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« Le sang est un droit humain fondamental, peut-être même plus que l’eau »

Crédit photo : Site internet DSC.

Au Liban, une ONG oeuvre depuis neuf ans pour sensibiliser au don du sang dans un pays du Cèdre où l’accès aux dons d’hémoglobine a longtemps été compliqué. Son fondateur, Yorgui Teyrouz, retrace l’histoire d’un engagement qui a commencé par une fatalité.

« Le sang est un droit humain fondamental, peut-être même plus que l’eau. » Le crâne est légèrement dégarni, mais la barbe soyeuse et fournie. Derrière sa dégaine de nounours, Yorgui Teyrouz est un homme engagé. En 2007, à seulement 21 ans, ce Libanais fondait Donner Sang Compter (DSC), l’une des ONG de don du sang les plus actives aujourd’hui au Moyen-Orient. Cet engagement, ce pharmacien de profession l’a pris par nécessité face à un problème viscéral au Liban.

Un système de santé trop décentralisé

« Un ami avait besoin de sang pour son grand-père. Celui-ci est décédé par manque de sang, raconte Yorgui, le regard dur. Je ne pouvais pas simplement lever les mains avec résignation et accepter que chacun d’entre nous soit dans cette situation. Personne n’est à l’abri de ce phénomène, et chacun d’entre nous pourrait un jour avoir besoin de donner du sang, que ce soit à un parent ou à un ami. »

Au Liban, le système de santé est fortement décentralisé, ce qui provoque des pénuries de sang dans tout le pays. C’est fatalement aux parents et amis des patients de leur trouver des unités de sang et des donneurs. « Ce n’est pas normal que des gens autour de nous, aujourd’hui, meurent à cause du manque d’accès au sang, insiste le dirigeant. Il n’y a pas assez de sensibilisation, pas assez d’organisations autour de la question des dons de sang.”

90 000 vies sauvées

C’est pour répondre à cette pénurie qu’il a donc fondé son ONG, mais « pas du tout comme un projet d’association, à proprement parler », de son propre aveu. « C’était plutôt moi, prenant les noms et les groupes sanguins des gens, et faisant des listes sur mon téléphone », poursuit-il. Aujourd’hui, DSC a fait du chemin, littéralement.

L’ONG compte deux énormes bus à ses couleurs, « des banques du sang mobiles », comme les décrit Yorgui : « Nous nous rendons dans les universités, les municipalités, les espaces publics, les écoles et nous organisons des campagnes de dons du sang. Nous travaillons également avec des hôpitaux qui, eux, gèrent la logistique. » Parallèlement à ses campagnes ponctuelles, l’association a mis en place un standard téléphonique pour les donneurs de sang.

Une ONG récompensée

En neuf années d’existence, l’ONG a ainsi enregistré 25 000 donneurs dans sa base de données, organisé environ 900 campagnes de don du sang et compte plus de 700 bénévoles engagés. Le fruit de cet engagement : « 90 000 vies sauvées », selon Yorgui.

L’autre satisfaction du trentenaire c’est la reconnaissance dont jouit son association. DSC en effet collectionne les prix, dont celui du Roi Abdallah II de Jordanie pour l’innovation et les réalisations des jeunes, glané en 2009 et assorti d’un chèque de 50 000 dollars qui lui a permis de déménager dans ses propres bureaux, créer un site web, concevoir des dépliants, des bannières et des brochures.

Donner son sang, un acte héroïque

Journée mondiale du don du sang oblige, ce 14 juin, les bus de DSC repartent en vadrouille pour sensibiliser au don du sang. Une journée particulière pour Yorgui. « Le 14 juin, ce n’est pas la journée mondiale du don du sang, c’est la journée mondiale des donneurs de sang, rappelle le Libanais. Je voudrais d’ailleurs remercier tous ceux qui donnent leur sang. C’est un acte héroïque sans contrepartie. »

L’homme en profite pour glisser un message : « Aujourd’hui est un bon jour pour commencer. Essayez de donner votre sang, et voyez ce que cela fait de donner de soi pour aider quelqu’un que l’on ne connaît pas. » A bon entendeur…