Le nouveau média digital et social pour découvrir l’Arabie et le Moyen-Orient. Décalé. Innovant.

Pour la DJ Anakhemia, la culture saoudienne vit « un moment spécial »

Anakhemia © Twitter

Anakhemia © Twitter

Kawa a rencontré Afra (aka Anakhemia) la plus célèbre DJ électro saoudienne. Après une enfance passée à Djeddah, aujourd’hui elle réveille la nightlife de Dubaï, Bangalore, Ibiza ou Londres. Son inspiration la plus profonde? Le Grand Architecte.

Comment votre enfance saoudienne se reflète-t-elle dans votre musique ?

Dans mes souvenirs d’enfance, le quartier historique d’Al-Balad à Djeddah a une place très spéciale dans mon cœur. Depuis toute petite, j’étais ravie d’y aller avec mes parents. Je marchais à travers les ruelles pavées parsemées de magasins d’or étincelant, le parfum d’encens flamboyant envahissait les rues où se trouvaient les anciennes maisons Hijazi… c’est comme une scène d’Aladdin.

Le plus grand magasin de disques à Djeddah était Stallions. Je me souviens du moment où mes yeux voyaient apparaître la vitrine du magasin de loin. Il vendait les plus grandes affiches de musiciens. J’attendais toujours ma visite avec impatience. Le gérant m’offrait toujours un magazine : la nuit, les étoiles dans les yeux, je passais au crible les pages en écoutant de la musique et rêvant pendant des heures. Je suppose que ces rêves se reflètent encore dans mon travail.

Je me souviens toujours que ma mère chantait toujours dans la voiture pendant que mon père conduisait.

Comment avez-vous découvert la musique ?

Mon premier souvenir remonte à quand j’étais avec ma mère. Elle écoutait de la musique parce qu’elle était cool. Elle est toujours cool et ma plus grande critique, mais maintenant elle écoute plus de la musique commerciale. Je me souviens d’écouter « Beat It » de Michael Jackson.

Je me souviens toujours que ma mère chantait toujours dans la voiture pendant que mon père conduisait, et je me souviens de cette sensation bizarre dans mon cœur et mon estomac, chaque fois que je l’entendais. J’avais environ 6 ans. C’était ma première rencontre consciente avec la musique, après le battement du coeur de ma mère…

Vous jouez entre Ibiza, Dubaï, Bangalore et Londres. L’endroit où vous jouez a un impact sur votre performance ?

La mondialisation et Internet ont généré une culture commune : la réaction du public ne change pas beaucoup. Mais il y a certainement des différences. Par exemple, jouer à Ibiza est un vrai défi car musicalement, il y a l’embarras du choix. La situation est très différente à Djeddah, où la scène musicale est naissante, surtout en ce qui concerne la musique underground.

Est-ce qu’il y a une scène musicale en Arabie saoudite ?

Il y a tellement de potentiel que c’est excitant d’être au milieu de tout ça en ce moment. La scène musicale existe depuis longtemps en Arabie saoudite, mais depuis que le Prince héritier Mohammed Ben Salmane a permis la représentation publique, son soutien a créé un environnement idéal pour la croissance des arts. C’est un moment spécial dans l’histoire culturelle moderne du pays, un aperçu d’un éventuel retour de l’âge d’or.

Quel a été le meilleur concert de votre vie ?

L’un des concerts les plus mémorables a eu lieu à Bangalore (Inde), dans une salle de concert à ciel ouvert. C’est un endroit très chic mais les gens qui y vont savent aussi se lâcher grâce à la musique. Une vraie foule fantastique et ouverte d’esprit. Il a commencé à pleuvoir et j’ai commencé à jouer des morceaux excentriques, tout en exécutant d’autres pistes très techno, ce qui a beaucoup étonné le DJ du club.

Il voulait jouer une nuit profonde et mélodique mais j’ai décidé de suivre le tempo de la météo. Tout le monde était juste en train de danser sous la pluie, des gens venaient me dire à quel point c’était bizarre. Morale de l’histoire : une fille douce ne laisse pas de traces. Parfois, il faut prendre des risques, s’imposer et faire trembler la terre.

Qui est l’artiste français avec lequel vous aimerez jouer ?

Gesaffelstein. Bien qu’il se soit récemment retiré de la scène, j’adorerais collaborer avec lui en tant que musicien. Peut-être que dans une autre dimension nous avons déjà travaillé ensemble. C’est un extraterrestre original.

L’abaya noire devient votre seconde peau. Comme l’uniforme porté par la foule techno : le costume tout noir.

Qu’est-ce que la musique représente pour vous ?

La musique est la langue du muet, la vision de l’aveugle, la vibration du sourd. La musique est magie, elle est la maison du Grand Architecte.

La musique est un langage universel capable de briser les frontières ?

Absolument. Sur un plan collectif, nous avons partagé des expériences à travers la même musique, même si nous venons de mondes totalement différents.

Quelle est votre source d’inspiration ?

Le Grand Architecte qui est le plus grand artiste de tous les temps et de l’espace. Mon voyage dans la musique représente en quelque sorte un élan pour apercevoir un reflet de cette intelligence.

Votre style est total black. Que représente cette couleur dans votre identité de musicienne ?

Mon esthétique artistique ne peut être identifiée comme sombre que lorsqu’il y a aussi la présence de la lumière. C’est un rappel de la dualité du monde dans lequel nous vivons. Le noir est une couleur à laquelle toutes les filles d’Arabie saoudite s’identifient à partir du moment où elles atteignent la puberté. L’abaya noire devient votre seconde peau. Comme l’uniforme portée par la foule techno : le costume tout noir. Parfois, je trouve tout ça un peu prétentieux et sans originalité. Cela dit, je pourrais juste porter un haut Barbie rose et jouer dans une rave techno à Berlin. Ce serait amusant.