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Le chat dans la culture arabo-musulmane : un animal à préserver

Parce qu’il peut être différent selon les cultures, à l’occasion de la journée internationale du chat, Kawa se penche sur l’accueil qui est réservé à nos compagnons à 4 pattes à travers le monde arabe. Des cultes de l’Egypte ancienne aux sourates du Coran, le petit félin suscite souvent la fascination et le respect. 

On l’apprend en voyageant, les animaux dits “de compagnie” ne bénéficient pas du même traitement partout dans le monde. Par exemple, s’il est plutôt rare de croiser des chiens errants dans nos contrées, c’est un phénomène très répandu dans des pays comme la Turquie, la Thaïlande, l’Egypte, et bien d’autres encore. Il en va de même pour l’animal que l’on peut considérer comme l’alter ego ou l’acolyte du meilleur de l’homme : le chat. Pourtant, celui-ci semble jouir d’un capital sympathie plus important auprès des hommes. 

Aux origines

Les premières traces de domestication d’un chat datent des alentours de -7000 avant J.-C. Plutôt que domestiqué, il conviendrait plutôt d’affirmer que celui-ci avait été apprivoisé. La cohabitation des chats et des hommes serait ainsi probablement arrivée dans le croissant fertile, avec le début de l’agriculture : le stockage du grain a attiré les souris et les rats, qui ont eux-mêmes attiré les chats, leurs prédateurs naturels. Plus tard, dans l’Egypte antique, environ 2000 ans avant notre ère, d’autres foyers de domestication ont pu être observés par les archéologues. 

Un animal mignon, mais surtout utile

Ainsi, dans le croissant fertile, le chat ne devait pas être apprécié uniquement pour sa douceur, mais bien parce qu’il protégeait les stocks agricoles (les silos à grain revêtaient une valeur inestimable pour ce peuple d’agriculteurs), soit, mais pas seulement. En chassant les rats, le chat éliminait un vecteur de maladies graves (comme la peste), et en chassant les serpents (notamment les vipères à cornes), il rendait plus sûrs les alentours des foyers proches d’où il avait établi son territoire. On comprend mieux pourquoi il s’est rapidement créé une place de choix dans le coeur des humains. 

Un culte du chat ? 

En Egypte, le petit félin était déifié. C’est la déesse Bastet, symbole de la fécondité et de la beauté, qui fut la première représentée avec une tête de chat. La déesse symbolisait la lumière, la chaleur et l’énergie solaire, mais également, sous ses traits félins, le mystère, la nuit et la lune. De plus, on pensait qu’elle aidait à la fécondité des hommes et des animaux, soignait les maladies et veillait sur les âmes des morts. Il a donc fallu peu de temps aux pharaons avant de déclarer les chats sacrés et d’imposer leur protection. On risquait même la peine de mort, comme a failli l’apprendre à ses dépens un dignitaire romain qui tua accidentellement un chat, et manqua de se faire lyncher par la population, selon l’ouvrage Les Chats, de Paul Henry Carlier. A l’époque, le bien-être du chat était si important que l’on organisait pour les défunts félins des funérailles en grande pompe, avec momification et sarcophage. En 1980, on a même découvert à Tell Basta  l’ancienne Bubastis, autrefois capitale de l’Égypte, plus de 300 000 momies de chats.

 

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Important dans le Coran 

De nombreuses allusions au chat sont faites dans le Coran, rappelant par exemple que l’eau dans laquelle un chat a bu peut encore être utilisée par un fidèle pour effectuer ses ablutions, ou que la nourriture laissée par un chat peut encore être consommé, car il s’agit d’un animal propre, et un animal prédateur. Il est considéré comme un membre de la maison, et même comme son gardien. Cela viendrait du fait que, entre autres anecdotes, le prophète Mahomet était particulièrement attaché à sa chatte, Muezza, qui le sauva de la morsure d’un serpent. Ainsi, alors que cette dernière était endormie à ses côtés, il préféra découper son vêtement plutôt que de la réveiller (des propriétaires de chats se reconnaîtront sûrement). C’est également lui qui aurait accordé à tous les chats la faculté de toujours retomber sur leurs pattes. L’animal apparait chez les musulmans sur l’arche de Noé, alors infesté de rats. Le patriarche aurait créé le chat en frottant sa main sur le museau d’un lion qui en éternuant aurait fait apparaître deux chats, un mâle et une femelle. Les chats auraient ensuite fait leurs griffes sur le bois de l’arche (rien n’a changé depuis). Noé les aurait alors punis en les forçant à rester sur le pont supérieur, sous la pluie du déluge, d’où la détestation violente des chats pour l’eau en général. Étrangement, si le chat est un compagnon préservé et respecté dans beaucoup de terres d’Islam – il est considéré comme péché de faire du mal à cet animal, qui dispose d’une place réservée au paradis -, le phénomène semble être moins prononcé en Afrique subsaharienne, où il rencontre un moindre dévouement, malgré la présence de cette religion.