle: une nouvelle manne financière

 

En raison de ses nombreux bienfaits pour la santé, le lait de chamelle connaît une demande croissante dans les pays du Golfe comme en Europe ou aux Etats-Unis. Plus digeste que le lait de vache, il est aussi plus riche en vitamines et minéraux et possède des vertus anti-inflammatoires et anti-allergènes, qui conviennent parfaitement aux intolérants au lactose comme aux diabétiques. Aux émirats et notamment à Dubaï, un élevage intensif de chameaux similaire à celui des bovins a déjà été mis en place à travers des circuits modernes de laiterie et de transformation du lait pasteurisé. Le camélologue Bernard Faye, ancien vétérinaire, aujourd’hui consultant en élevage camelin pour l’industrie, aide à l’identification des races laitières pour augmenter les quantités produites “On a assisté à deux révolutions. Une révolution du côté de l’élevage de chameau. Avec la sédentarisation, les anciens nomades installés dans les villes sont devenus demandeurs de lait de chamelle, ce qui a contribué à mettre sur le marché cette denrée que, jusque là, les éleveurs ne vendaient pas, car ils la considèrent comme un don de dieu qu’il fallait donner aux hôtes de passage. Et une révolution technologique car on a découvert comment le conserver sur de longues périodes. Depuis 8-9 ans, il est même possible de faire du fromage alors qu’avant le lait ne caillait pas, ce qui a contribué à allonger le cycle de vie de ce lait”

 

 

Une industrie florissante

 

Cette industrie estimée à 10 milliards de dollars en 2018, selon le site économique Bloomberg, se développe largement en Australie, qui possède un grand nombre de chameaux sauvages. La société Good earth dairy a d’ailleurs décidé d’augmenter son nombre actuel de 100 chameaux à 3000 l’année prochaine, afin de produire jusqu’à 10000 litres de lait par jour. A Dubaï, c’est la société Camélicious qui propose depuis 35 ans une série de produits à base de lait de chamelle comme du lait aromatisé, de la poudre de lait pour bébés, du shampooing ou même du camelccino. 

 

Bien que ce marché émergent se développe de manière inégale selon les pays, l’expert Bernard Faye le voit comme une opportunité financière pour les nomades, qui pourrait aussi résoudre certains problèmes de malnutrition en Afrique : Les débuts de cette industrie laitière sont une véritable opportunité pour les nomades, car avec les changements climatiques et la pression de la globalisation économique, valoriser le lait de leurs animaux constitue un potentiel économique. Au Tchad par exemple, autour de N’djamena, il y a 20 ans, il n’y avait pas de chameaux, seulement des vaches et des moutons. Pendant la saison sèche, les bédouins allaient donc se réfugier autour du lac tchad, mais aujourd’hui avec l’instabilité politique, Boko Haram, ainsi que la sécheresse, ils ne peuvent plus. Les troupeaux de chameau permettent de sécuriser une production constante et aujourd’hui 10000 chameaux suffisent à alimenter la ville.”

 

 

Courses de chameau dans les pays du Golfe: la course à la bonne race

 

La qualité de son lait n’est pas le seul atout du dromadaire, ses capacités sportives attirent également l’attention. Alors que les courses de chameaux gagnent de la popularité et que leur coût sur le marché est de plus en plus exorbitant, l’amélioration de la race est devenu un véritable enjeu économique. Le but: améliorer les performances des animaux en sélectionnant les bons géniteurs. C’est ce qui a motivé la création d’un centre de reproduction de camélidés à Dubaï. Sa directrice scientifique, Lulu Skidmore y travaille depuis vingt ans sur des techniques de reproduction artificielles comme les inséminations de chamelles avec du sperme d’étalon, et le transfert d’embryons.  Ainsi les propriétaires de dromadaires peuvent obtenir des petits de leurs championnes tout en les libérant de leur grossesse grâce à un système de mères-porteuses, pour qu’elles puissent continuer de courir les camélodromes. 

 

 

Ce potentiel sportif du chameau et des dromadaires s’exporte aussi en France avec la naissance de la fédération française des chameaux de Bactriane et de dromadaires en 2017, sous l’égide de son président Olivier Philipponneau, premier jockey de dromadaire français. Elle organise à la rentrée prochaine le premier salon consacré aux camélidés de France en région parisienne. “Notre mission est de rassembler les associations, entreprises et individuels qui sont passionnés par les chameaux et les dromadaires afin de pouvoir collaborer ensemble et montrer ce que nous faisons à l’international.” Au programme, des stands commerciaux mais aussi des courses de dromadaires et des compétitions avec 400 jockeys européens, et un salon qui prévoit déjà de recevoir les délégations du Qatar, du Tchad ou du Maroc.

 

Il semblerait donc que le chameau puisse rouler sa bosse pendant quelques années encore.