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Mohamed Salah : prophète des temps modernes ?

Sur les rives du Nil, on le surnomme “la 4e pyramide”... La comparaison aux merveilles d’architecture souligne bien la fierté qui envahit les Egyptiens à l’évocation de l’enfant du pays qui, depuis quelques années, fait vibrer toute l’Europe du foot. Retour sur le parcours de celui qui affole le mercato à venir, et qui bouscule les opinions autour de l’islam.

Chez nos voisins d’outre-Manche, il est surnommé “The Egyptian King”, pour avoir réussi, grâce à d’exceptionnelles performances, à se mettre au diapason des tout meilleurs de la planète. A chaque région donc, sa formule élogieuse à l’égard de celui qui, il y a encore quelques années, peinait à faire exploser son talent.

 

Sur les chapeaux de roues

 

Un talent qu’il a commencé très tôt à affûter, comme beaucoup d’athlètes de haut niveau…  Né en 1992 à Basyoun, dans le gouvernorat de Gharbeya en Égypte, Mohamed Salah se passionne très jeune pour le ballon rond. Adolescent, il fait tous les jours un trajet de plusieurs heures en direction du Caire pour y suivre sa formation en club. Lors de ses débuts à 17 ans, “Mo’ Salah” est le plus jeune joueur du championnat égyptien. Deux ans plus tard, le jeune joueur signe son premier contrat avec un club européen, le FC Bâle, pour un montant de 2 500 000 euros.

 

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Boule de neige

 

Buteur dès son premier match, le jeune Egyptien entre vite dans les petits papiers de son entraîneur, Heiko Vogel. Dès lors, il devient rapidement la star du club. En 2012, il est le seul représentant africain au Golden Boy, le trophée qui récompense le meilleur espoir de l’année en Europe. L’année suivante, après plusieurs prestations de qualité, il attire les convoitises des plus grands clubs européens, comme l’Inter de Milan ou Manchester United.  

 

Le 23 janvier 2014, le club annonce sur son site officiel un accord entre le FC Bâle et Chelsea pour le transfert du joueur. Au sein de son nouveau club londonien, l’Egyptien peine à s’intégrer. S’ensuivent différentes périodes de prêt, en Italie notamment, à la Fiorentina et l’AS Roma, où le joueur rebondit.

 

Consécration

 

Le 22 juin 2017, Mohamed Salah rejoint officiellement le Liverpool Football Club pour une durée de contrat de cinq ans et un montant de transfert de 42 millions d’euros, faisant de lui à l’époque le joueur arabe et africain le plus cher de l’histoire du football. Il marque dès son premier match et récidive la semaine suivante, se faisant élire joueur du mois dès son arrivée. Inarrêtable, Salah commence à accumuler les records : entre autres, meilleur buteur de l’histoire des Reds pour une première saison, puis premier joueur de l’histoire du championnat d’Angleterre à remporter à trois reprises le titre de meilleur joueur du mois sur une même saison, et enfin recordman du nombre de buts sur une seule saison en Premier League…

 

Toujours plus haut

 

Plus récemment, en guise de cerise sur le gâteau, Salah est devenu le premier Egyptien à remporter la Ligue des champions – un an après avoir échoué en finale -, reconnue par le milieu du football comme la compétition la plus prestigieuse. En outre, le champion se montre performant avec la sélection nationale égyptienne. Non content de l’avoir emmenée jusqu’en finale de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) en 2017, il a été l’un des acteurs de la qualification de l’Egypte pour la Coupe du monde 2018, après 28 ans d’absence de la compétition.

 

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Le voilà donc, sur le toit de l’Europe, pour ne pas dire du monde, affublé du surnom “The Egyptian King” et reconnu par les plus grands, comme Steven Gerrard, qui loue publiquement ses qualités. Un chant en son honneur est même écrit par les fans, qui reprend l’air de Sit Down, du groupe britannique James. Un capital sympathie qui rejaillit sur les communautés qu’il représente : les arabes, et les musulmans.

 

Influence positive

 

En 2019, il est nommé dans le classement des personnalités les plus influentes de l’année (100 most influential people of 2019 catégorie Titans) du magazine américain Time dans son classement. Un classement pertinent si l’on considère que, d’influence, l’Egyptien ne manque pas. En effet, selon une étude de l’université de Stanford, depuis que l’ailier a rejoint le club de Liverpool, l’islamophobie a décliné localement.

 

 

Ainsi, l’étude, intitulée “L’exposition aux célébrités peut-elle réduire les préjugés ?” démontre que les crimes de haine et d’islamophobie dans le Merseyside auraient reculé de 18,9 %. De plus, le pourcentage de tweets anti-islam produits par des fans des Reds se trouve réduit de moitié, passant de 7,2 % à 3,4 %. Une performance considérable lorsqu’on sait qu’en 2015 seulement, des fans du club avaient été publiquement invectivés par des camarades de stade, et qualifiés de “honte” pour avoir prié à la mi-temps dans le stade d’Anfield. L’étude suggère que ce changement des mentalités pourrait être dû à une meilleure familiarisation des publics visés par rapport à la religion musulmane.

 

 

Musulman décomplexé

 

Salah, lui, vit sa religion très sereinement et très publiquement. On peut le voir joindre les mains pour prier, s’agenouiller pour se prosterner lorsqu’il marque, et il est de notoriété publique qu’il pratique le jeûne pendant le mois sacré du ramadan, tout en prenant part aux compétitions (de toute évidence, sans que cela n’affecte ses performances). Un pratiquant décomplexé, qui fait visiblement du bien à la façon dont la communauté est perçue, dans une Angleterre pourtant encline à se replier sur elle-même, si l’on se fie à son actualité (le parti du Brexit vient de s’imposer largement aux élections européennes).